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Malgré un contexte incertain, le lait une production d'avenir ?

Demande mondiale qui s'accroît, concurrence moins féroce avec la Nouvelle Zélande qui voit ses coûts de production augmenter... Si, en production laitière, les voyants sont au vert, le contexte n'en reste pas moins incertain. Le point avec Benoît Rouyer, économiste au Cniel.

Benoît Rouyer, directeur économie et territoire au Cniel, le centre national interprofessionnel de l'économie laitière.
Benoît Rouyer, directeur économie et territoire au Cniel, le centre national interprofessionnel de l'économie laitière.
© Terra

"Ces dernière années, la production laitière s'est restructurée. Le renouvellement des générations est en cours. Mais on sent une lassitude des producteurs, indique Alain Salou. Et ici plus qu'ailleurs en Bretagne, la collecte est en baisse". C'est dans ce contexte que la section laitière de la FDSEA et le groupe lait des JA du Finistère ont organisé une matinée de réflexion, le 14 décembre dernier, à Châteaulin.

"Le contexte est incertain", confirme Benoît Rouyer, économiste au Cniel, l'interprofession laitière. Alors que la population mondiale ne cesse de croître, eau et terres arables se raréfient, ce qui devrait entraîner une hausse des cours des produits agricoles. À l'inverse, "on constate régulièrement une baisse des prix". Et la volatilité croissante du prix des produits laitiers rejaillit sur celui du lait à la ferme. Entre les pics et les creux, l'écart peut désormais atteindre voire dépasser les 50 %, en lait comme en coût alimentaire. Des pics et des creux qui ne se situent pas au même moment, ce qui rend leur gestion compliquée. "Et ce manque de visibilité est déstabilisant pour les producteurs".


Le retour du beurre

Ainsi, l'arrêt brutal des achats chinois de poudre de lait en a surpris plus d'un, "alors que les entreprises avaient investi dans les tours de séchage". Combiné à l'embargo russe, il a provoqué un afflux de poudre sur le marché européen. "Mais il y a aussi eu de bonnes nouvelles inattendues, rajoute Benoît Rouyer. Qui aurait pu parier, il y a quelques années, que les nutritionnistes réhabiliteraient le beurre ?" Considéré par beaucoup comme le talon d'Achille de la filière, il a vu sa consommation se stabiliser et s'est même offert de nouveaux débouchés, comme au Moyen Orient pour de la pâtisserie, ce qui explique la remontée des cours.

 

Une situation favorable

À court terme, pas facile de prévoir le prix du lait. "En France, la collecte a baissé sur le second semestre 2017, pour atteindre - 4 à - 5 % sur les 8 dernières semaines", constate l'économiste, qui évoque des arrêts structurels mais aussi une conjoncture défavorable, avec "des soucis de stocks fourragers". L'été sec et chaud a fait encore plus de dégâts en Europe du Nord, Allemagne, Scandinavie, Pays Bas... Et leurs achats massifs de paille et foin ont fait décoller les cours français, à 125 et 200 EUR/t.

Pendant ce temps, le cours des produits industriels se raffermit et début décembre, pour la première fois depuis bien longtemps, la poudre de lait écrémé a franchi le seuil de 1 700 EUR/t. Un niveau inespéré, si l'on se réfère aux énormes stocks constitués par l'Union européenne, équivalents au tiers de sa production annuelle. "Il n'en resterait plus que 100 000 t : l'adjudication de mi-décembre a permis d'en écouler 60 000 t, après les 26 000 t de fin novembre. Si cette dynamique se poursuit, on devrait assister à une remontée des prix". Par contre, le beurre n'est plus aux niveaux euphoriques d'il y a un an.

En produits de grande consommation, quelques augmentations ont été passées et le prix du lait en ferme se situe à 338 EUR/1 000 l en octobre 2018, après une année 2017 à 323 EUR. "Et le prix du lait spot se raffermit". Même si tous les indicateurs ne sont pas au vert, avec un ralentissement de la croissance chinoise et une production néo-zélandaise qui repart à la hausse, "2019 va démarrer dans une situation plus favorable en termes de prix", estime l'économiste.

 

Un marché mondial qui progresse

À plus long terme, aussi, les feux sont plutôt au vert. "Le marché mondial des produits laitiers a gagné 50 % en 10 ans". Le marché européen ne progressant plus, c'est vers les marchés en croissance, Asie-Pacifique, Amérique latine, Moyen Orient..., qu'il faudra exporter demain. Réaliste ? "Le différentiel de compétitivité avec la Nouvelle Zélande a tendance à se réduire", analyse Benoît Rouyer. De 135 EUR/t entre 2002 et 2009, rendant inenvisageable d'exporter sans aide, il est passé à 24 EUR jusqu'en 2014. Et après être remonté à 76 EUR entre 2014 et 2016, il se situe actuellement aux alentours des 13 EUR. "Là-bas, le coût de production est en train de flamber, notamment à cause de la spéculation sur le foncier, passé en quelques années seulement de 5 000 à 25 000 EUR/ha".

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