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"L’État doit prendre ses responsabilités"

Après l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen le ministre de l'Agriculture était lundi dernier sur place pour voir les répercussions sur les exploitations agricoles. Il a annoncé lundi aux agriculteurs touchés "une indemnisation totale des pertes liées à la pollution industrielle de Lubrizol". Il veut également "une transparence totale des résultats d’analyses".

incendie de l'usine Lubrizol à Rouen
Après l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, le ministre de l’Agriculture s’est rendu en Seine-Maritime sur l’exploitation de Frédéric et Noémie Dutot à Bois-Guillaume.
© Catherine Hennebert

"C’est une catastrophe industrielle et vous en êtes les victimes. Cela ne doit pas se transformer en catastrophe écologique et en catastrophe agricole", annonce Didier Guillaume aux agriculteurs touchés par la pollution des fumées de l’usine Lubrizol. "C’est pourquoi l’État vous versera très rapidement des avances de trésorerie afin de faire face aux pertes induites par la destruction de vos productions, en attendant que le principe de pollueur-payeur se mette en place avec Lubrizol". Le ministre de l’Agriculture s’est rendu en Seine-Maritime lundi dernier. Après des échanges avec les services de l’État et les organisations professionnelles agricoles, il s’est rendu sur l’exploitation de Frédéric et Noémie Dutot à Bois-Guillaume.

 

"Tout est fait pour que les résultats d'analyses arrivent au plus vite"

Frédéric et Noémie Dutot ont confiné leur troupeau dès le premier jour de l’accident industriel. La fumée noire est passée au-dessus de cet élevage de 95 vaches laitières. "Aujourd’hui, nous avons besoin d’y voir plus clair, de retrouver un peu de sérénité. Nous avons hâte d’avoir des réponses concernant les analyses. Depuis l’accident, nous nous posons tellement de questions. Les informations arrivent au compte-goutte", confie Frédéric Dutot qui attendait beaucoup de cette visite.

 

300 éleveurs laitiers obligés de jeter leur lait enSeine-Maritime.

"Quels que soient les résultats, tout sera mis sur la table, en totale transparence. Je suis également en relation avec les trois laiteries qui collectent sur la zone touchée pour qu’ils viennent chercher votre production, ajoute le ministre. Un éleveur laitier ne doit pas jeter son lait. Ensuite, nous aurons un gros travail, avec la chambre d’agriculture et le monde agricole pour repartir à la reconquête du consommateur".

 

"Je perds 1 000 euros par jour"

Depuis l’arrêté préfectoral du 28 septembre relatif à des restrictions sanitaires, l’éleveur a jeté 2 500 litres de lait par jour dans sa fosse à lisier. "Je perds 1 000 euros par jour sur les produits laitiers. Nous n’allons pas pouvoir attendre les procédures avec Lubrizol. Nous respectons l’arrêté mais l’État doit prendre ses responsabilités. Nous avons besoin de résultats rapides, nous souhaitons que le ministre monte au créneau pour les indemnisations, qu’il fasse pression sur les laiteries pour qu’elles viennent ramasser notre lait". Frédéric Dutot s’estime chanceux malgré tout car il avait déjà ensilé son maïs avant la catastrophe. "Nos silos sont pleins, nous allons pouvoir faire face mais il faut savoir que ce n’est pas le cas de tout le monde. Des éleveurs ont annulé leur chantier d’ensilage en attendant la publication des résultats d’analyses. Un tiers des surfaces n’a pas encore été ensilé et certains n’ont plus de stocks. Comment cela va-t-il se passer pour eux ?".

Lors des échanges avec le ministre et le préfet, les organisations professionnelles ont demandé un niveau d’indemnisation correspondant à 365 euros les 1 000 litres et 20 % du prix si les collecteurs ne viennent pas ramasser le lait. "En Seine-Maritime, il y a environ 300 éleveurs laitiers obligés de jeter leur lait. Pour une production de 1 700 litres par jour, cela représente 500 000 litres de lait jetés tous les jours", précise Stéphane Donckele, vice-président de la chambre d’agriculture de Seine-Maritime.

N'oublions pas les maraîchers, les arboriculteurs, les producteurs de betteraves situés dans l’une des 112 communes visées par l’arrêté. Des estimations chiffrées des pertes engendrées seront communiquées très rapidement par les services de la chambre d’agriculture afin de déterminer les niveaux d’indemnisation.

 

incendie de l'usine Lubrizol à Rouen

 

Toute la région concernée

Des gels et consignations de récoltes ont été arrêtés par les préfectures, qui concernent 112 communes de Seine-Maritime, 40 de l'Oise, 39 de la Somme, 14 dans l'Aisne et 5 dans le Nord et le Pas-de-Calais. Des analyses sont en cours pour établir l'état sanitaire de ces productions.

Les récoltes de maïs et de betteraves sont suspendues, ainsi que la collecte de produits animaux. Les trois laiteries de la zone ne viennent plus collecter, les maraîchers sont contraints de détruire leurs légumes. Les premiers résultats d'analyses devraient être connus ce jeudi.

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