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Matières premières : quelle régulation ?

Le congrès de Négoce Ouest, organisé le 16 mai dernier à Pacé (35), avait pour thème la régulation du marché des matières premières, avec de nombreux intervenants. Parmi eux, Philippe Chalmin a fait une intervention remarquée.

Philippe Chalmin, Jean-Pascal Maudet, Christophe Chretien, et Michel Portier.
Philippe Chalmin, Jean-Pascal Maudet, Christophe Chretien, et Michel Portier.
© terra

"A partir du moment où le marché est instable, je suis dans un univers spéculatif. La seule certitude, c'est que demain sera différent d'aujourd'hui". Si certains rêvaient encore pouvoir revenir au temps de la stabilité des prix des matières premières, Philippe Chalmin est venu faire tomber les dernières illusions. Pour le professeur d'économie à l'université Paris Dauphine, "le choc que nous connaissons sur les marchés mondiaux n'a pas d'équivalent depuis les années 70. Au delà du choc, la dimension la plus importante, c'est que le monde n'a jamais été aussi instable et dans la problématique de la régulation, l'agriculture n'est finalement qu'un "petit" sujet".


Libérer les économies


Président fondateur de l'Institut de recherche sur les marchés internationaux, Cyclope, Philippe Chalmin, estime que si l'on veut comprendre la crise, il faut mettre de côté les "mauvaises raisons", que sont à ses yeux la spéculation et les agro-carburants et se tourner vers les "bonnes explications" structurelles et conjoncturelles. "Aux États-Unis, l'agriculture a un poids politique considérable. En Europe et en France, elle n'en a plus aucun. Quand vous voyez qu'en France, le seul agriculteur qui fait partie de la commission agriculture du Parlement européen, c'est José Bové...". Dans un autre registre, Philippe Chalmin fustige "l'abandon de l'agriculture dans les 25 dernières années. Dans les pays avancés, le discours dominant a été : luttons contre la productivité, faisons du bio et haro sur les OGM. Nous payons aujourd'hui cette vision. Dans les pays en développement, dans les années 80, le discours était de libérer les économies et la première chose que nous avons faite, c'est de massacrer les politiques agricoles". Conséquence ? Un vrai paradoxe avec une offre contrainte alors même que la demande explose.


Réguler au sens anglo-saxon

 

Dans ces conditions, la régulation du marché des matières premières agricoles est-elle une solution envisageable. "Si on l'entend dans le sens anglo-saxon, c'est-à-dire que le marché est tout sauf une jungle, qui répond à des règles d'équité et de transparence, oui. Et d'ailleurs, aux États-Unis, il existe un premier niveau avec les autorités de marché et le CFTC (Commodity Futures Trading Commission) qui surveille en permanence les marchés. En France et en Europe, il n'y a rien. Par contre, si on entend le mot réguler au sens français, avec une notion de stabilité, ça ne peut pas marcher. C'est techniquement impossible, ne serait-ce qu'à cause des changes".Enfin, Philippe Chalmin a souligné que le plus grand défi pour la planète n'est pas climatique ou énergétique mais alimentaire. "Les OGM et les biotechnologies sont des solutions incontournables, mais la vraie solution est de restaurer des politiques agricoles dans les pays du tiers-monde, pas chez nous, type PAC 1958, en y apportant les moyens financiers".

Les bons outils pour réguler


Après l'intervention de Philippe Chalmin, une table ronde a réuni Jean-Pascal Maudet, négociant à Beaumont-sur-Sarthe, Christophe Chrétien, directeur de Sanders Ouest, et Michel Portier, directeur d'Agritel. Jean-Pascal Maudet a souligné l'importance de se doter des outils pour la régulation des marchés. Il est aussi revenu sur le sujet de la contractualisation, estimant que pour l'heure, "le constat est encore timide, d'une part, parce que les prix sont plus hauts, et, d'autre part, en raison du climat, sans oublier que l'agriculteur veut vendre quand il le souhaite". Christophe Chrétien, lui, juge que son rôle est de lisser au maximum les augmentations, par les périodes d'achat, et la valorisation d'autres produits. "La volatilité n'est pas un problème, sauf si elle entraîne une variation de revenu assez forte pour mettre en péril la structure. Plus on va être capable d'avoir un accord avec la GMS, plus on pourra sécuriser le revenu".De son côté, Michel Portier juge que vouloir combattre la volatilité est irréaliste. "Nous devons aller vers une identification des acteurs, à l'image de ce que font les Américains".

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