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Moissons 2016 : des résultats en repli

Si ailleurs en France, c'est une année noire pour l'orge et le blé, la collecte en Bretagne se profile en retrait de 15 à 20 %. Baisse de rendement et prix en retrait, en pleine crise agricole, pour les agriculteurs, ces moissons s'annoncent comme une "double peine".

Depuis le Finistère d'où il observe les plateformes d'essais du pôle des productions végétales de la chambre d'agriculture de Bretagne, pour Louis Le Roux, c'est sûr, "les conditions de récolte ont été bonnes avec une belle période, des taux d’humidité bas". Ce n'est donc pas là que sont à chercher les raisons d'un bilan, "moyen et hétérogène" des orges désormais engrangées. Côté rendement, après cinq années exceptionnelles, 2016 semble en demi-teinte, hétérogène. "Quand les meilleures parcelles ont atteint 85 voire 90 quintaux, pour les 80 % restants, c'est de l'ordre de 55 à 70 quintaux. C'est plutôt correct par rapport aux autres régions françaises", tempère-t-il.

Côté poids spécifique, même remarque, "grande hétérogénéité, avec des parcelles moyennes autour de 55 à 60 de PS et quelques parcelles à 80-85". C'est du côté des facteurs climatiques qu'il faut chercher la raison d'un tel bilan. Le mois de juin, couvert et pluvieux, "a été pénalisant et le faible rayonnement a joué sur le remplissage des grains".

Le coup de chaud survenu en juillet a lui affecté "le poids de mille grains, plus bas, avec des grains ridés". Et les verses observées n'ont pas arrangé un rendement qui se situe en baisse de 15 à 20 %, suivant les secteurs.

Jaunisse nanisante et problème de remplissage

Du côté de la coopérative Triskalia, le constat d'hétérogénéité est identique. Après une très bonne année 2015, le poids spécifique moyen des orges récoltées sur la Bretagne est en baisse de 3,5 points. "Nous avons quelques lots faibles dans des secteurs précoces sur des variétés hybride et 2 rangs, lesquelles ont été touchées par la jaunisse nanisante, même sur des cultures traitées. Il y a eu des vols de pucerons tardifs", indique Michel Le Friant, responsable du pôle céréales de Caliance. Ce dernier établit la baisse de rendement à 2 tonnes par hectare par rapport à 2015, avec un poids de mille grains en baisse d'environ 20 %. "À cause de la jaunisse nanisante et du problème de remplissage des grains, et ce malgré la hausse des surfaces de +15 % cette année, nous allons difficilement réaliser la collecte de 2015", résume Michel Le Friant.

Les meilleurs blés de France mais une situation catastrophique

La récolte des blés est en cours. Les premières moyennes (27 juillet) établissent le poids spécifique à 77,5 ; une teneur en protéines de 11,5 % et un taux d'humidité à 14 %. "En qualité, il faut le dire, nous avons les meilleurs blés de France", souligne le responsable du pôle céréales. Comme en orge, est estimée une baisse de collecte de 20 %, avec des pertes de 1,5 à 2 tonnes par hectare pour le blé.

On peut s'attendre à 8 à 12 millions de tonnes de blé en moins en France.

Pour les producteurs, c'est la douche froide : les mauvaises nouvelles s'additionnent en pleine période de crise agricole. "C'est la double peine, les rendements sont bas et il faut sans doute s'attendre à une baisse des prix", indique Louis Le Roux.

L'inquiétude aujourd'hui s'exprime sur le prix, en retrait, conséquence d'une concurrence féroce qui s'exerce sur les marchés mondiaux avec des récoltes dites exceptionnelles dans les grands bassins producteurs (Mer noire, États-Unis...).

"Pour nos producteurs, ces nouvelles sont très mauvaises, car cela signifie une perte de chiffres d'affaires", conclut pour sa part Michel Le Friant.

La récolte de blé française en baisse de 30 %

Au 1er août, ODA, société de conseil en gestion du risque prix en grandes cultures, prévoyait une récolte française de blé tendre 2016 à 28,2 millions de tonnes (contre 40,9 Mt en 2015, 37 Mt en moyenne sur cinq ans). Soit une nouvelle réduction de 2,2 millions de tonnes par rapport à sa précédente prévision du 27 juillet, jour d’annonce du plan de soutien gouvernemental. Les grandes régions céréalières (bassin parisien, Nord et Est de la France) sont les plus touchées par ces baisses de rendement.

ODA signale par ailleurs une qualité meunière du blé tendre "exceptionnelle" mais "faible" en PS dans les zones à faibles rendements. Moins touchées, les zones d’approvisionnement portuaires "devraient sans difficulté fournir aux exportateurs les qualités requises", souligne le communiqué.

La production mondiale de grains est elle en hausse. "Les moissons de blé dépassent significativement les attentes aux États-Unis et en CEI", selon le Conseil international des céréales.

Plan de soutien

Le Conseil des ministres a décidé le 27 juillet de lancer un plan d'aide au secteur des grandes cultures, alors que les récoltes s'annoncent très mauvaises. Le plan gouvernemental prévoit des mesures fiscales, le report de cotisations sociales et des mesures spécifiques sur le remboursement de la TVA, a expliqué Stéphane Le Foll lors du compte rendu du Conseil. Un "fonds de garantie" doit également être mis en place par la Banque publique d'investissement (BPI), "pour aider à la mise en œuvre des allègements et des reports de prêts au niveau bancaire". Les producteurs pourront invoquer le "cas de force majeure" et bénéficier de la majorité de leurs aides quand les évènements climatiques ne permettent pas de se conformer aux règles de la PAC, ajoute le compte-rendu du Conseil, indiquant aussi des dérogations possibles au sujet des Cipan. Le plan sera "concrètement évalué début septembre" avec "l'ensemble de la profession agricole", lorsque l'ampleur des mauvaises récoltes se sera affinée, a précisé le ministre de l'Agriculture.

Pour Orama, ce plan doit "aboutir plus vite", "afin de lancer le nouveau cycle de production dans de bonnes conditions". Au cœur du plan réclamé par le syndicat, un prêt de trésorerie à taux nul pour couvrir les dépenses de mise en culture à l’automne, de 400 euros/ha, et les annuités d’emprunts, de 300 euros/ha.

Orama invite aussi à la "cohérence" en matière de paiement redistributif, et demande au gouvernement de "renoncer à augmenter comme prévu, au détriment des producteurs de grandes cultures, la part des aides de la PAC consacrées aux aides supplémentaires sur les premiers hectares". La Confédération paysanne estime pour sa part que ces mauvaises récoltes "signes d'une crise généralisée de l'agriculture", "ne doivent pas être l'argument corporatiste et au bénéfice des plus grosses fermes, d'une contestation de la majoration sur les
52 premiers hectares".

(source Agra)

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