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"On ne peut pas souhaiter le développement fort de la bio et rester dans des marchés de niche"

Élu chambre d'agriculture dans la précédente mandature, Patrice Le Penhuizic y assurait la fonction de responsable de la commission bio de la chambre d'agriculture de Bretagne dans un contexte de développement sans précédent de l'agriculture bio. Lui-même éleveur laitier bio, il insiste beaucoup sur la nécessité de maintenir des cahiers des charges bio stricts, une exigence qui pour lui n'est pas incompatible avec le fait de continuer à répondre à la demande des consommateurs, au contraire. Pour lui, les agriculteurs bio comme ceux qui souhaitent franchir le pas doivent être accompagnés et soutenus dans leur démarche. C'est aussi le sens des rendez-vous techniques en lait bio (23 au 25 avril) et en grandes cultures bio qui se dérouleront en Bretagne jusqu'en mai.

Patrice Le Penhuizic : responsable de la commission agriculture biologique à la chambre d'agriculture de Bretagne
Patrice Le Penhuizic : responsable de la commission agriculture biologique à la chambre d'agriculture de Bretagne
© Terra

L’agriculture bio continue à progresser, en Bretagne notamment. Comment percevez-vous cette évolution ?
Patrice Le Penhuizic. En effet l'agriculture biologique progresse beaucoup partout en France. En Bretagne, comparativement à nos voisins du sud pays de Loire, nous avions un retard que nous rattrapons actuellement dans certaines filières tandis qu'en légume, maraîchage et de plein champ, comme en lait, nous sommes en pointe. D'ailleurs, en lait, l'avenir se présente sereinement, avec une réelle structuration de la filière. Les débouchés sont là et, à court terme, les prix sont plutôt rassurants. En porc, il faut à la fois trouver les adaptations techniques et structurer la filière, on démarre de presque rien. Les taux de croissance sont très élevés mais sur des volumes de production qui restent à conforter. En légume, tout est bien en place et il y a encore une demande forte, que ce soit pour la conserve et le surgelé, le légume de plein champ ou le maraichage. En volaille, il y a aussi un fort développement, en œuf notamment. Mais, ce développement de l'œuf bio se fait sur le même schéma d'intégration qu'en conventionnel et c'est la filière qui oriente les choses plutôt que les éleveurs. C'est une situation inédite et qui interroge. Enfin, le développement en bio est très important en grandes cultures, la demande est très forte que ce soit pour la consommation humaine ou pour nourrir les animaux d'élevage.

L'agriculture bio n'est-elle pas à un tournant ?
P. P. D'une manière plus générale, ce développement important arrive au bon moment. Il a fallu mettre beaucoup d'énergie pour passer de 2 à 6 % d'agriculture bio, sans trop savoir où nous allions. Aujourd'hui il y a une conjonction entre les pouvoirs publics, les structures d'accompagnement agricole et la demande des consommateurs. Partout en Europe, on consomme bio de manière de plus en plus régulière. On est sur une période assez rêvée pour la bio. Mais, on ne peut pas souhaiter le développement fort de la bio et rester dans des marchés de niche. Nécessairement, les choses se structurent, l'économie va prendre de la place, la finance aussi peut-être, ce qui oblige à rester vigilant pour conserver des cahiers de charges bio assez stricts. Si je prends l'exemple du lait, toutes les laiteries veulent aujourd'hui faire du lait sans OGM, du lait de foin, du lait local, du lait bien être, du lait de pâturage...etc, l'agriculture biologique offre déjà tout ça dans le même panier. Donc on a vraiment un niveau élevé d'exigences par rapport aux attentes de l'industrie et des consommateurs. Il faut tenir bon là dessus.

La production et la diffusion de références techniques bio suivent-elle le même rythme que la consommation ? Quels sont les besoins ?
P. P. Le développement de l'agriculture biologique se fait souvent par à-coups quand l'augmentation de consommation est assez linéaire. Il n'est donc pas toujours facile d'adapter l'accompagnement des agriculteurs qui ont besoin de réassurance et de soutien. On voit bien que selon les modes de développement et d'organisation des paysans, les choses peuvent être très différentes. Par exemple, les légumiers du Nord Bretagne se sont beaucoup développés en bio parce qu'ils sont adhérents de la même coop et qu'ils ont créé une dynamique commune. Ailleurs, cette dynamique se rencontre plutôt à l'échelle d'un territoire comme on l'observe dans le Morbihan.
Il faut commencer par réassurer les agriculteurs qui veulent passer en bio, puis il faut accompagner la transition, la conversion. Là c'est l'appui technique qui est le plus attendu du fait du changements de pratiques, Puis il y a l'accompagnement de croisière et enfin la diffusion des références techniques. Ainsi, les chambres d'agriculture de Bretagne ont décidé de doubler les moyens humains alloués à la bio d'ici 2021. Ce qui implique que ces personnes soient elles-même formées pour accompagner les agriculteurs biologiques. Cela ne se fait pas dans un claquement de doigts. L'avantage pour les chambres d'agriculture, c'est qu'elles sont connues des agriculteurs conventionnels, et le développement de la bio se fait beaucoup par des agriculteurs venus du conventionnel. Notre accompagnement bio se fait donc auprès d'agriculteurs qui sont passés en bio ou qui le projettent, mais également auprès d'agriculteurs en conventionnel. Le durcissement des règles d'utilisation des pesticides les incite à s'inspirer des techniques de la bio et, pour autant, ils ne passeront peut être jamais en bio. Ces agriculteurs là sont très présents lors des opérations portes ouvertes. Ils veulent voir comment ça fonctionne. C'est aussi pour répondre à cette attente que, entre mars et juin, les chambres d'agriculture de Bretagne organisent une vingtaine de rendez-vous grandes cultures en bio, sous la forme de rencontres bout de champ.

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