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Nourrir la population : la Bretagne en état de résistance

En ce début de semaine, les mesures de confinement se durcissent après une première semaine d'adaptation des entreprises de la filière agricole et agroalimentaire bretonne, petites ou grosses. Agriculteurs et entreprises tentent de résister à cette situation inédite pour continuer à nourrir la population et maintenir leur entreprise à flot. Voici leurs témoignages recueillis après plus d'une semaine de confinement sanitaire à l'échelle du pays.

Nourrir la population est vital, et cette activité de première nécessité doit se maintenir à tous les niveaux.

Les mesures de protection sanitaire s'intensifient. Le gouvernement vient de trancher par leur interdiction des marchés alimentaires dès le mardi 24 mars (avec dérogation du préfet). Certains secteurs souffrent de plein fouet de l'arrêt de l'activité : le secteur horticole avec la fermeture des jardineries, les agriculteurs en vente directe, les abattoirs de proximité... qui voient leur activité chuter avec l'arrêt de la restauration hors foyer, la fermeture des lieux de vente habituel ou l'absence des particuliers. Mais nourrir la population est vital, et cette activité de première nécessité doit se maintenir à tous les niveaux : main d'œuvre, logistique, distribution... L'État et la Région prennent des mesures pour aider les entreprises les plus fragiles à passer la crise. Encore le mois d'avril jusqu'à début mai, entend-on du côté du ministère de l'Education ? Notre équipe de journalistes a interrogé des entrepreneurs agricoles du territoire pour recueillir leur témoignage, secteur par secteur. Pour tous, la gestion de la crise s'écrit au jour le jour.

 

Sanders Bretagne : "tout le monde est sur le pont"

"On contribue à ne pas avoir de stop sur la chaîne alimentaire", résume le directeur de Sanders Bretagne, Dominique Breton. Il aura fallu s’adapter en un temps record ! Pour la partie nutrition animale du groupe Sanders, avec une production française de 3,5 millions de tonnes d’aliments, dont le tiers fabriqué ici et acheminé à leurs 5 000 clients en Bretagne, les équipes "sont sur le pont", pour maintenir l’approvisionnement des élevages bretons. Crucial. Mais "tout en prenant soin de la santé de nos collaborateurs", pose, en préambule, le directeur, depuis septembre dernier, du groupe en Bretagne, filiale d’Avril. "Les équipes se sont adaptées pour la mise en sécurité de tous", y compris pour la logistique des camions qui rentrent et sortent des usines d’aliments pour bétail. "On s’est aussi mobilisé avec l’interprofession pour que les chauffeurs trouvent des stations services ouvertes". Un détail mais essentiel. Et si "les prises de commandes d’aliments ont augmenté au début de la crise, c’est un réflexe humain", aucune rupture d’approvisionnement n’a été constaté, "les choses sont rentrées dans l’ordre désormais", appuie-t-il. Sur l’approvisionnement en protéines, notamment en soja (alimentation porcine), "on a des incertitudes de cas de Covid 19 en Argentine et au Brésil, pour l’instant, les bateaux arrivent", tempère le directeur de Sanders Bretagne. "On est dans le cadre du marché du plan protéines européen. On retrouve les fondamentaux de notre métier, celui de la formulation en fonction de la disponibilité et du besoin des éleveurs". Côté aval, avec l’accompagnement des éleveurs de volailles et d’œufs notamment, se gère une autre problématique de taille : "la bascule de la production d’ovoproduits pour la restauration hors domicile vers la coquille pour la grande distribution. Toutes les filières se réajustent, à l’exception du porc, plus stable. On est au téléphone du matin au soir", note-t-il en pointant l’augmentation des commandes en œufs coquille de la distribution sur "tous les segments, cage, sol plein air et bio". Avec le casse tête du cycle long de production et des mises en place, versus le cycle de la vente, court… "La difficulté, c’est de prendre soin de la santé de nos collaborateurs et de maintenir la chaîne alimentaire", résume Dominique Breton.

 

Pépinière/horticulture, maraîchage : des impacts différents

Malgré une restauration hors foyer stoppée, le réapprovisionnement des magasins de la grande distribution a été massif pour la grande majorité de légumes frais lors de la première semaine de confinement. La demande a été là, "et même l'export a tenu", décrit-on à l'UCPT (Union des coopératives de Paimpol et Tréguier) avec beaucoup de prudence au vue de la rapidité des événements. "Nous sommes au travail pour approvisionner".

Pour autant, trois productions connaissent des difficultés : la filière horticole, la pomme de terre primeur et la fraise. Avec la fermeture des jardineries, la filière horticole est à l'arrêt. Interrogé, Patrick Lamy, président de la fédération régionale des producteurs de l'horticulture et des pépinières, explique : "En horticulture, le problème, ce sont les légumes et les plantes annuelles car les ventes sont impossibles. Les conséquences économiques vont être importantes. Les salariés peuvent continuer à travailler en plein air dans les pépinières. C'est un peu plus délicat en horticulture, mais c'est réalisable avec une bonne organisation au niveau de chaque entreprise et le respect des gestes barrières".

Dépendants de la météo et compte tenu du retard pris, les producteurs de légumes frais, avec l'arrivée d'une fenêtre météo favorable, sont au travail, il faut rattraper le retard des cultures de printemps et récolter. À l'UCPT, la majorité du personnel est conservée, dit-on, chez les producteurs comme dans les stations de conditionnements où "des mesures barrières ont été mises en place". La crainte serait que la logistique ne suive pas dans l'acheminement des marchandises ou que les frontières européennes ferment (export du chou-fleur par exemple).

 

La vente directe s'organise

Pour les producteurs transformateurs, à l'image du réseau Invitation à la ferme (37 exploitations), après la fermeture des écoles, des restaurants et les mesures de confinement, la première urgence a été de réussir à écouler les stocks qui avaient été mis en production pour la restauration collective. "La restauration collective, c'est entre 30 et 35 % du chiffre d'affaires et on s'est retrouvé avec tous ces volumes sur les bras", explique Jean-Michel Péard, agriculteur en Loire-Atlantique et membre du réseau. Et de poursuivre : "On a réussi à passer des produits en GMS car la demande a explosé, on a aussi eu de grosses commandes de certains magasins, mais aussi pour des Ehpad et on a donné à des associations".

Pour Yves Simon, producteur à côté de Rennes, ces derniers jours ont été très intenses. Avec son équipe, il s'est retrouvé avec entre 10 000 et 15 000 yaourts à écouler. "On a laissé un message sur Facebook pour faire de la vente directe à l'épicerie et avec la puissance des réseaux sociaux, c'est devenu un peu viral et le message a été relayé, vu plus de 100 000 fois !" Du coup, le téléphone a été en surchauffe, les messages arrivaient de partout. "Par exemple, une personne m'a dit qu'elle a été mise au courant par sa fille qui vit à Dubaï et qui avait vu le message sur Facebook". Après cette période d'urgence à gérer, l'heure est maintenant à l'organisation de la production. "On commence à s'adapter, on a un rôle à jouer pour continuer à nourrir les gens mais aussi en protégeant la santé de nos équipes", estime Yves Simon.

 

À Plouhinec, les vaches de Lesvenez gèrent au jour le jour

Ophélie Le Goff

"Nous avons pris toutes les précautions qui s’imposent : pas plus de deux personnes en même temps, désinfection régulière des locaux... Et pour l'instant, le magasin reste ouvert". À Plouhinec (29), Les vaches de Lesvenez transforment une bonne partie du lait du troupeau Holstein et Jersiais en yaourts ou yaourts à boire, fromage blanc, fromage à tartiner, beurre, glaces… Et s’adaptent, tant bien que mal, au confinement mis en place par le Gouvernement. Première alerte, quand la fermeture des écoles a été annoncée. "On ne s’en est pas trop mal tirés", analyse Ophélie Le Goff. "Nous avions de grosses commandes. Elles ont été annulées avant la fabrication. Et seuls 120 litres de lait pasteurisés ont été perdus". Les autres produits, yaourts ou fromages blancs, se sont écoulés sans difficulté, dans le magasin à la ferme, ouvert 4 fois par semaine, ou dans les supérettes qu’elle livre régulièrement. Mais les choses s’annoncent désormais plus compliquées. "Que ce soit chez nous ou partout où nous livrons, le constat est le même : il n’y a quasiment plus personne dans les magasins". Après la ruée du début de semaine dernière, les gens ont stocké pour un moment. Mais continueront néanmoins à avoir besoin de produits frais. "On sera sans doute obligés de diminuer la production… Pour le moment, on attend". Et pour informer les uns et les autres, Ophélie passe désormais beaucoup de temps au téléphone.
À l’écoute de sa clientèle, le magasin propose désormais de nouveaux services. "Nous pouvons ouvrir le magasin plus tôt pour les personnes fragiles ou préparer leur commande et la déposer dans une glacière", précise la page Facebook Les vaches de Lesvenez. Un service apprécié des clients.

 

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