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Les agriculteurs n’ont pas à courber l’échine

André Sergent.
André Sergent, président de la chambre régionale d’agriculture Bretagne

Rennes a été cette semaine le rendez-vous international d’une agriculture de projets en élevage. C'est aussi régulièrement le lieu d’initiatives culturelles remplissant leur rôle de médiation et de débat. Je me souviens de deux d’entre elles : "le Grand Espoir" en 2012, retraçant la révolution fourragère et "le cochon, une histoire bretonne".

La mise en perspective historique, éclairée de sciences humaines, invitait à se souvenir, à nourrir la controverse sur des visions différentes concernant les questions agricoles et alimentaires. Elles donnèrent lieu à des rencontres réussies, respectant les sensibilités et les opinions, respectant surtout les acteurs de ces épopées économiques et humaines. On y faisait confiance au libre arbitre du visiteur pour se forger son opinion.

Aujourd’hui l’heure n’est plus à la médiation mais à l’accusation, la culpabilisation, la condamnation. Après-guerre, les paysans se sont émancipés de leur "bon maître" en construisant dans l’adversité, mais aussi dans l’intelligence et l’intérêt réciproque, le statut du fermage, la coopération, le mutualisme. Devraient-ils aujourd’hui courber l’échine devant une certaine aristocratie médiatique et culturelle ?

Le monde agricole regarde en face les questions du bien-être animal ou de l’environnement. La recherche sur l’acceptabilité sociale des élevages et des pratiques culturales sont conduits depuis plusieurs années. Les professionnels agricoles se sont toujours inscrits dans leur époque et dans le sens de l’histoire. Ils se sont appuyés sur la formation, la recherche, le collectif. Ils font confiance à la science et à l’expertise et privilégient la complémentarité des disciplines. Avant de mettre en œuvre, ils testent et comparent. La remise en cause des travaux scientifiques, notamment ceux publiés par les agences de l’État est préoccupante pour notre société.

Aujourd’hui se pose clairement la question de l’acceptabilité sociale de certaines pratiques dites militantes à l’égard des agriculteurs. L’intrusion dans les élevages, les agressions de collègues quand ils pratiquent une pulvérisation dans un champ sont inacceptables.

Mon père, âgé aujourd’hui de 92 ans, a vécu ce grand espoir de la modernisation. Il est heurté face aux procès faits à l’agriculture contemporaine, tant il a souffert de regarder son assiette vide à l’école, et de la dureté de la vie, largement partagée dans les campagnes à cette époque.

Sommes-nous coupables d’avoir voulu nous extraire d’une terre ingrate ?

Le progrès technique n’est jamais neutre. Les barres d’immeubles qui surplombent la déshérence et la violence dans certains quartiers périphériques de nos villes illustrent comment des solutions d’hier sont en partie nos problèmes d’aujourd’hui. Faut-il pendre en place publique les architectes, urbanistes et commis de l’État qui ont sorti des bidonvilles des populations mal logées ?

Les paysans vivent dans leur époque et s’inscrivent dans le sens de l’histoire. Ils prennent le chemin des transitions en combinant pratiques inspirées de la nature et les nouvelles technologies. Ils n’entendent pas baisser les bras.

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