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"Nous avons besoin d’outils de prévention et de gestion des crises"

À la veille de la fin des quotas laitiers, le président de la Fédération nationale des coopératives laitières plaide en faveur de la mise en place d’outils de prévention et de gestion de crise pour faire face à la volatilité des prix et des marchés. L’assurance marge est pour lui une piste intéressante.

Dominique Chargé, Président de la FNCL
Dominique Chargé, Président de la FNCL
© Catherine Perrot

La Fédération nationale des producteurs de lait demande un audit de la contractualisation. Qu’en pensez-vous ?

Dominique Chargé. Nous ne sommes pas directement concernés, en ce sens que nos producteurs de lait sont des associés coopérateurs de leur coopérative et que les relations de fournisseurs à clients ne se posent pas dans les mêmes termes. Pour ce qui nous concerne, nous avons mis en place une charte des "engagements mutuels entre les coopératives et les associés coopérateurs". Ceci étant, nous avons intérêt à ce que la contractualisation réussisse aussi sur tous les territoires. Ce qu’il faut discuter, c’est le projet laitier sur le long terme et ne pas se limiter au prix du lait au mois le mois. Le cadre coopératif l’autorise dans la mesure où il s’appuie sur le souhait des producteurs et où il permet d’intégrer des compléments de prix, des ristournes, les intérêts du capital social qui font partie aussi de la rémunération du producteur.

 

Les quotas arrivent à leur terme. Comment abordez-vous cette nouvelle situation ?

D.C. La fin des quotas va se traduire par un accroissement de la volatilité des prix à la hausse comme à la baisse. Cette situation nous la vivons d’ores et déjà avec une surproduction temporaire en 2014 à laquelle s’ajoute l’embargo russe. Mais le marché des produits laitiers sur le long terme est en croissance, de l’ordre de 2,5 % par an. Ce qu’il nous manque, en France et en Europe, ce sont des outils de prévention et de gestion des crises à la hauteur des enjeux.

 

À quoi pensez-vous ?

D.C. La volatilité se gère aussi au niveau de l’exploitation agricole. Les producteurs doivent pouvoir compter sur des outils d’auto-assurance, comme la DPA qu’il faut rendre plus attractive. La FNCL soutient, comme elle l’a toujours fait, la création d’un observatoire des volumes de lait, géré dans la durée et qui se prolonge au niveau européen. Mais il faut aller plus loin en matière d’outils de fiscalité adaptés. D’abord, la Commission européenne devrait réexaminer les seuils d’intervention à la hausse, actuellement trop bas pour qu’ils constituent un véritable filet de sécurité. La réactivité est également un élément essentiel face à des situations comme l’embargo russe. Ensuite nous plaidons surtout pour la mise en œuvre de nouveaux outils. Je pense notamment à une assurance marge qui prenne en compte non seulement les aléas climatiques, mais aussi la volatilité des marchés. J’espère que la prochaine PAC permettra d’aller dans ce sens.

 

La fin des quotas ne risque-t-elle pas d’entraîner une délocalisation
de la production dans les zones difficiles ?

D.C. Effectivement la libéralisation du marché laitier pourrait conduire à un abandon de la production laitière française dans certaines zones, la fermeture de centres de collecte voire d’usines de transformation, si rien n’est fait. Un enjeu fondamental car le lait dans son ensemble (production, transformation) est générateur d’activité économique, d’emplois et d’équilibre territorial. La seule façon de maintenir une dynamique laitière dans ces zones est de compenser le différentiel de coût de collecte que nous estimons pour notre part de 10 à 15 € par tonne. Nous y travaillons.

 

Les négociations commerciales avec la grande distribution viennent
de se terminer. Quelles leçons en tirez-vous ?

D.C. Les négociations commerciales ont été tendues comme les précédentes d’ailleurs, la grande distribution ne respectant pas toujours le cadre législatif qui a été mis en place par la loi Hamon. C’est la raison pour laquelle nous demandons l’application stricte de la loi, la mise en place des contrôles annoncés et la publication des sanctions. La FNCL déplore aussi la complexité législative et le millefeuille réglementaire. C’est la raison pour laquelle, il serait certainement plus constructif, à l’avenir, de pouvoir bénéficier de la stabilité d’une loi avant d’en créer une autre sur les mêmes sujets.

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