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Manque d’ambition ou manque de vision ?

Didier Lucas, président de la FDSEA des Côtes d’Armor.
Didier Lucas, président de la FDSEA des Côtes d’Armor.
© Terra

Les derniers débats sur les États généraux de l'alimentation ne changeront manifestement pas les choix déjà opérés et les grands axes de la loi. Les derniers ajustements ne masqueront pas ce qui me semble être un manque évident de vision ou d’ambition, qui sera lourd de conséquences à mon sens sur l’agriculture française.

La montée en gamme est installée au rang de dogme qui s’impose quelle que soit la production.

Mais combien de temps la main droite des marchés pourra ignorer ce que fait sa main gauche ? Tous les Français ne se précipiteront pas demain sur les rayons label, AOP, les marques ou le bio. Chacun sait que les produits premiers prix répondant à l’essentiel de la consommation de masse continueront d’affluer dans les linéaires des grands surfaces,… sauf qu’ils ne seront plus français.

Un peu à l’image d’une filière volaille aujourd’hui qui exporte grâce à sa notoriété, mais qui n’arrive pas à s’imposer sur son propre marché, certains lui préférant des produits importés moins qualitatifs et moins chers : 75 % des produits consommés en RHF sont brésiliens, ou autres... tout aussi exotiques !

Cette loi, qui est en passe d’être votée, n’est pas une loi pour l’alimentation de tous les Français, mais une loi pour seulement les 15 ou 20 % qui s’approvisionnent dans les rayons plus "haut de gamme".

J’ai vraiment le sentiment que l’on a oublié les autres à qui demain on proposera seulement une alimentation faite d’importations de porc ou de volailles espagnoles, polonaises, et même allemandes ne répondant pas aux normes sanitaires, qualitatives, environnementales et même sociales que celles imposées aux agriculteurs français.

J’ai vraiment le sentiment que l’on a oublié 80 % de notre agriculture et que l’on a oublié dans ce débat des EGA de répondre d’abord à la question de l’ambition. Le débat a donc été réduit à la portion congrue du court terme de la montée en gamme, en oubliant le long terme de la valeur ajoutée, du revenu des agriculteurs, et du nombre d’agriculteurs au final.

Le gouvernement a beau jeu aujourd’hui de renvoyer ce débat de la valeur ajoutée, qui était essentiel et central, vers les filières. Mais sans outil, sans réglementation différente, comment demain les OP, les producteurs arriveront-ils à tordre le bras des entreprises privées ou des conseils d’administrations de nos coopératives pour améliorer le prix de leurs produits ?

Les EGA avaient fait naître chez les agriculteurs un immense espoir : celui d’enfin s’attaquer aux racines du mal et de prendre à bras le corps les véritables problèmes. J’ai vraiment le sentiment qu’on les abandonne aujourd’hui en rase campagne sans avoir même cherché à leur donner les outils qu’ils réclamaient. Demain, les coopératives continueront à présenter des comptes équilibrés. Le consommateur continuera à payer moins cher son alimentation. Et le nombre de producteurs continuera à diminuer. J’ai peur qu’après cette loi sur l’alimentation il soit déjà trop tard pour une loi sur l’agriculture.

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