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Marchés mondiaux des produits laitiers 2018 et début 2019 : la canicule a asséché les stocks européens

La Chine et l’Union européenne ont joué un rôle majeur sur les marchés mondiaux des produits laitiers en 2018 comme en 2017. La Chine, qui manifeste toujours un fort appétit en produits laitiers, est demeurée le débouché majeur des fabrications supplémentaires échangées sur les marchés mondiaux. L’UE-28 a de son côté contribué à leur assainissement, trois ans après les avoir plombés. Une sévère canicule qui a émoussé le dynamisme de sa production, a facilité la remise en marché de la plupart des stocks d’intervention de poudre maigre accumulés en 2016.

Croissance modérée de la production mondiale

Estimée à 843 millions de tonnes toutes espèces confondues en 2018, la production laitière mondiale a progressé de +1,8 %/2017, un peu moins vite qu’en 2017 et que la croissance tendancielle. L’essentiel de la croissance de la production laitière repose toujours sur le lait de vache (82 % de la production mondiale totale). Cependant, depuis 2000, elle progresse moins vite que celle des laits issus des autres ruminants (brebis, chèvres et bufflonnes), respectivement de +37 % et +70 % en 8 ans.

L’Asie joue toujours un rôle majeur, mais moins prédominant qu’auparavant, dans la croissance de la production laitière mondiale : +9 millions de tonnes de lait en 2018 (+2,7 %/2017), surtout en Inde (+7 millions de tonnes de lait soit +4 % /2017) qui conforte sa position de 1er producteur mondial (1).

Le continent asiatique, Chine en tête, a absorbé à lui seul, 58 % des échanges internationaux, pour couvrir un déficit estimé à 38 millions de tonnes équivalent lait selon la FAO (10 % de la consommation asiatique). Malgré une administration tatillonne, la Chine est demeurée le débouché majeur des fabrications supplémentaires sur le marché mondial, réalisant à elle seule (Hong Kong compris) près du ¼ du commerce mondial des produits laitiers en volume comme en valeur. Elle a réduit ses achats de produits états-uniens, suite au conflit commercial avec l’Administration Trump, en sollicitant davantage la Nouvelle-Zélande et l’UE-28.

Croissance modeste dans les grands bassins exportateurs

Les cinq principaux bassins laitiers exportateurs (Argentine, Australie, États-Unis, Nouvelle-Zélande et UE-28), qui fournissent plus de 80 % des produits laitiers échangés sur le marché mondial, n’ont produit ensemble que 3 Mt de lait supplémentaires (+0,9 %/2017). Ils n’ont ainsi contribué que pour 20 % à la croissance de la production laitière mondiale alors qu’ils réalisent 37 % de la production mondiale.

L’UE-28 n’a fourni que 40 % (contre les 2/3 en 2017) du supplément de collecte des 5 grands bassins excédentaires, devant les États-Unis (1/3), l’Océanie (Australie et Nouvelle-Zélande) et l’Argentine le reste. La collecte européenne a évolué à front, renversée en 2018 par rapport à l’année précédente en connaissant un coup d’arrêt au 2nd semestre du fait de la sécheresse et de la canicule estivales. Ce retournement de tendance a facilité l’assainissement d’un marché des protéines jusque-là plombé par les encombrants stocks d’intervention constitués en 2016 et que la Commission européenne est parvenue à ramener à de bas niveaux par des ventes par adjudication.

En Océanie, la production laitière, très météo-sensible, a rebondi en Nouvelle-Zélande (+2 %/2017), mais a subi en Australie un nouvel épisode de sécheresse (-2 %/2017). Si la Nouvelle-Zélande a profité de ses disponibilités supplémentaires pour reprendre des parts sur le marché mondial, l’Australie a bien maintenu ses positions grâce notamment à un fort recours aux importations pour nourrir son marché domestique et sa transformation.

Aux États-Unis, la production a progressé faiblement (+1 %/2017) sous l’effet d’une forte dégradation de la marge alimentaire imputable à la baisse du prix du lait de 8 %, à 357 US$/t de moyenne annuelle (302 €/t) et à la hausse des charges dans un contexte de croissance ralentie de la consommation.

En Amérique du Sud, la production laitière est restée dynamique notamment en Argentine et au Uruguay (+4 %/2017) où elle avait rebondi en 2017 après avoir chuté en 2016 pour cause de conditions climatiques défavorables. Les échanges extérieurs ont sensiblement progressé avec les autres régions et l’excédent commercial s’est légèrement amélioré. D’un côté, l’Argentine et l’Uruguay exportent plus vers le grand large et moins vers le Brésil. De l’autre, le Venezuela a importé de grandes quantités de poudre maigre en provenance du Mexique.

En 2018, le prix du lait a faiblement varié dans les grands bassins, plutôt à la hausse au 1er semestre puis à la baisse au 2nd semestre. Le prix moyen annuel dans l’UE s’établit à 341 €/t (-2 %/2017 après avoir rebondi de +23 % entre 2016 et 2017). Dans le même temps, le prix des intrants a sensiblement progressé avec la hausse de l’énergie, des aliments achetés.

Des échanges internationaux croissants et plus équilibrés qu’en 2017

Les échanges internationaux (intra-communautaires exclus) ont légèrement reculé de 4 % en valeur à 43 milliards d’euros du fait du fléchissement des cours de la matière grasse. En revanche, grâce à la baisse des prix, ils ont rebondi en volume : de +2 M tel (tonnes équivalent lait) à 69 M tel sur l’année 2018. En 2017, ils avaient cédé 1 M tel, après avoir plafonné deux années de suite (2015 et 2016).

En outre, ils ont progressé au même rythme (+3 % /2017) pour le composant protéique et le composant en matière grasse. En 2017, ils n’avaient progressé que pour le composant protéique (+4 % /2016), mais fléchi pour le composant matière grasse (-6 %), faute de disponibilités. L’évolution redevenue convergente des échanges internationaux des deux principaux composants du lait explique la détente des cours sur le marché du beurre et le maintien de la dépression sur celui de la poudre maigre toujours plombée par les importantes disponibilités stockées depuis 2014.

Les trois exportateurs majeurs, qui assurent trois quarts des échanges internationaux, ont connu des évolutions contrastées (2). La Nouvelle- Zélande a maintenu ses exportations à 20,0 M tel. L’UE-28 les a réduites de -2 % à 18,7 M tel, malgré la croissance des expéditions de poudre maigre et de laits infantiles qui n’ont pas compensé les moindres exportations de beurre et de poudres grasses. Avec près de 13 M tel exportés, les États-Unis ont accru leurs expéditions d’ingrédients secs et secondairement de fromages. Les cinq pays exportateurs suivants, qui ne fournissent plus que 10 % des échanges internationaux, contre 20 % en 2010, ont tous connu une croissance de leurs expéditions : très forte pour l’Argentine (+33 %) comme pour l’Uruguay (+30 %) grâce au rebond de leur production laitière.






Dix pays ont importé l’équivalent de 40 % des échanges internationaux

Les trois premiers importateurs, la Chine, le Mexique et l’Algérie, sont aussi les principaux animateurs de la croissance des échanges internationaux. Ils ont fortement accru leurs achats (de +9 % à +23 %/2017). La Russie, avec 3,2 M tel, les a en revanche réduits de -14 % grâce à une production enfin relancée. Suivent l’Arabie Saoudite, l’Indonésie, les Philippines, le Japon, la Malaisie et les États-Unis qui ont globalement maintenu leurs importations, estimées entre 2,0 et 3,0 M tel.

Des échanges stationnaires de fromages

Les échanges internationaux de fromages ont stagné en volume (à 2,5 Mt) et reflué en valeur (-7 %). Les fabrications ont faiblement progressé dans les principaux pays producteurs, sous l’effet d’une demande peu vigoureuse dans les grands bassins de consommation et sur le marché mondial, mais aussi de fabrications limitées au 2nd semestre 2018.

Le dynamisme des importations japonaises de fromages, amorcé en 2017, s’est prolongé (+5 % /2017), pour satisfaire une demande intérieure ferme alors que la production nationale reste baissière. La Russie a aussi importé davantage (+20 %/2017), sans que le volume total importé n’ait encore retrouvé le niveau atteint avant l’embargo sur les produits laitiers européens et états-uniens. En revanche, les États-Unis et l’Australie ont ralenti leurs achats.

 

 

Marché du beurre moins tendu

En 2018, le marché du beurre s’est progressivement rééquilibré sous l’effet de disponibilités plus abondantes face à une demande internationale toujours forte (3). La reprise des fabrications de beurre a contenu la hausse des cours au 1er semestre puis provoqué une nette inflexion au 2nd semestre. Estimés à 960 000 t en 2018, les échanges internationaux ont rebondi (+6 %), sans pour autant retrouver le haut niveau de 2016 (1 Mt). Évalués à 4,2 Mrd €, ils représentent 10 % des échanges internationaux de produits laitiers en 2018.

En 2019, le marché mondial du beurre devrait continuer à se détendre. Au 1er semestre, le dynamisme de la Nouvelle-Zélande et les expéditions encore croissantes des fournisseurs secondaires devraient contenir la hausse saisonnière des cours. Au 2nd semestre, l’équilibre du marché dépendra de l’évolution de la collecte européenne, mais aussi de l’ampleur de la reprise saisonnière en Nouvelle-Zélande.

Marché de la poudre maigre encombré toute l’année 2018

En 2018, le marché mondial de la protéine laitière est lentement sorti du marasme dans lequel il était tombé en 2017, grâce à des fabrications contenues (4,5 Mt) et une demande dynamique stimulée dans les pays émergeants par les bas prix. Les échanges internationaux ont été dynamiques (+7 %/2017 à 2,55 Mt), grâce notamment à la remise sur le marché de l’essentiel des stocks d’intervention dans l’UE et plus modeste aux États-Unis.

Sorti du marasme début 2019, le marché de la poudre maigre a retrouvé un certain équilibre. Mais la demande internationale, très sensible au prix, ne semble pas en mesure de tirer les prix au-delà de 2 500 €/t, d’autant que les fabrications devraient reprendre au 2nd semestre 2019.

 

 

Extrait du Dossier Economie de l’Elevage n° 499 mai 2019 : Marchés mondiaux des produits laitiers : La canicule a asséché les stocks européens http ://idele.fr/no_cache/recherche/publication/idelesolr/recommends/marches-mondiaux-des-produits-laitiers-annee-2018-perspectives-2019-dossier-economie-n499-mai-1.html

 

 

 

Anticyclone naissant pour combien de temps ?

En 2019, la conjoncture sur les marchés des produits laitiers est désormais bien orientée. La ressource laitière progressera modérément dans les bassins excédentaires. La demande semble ferme malgré une croissance économique mondiale moins forte. Cependant deux menaces, l’issue du Brexit et l’évolution des relations sino-états-uniennes, pourraient perturber l’anticyclone naissant sur l’économie laitière mondiale.

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