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Une laiterie qui n'a pas de gamme bio perd des marchés en conventionnel

Au sein d’Initiative Bio Bretagne, Goulven Oillic, coordinateur "Filières, Restauration Collective, Etudes et Développement Economique”, œuvre au développement des filières biologiques. Il nous livre sa vision du marché du lait bio et de la structuration de la filière laitière bretonne

Goulven Oillic, coordinateur "Filières, Restauration Collective, Etudes et Développement Economique” à IBB

Qu’est-ce qu’Initiative Bio Bretagne en quelques mots ?

Goulven Oillic. IBB est l’interprofession bretonne de l’agriculture biologique. Son objectif est le développement des filières bio, de la production à la consommation. Une de ses missions consiste à animer et développer la bio, en assurant une adéquation entre offre et demande. Ce travail s’appuie sur des actions de communication, sur des salons grand public par exemple, et s’adresse à tous les circuits de distribution possibles.

 

Qu’observez-vous sur le marché du lait bio ?

G.O. A la fin 2019, il y aura près d’un milliard de litres de lait bio collecté en France. La collecte a progressé fortement mais la filière a pu anticiper le devenir de ce lait, car les conversions sont connues deux ans à l’avance. L’ouest, qui représente entre 55 % et 60 % de la collecte française, est un acteur de ce développement.

Il y a eu des conversions en réaction au prix du lait conventionnel mais aussi en réponse à la demande des acheteurs. Aujourd’hui, une laiterie qui n’a pas de gamme bio perd des parts de marché en conventionnel, car lors des négociations commerciales, les acheteurs demandent systématiquement une offre en produits laitiers bio.

D’ailleurs, les négociations commerciales avec les enseignes de la grande distribution ont été plus dures qu’habituellement. Comme ils ont plus de choix, les distributeurs font jouer la concurrence. Ils ont beaucoup développé les MDD en bio qui concurrencent les marques nationales, et vont continuer à élargir leurs gammes de produits bio notamment laitiers.

 

Quelles sont les tendances que vous voyez poindre en Bretagne ?

G.O. Côté producteurs, nous observons un ralentissement des conversions et, en parallèle, un agrandissement des tailles d’exploitations. Les laiteries sélectionnent davantage les porteurs de projet de conversion, sur des critères d’organisation logistique mais aussi de maîtrise technique de l’élevage.

En parallèle, les acteurs de l’aval multiplient les projets. Biolait, par exemple, a installé des plateformes de collecte dans les Côtes d’Armor et en Ille-et-Vilaine. Eurial a annoncé vouloir doubler sa collecte, Lactalis affiche l’ambition de devenir le leader mondial du lait bio. Pour développer leurs fabrications bio, les industriels utilisent majoritairement les outils déjà existants.

 

D’ailleurs quels sont à vos yeux les atouts de la Bretagne ?

G.O. La région collecte entre 20 et 25 % du lait bio français. Sa force c’est clairement d’avoir les producteurs et les transformateurs sur un même territoire. Cela évite les surcoûts de collecte.

Par ailleurs, la Bretagne est une des régions qui consomme le plus de produits bio. Production et bassins de consommation sont réunis. Cela génère une bonne dynamique. Filières longues et courtes permettent de valoriser les productions bretonnes sur place mais pas seulement.

 

Quels sont les risques et opportunités pour la filière lait bio ?

G.O. Le développement de la valeur ajoutée est un fort enjeu. Plus de 20 % des volumes de lait biologique sont transformés en lait de consommation, contre 10 % en conventionnel. Or ça n’est pas ce segment qui génère de la valeur ajoutée. En ultra-frais, il y a une offre en yaourts, mais pas grand-chose en crèmes dessert par exemple. Il y a donc encore des choses à faire et un marché à conquérir. En fromages, il peut être plus difficile de s’imposer face à certaines AOC qui bénéficient d’une image forte.

Le développement des segmentations sur le conventionnel (sans OGM, lait de pâturage, lait de foin…) interpelle. Cela risque de créer de la confusion chez le consommateur, qui pourrait se détourner du bio. Chacun cherche à se démarquer et si la segmentation du bio peut être une réponse, c’est aussi une stratégie risquée car cela rajoute beaucoup de contraintes.

 

Et les enjeux pour les élevages ?

G.O. Les questions du renouvellement des chefs d’exploitation, des conversions simultanées ou non (c’est-à-dire la conversion de l’exploitation dans son ensemble ou de son seul atelier lait) font partie des sujets importants pour demain. L’adaptation des exploitations au changement climatique est aussi un sujet clé avec, en particulier, la question de la disponibilité des fourrages bio. L’autonomie des fermes et les herbages plutôt résilients mettent la Bretagne, comme la Normandie, dans une position favorable.

 

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