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Méthanisation : "nous faisons quelque chose pour la planète"

La ferme expérimentale de Derval va mettre prochainement en service un méthaniseur d’une puissance de 450 KWe. Ce projet de territoire a mis longtemps à aboutir. Ses acteurs espèrent qu’il sera exemplaire.

Après un peu plus de sept années de gestation, le méthaniseur de la ferme expérimentale de Derval va enfin rentrer en service d’ici quelques mois. La stabilisation du terrain et le gros terrassement sont désormais terminés. La parcelle de prairie qui se situait juste devant le bâtiment principal de la ferme est désormais totalement empierrée ; les emplacements des préfosses, des digesteurs (2 500 m3 en tout), de la lagune pour le stockage du digestat, sont matérialisés ; les premiers murs de bétons commencent à s’élever.

Parallèlement, tout le long des trois kilomètres de route qui vont de la ferme expérimentale au bourg de Derval, le réseau de chaleur s’installe. Il servira à conduire la chaleur dégagée par le cogénérateur alimenté par le biogaz, jusqu’au lycée agricole Saint-Clair et au centre aquatique de Derval. Celui-ci devait initialement voir le jour à peu près en même temps que le méthaniseur. Mais vu le retard pris par ce dernier, l’espace aquatique aura un peu plus de deux ans de fonctionnement quand la chaleur du méthaniseur lui arrivera enfin, à l’automne prochain. En attendant, il se chauffe avec une chaudière traditionnelle.

Taille intermédiaire

D’une puissance de 450 KWe, le méthaniseur de Derval se situe dans une taille intermédiaire entre une unité individuelle et une unité de taille industrielle. C’est peut-être cette taille intermédiaire, pour laquelle les références manquent encore plus que pour les autres installations, mais aussi les retards dans la publication des conditions tarifaires par les Pouvoirs publics, qui expliquent "la frilosité des banques".

Le financement de l’unité (4,6 millions d’euros au total) a pu être enfin accordé après le renforcement du capital et des apports en fonds propres des actionnaires. Deux banques en syndication, la Banque populaire Atlantique et le Crédit agricole Atlantique Vendée accompagnent ce projet. Celui-ci bénéficie également de subventions de 565 000 € de l’Ademe et 200 000 € du conseil régional.

Pour les six actionnaires principaux de l’unité (cinq agriculteurs voisins et la ferme expérimentale appartenant à la chambre d’agriculture), cette année 2018 marque la fin d’une très longue attente et la concrétisation de leur engagement à fournir des fumiers et lisiers à hauteur de 10 000 tonnes par an.

Si certes, ils espèrent en dégager "un peu de rentabilité", leur motivation principale ne se situe pas à ce niveau : pour eux, participer à ce projet de territoire transversal (qui associe acteurs agricoles, industriels, collectivités et un établissement scolaire), constitue une manière de prendre toute leur place dans le recyclage de la matière organique et la valorisation de la biomasse.

"Nous participons à la production d’une énergie verte, commentent les éleveurs. Mais pour nous, les retombées les plus importantes se situent surtout au niveau du digestat, utilisé à la place des fertilisants minéraux. Avec la méthanisation, il n’y a aucune perte d’azote pour nos effluents ; et le bilan carbone est bien meilleur que toute autre valorisation.
Nous avons le sentiment de faire quelque chose pour la planète, d’avoir un rôle de défricheur, de produire et de valoriser des références. C’est important que nous nous fassions une place pérenne dans ce domaine."

 

En chiffres

Budget total : 4,6 millions d'euros dont :

- 2 millions de process (génie civil et équipements du digesteur, ost digesteur, cogénération…),

- 1,1 million d’aménagement (terrassement, voirie, réseaux, bâtiment…),

- 850 000 € de construction du réseau de chaleur.

Fonctionnement de l'unité

Les premiers fumiers et lisiers agricoles devraient être introduits dans le digesteur dès juillet prochain, pour une mise en service effective en septembre. Chaque jour, 54 tonnes de gisements organiques alimenteront le digesteur. Ils sont constitués pour un peu plus de 50 % d’effluents d’élevage (fumier et lisier bovins, lisier de porcs, fumier de volailles), issus des cinq exploitations actionnaires et de la ferme expérimentale. Le reste du gisement consiste en des déchets organiques industriels "nobles", dont la collecte et l’hygiénisation sont assurées par Suez. Ils sont très importants pour l’équilibre du mélange, car ils sont très méthanogènes. Le mélange est introduit dans le digesteur, enceinte anaérobie, maintenue à une température de 39°C et brassée. Les bactéries transforment ces matières organiques en biogaz, principalement du méthane. Par cogénération, le biogaz produit de l’électricité, vendue à EDF, et de la chaleur : celle-ci sera acheminée, via un réseau enterré, jusqu’au lycée Saint-Clair et au nouvel espace aquatique de la commune. Le digestat est valorisé par 15 exploitations agricoles pour la fertilisation des cultures, en substitution d’engrais minéraux.

 

Plan d’épandage de 1 700 ha.

Les cinq agriculteurs apporteurs de matières organiques et la chambre d’agriculture sont les actionnaires majoritaires de Derval agri’méthane. Ensemble, ils représentent 57,4 % des parts de la SAS. Les autres actionnaires sont Suez (18,3 %), Loire-Atlantique développement-Sela (8,6 %), l’agence régionale des Pays de la Loire (8,6 %) et le lycée Saint-Clair (7,1 %).

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