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"Nous avons des actions à proposer pour regagner en compétitivité"

Une fois n'est pas coutume, présidents de la fédération nationale porcine et de la confédération française avicole s'expriment ensemble sur la situation des producteurs de viandes blanches, volailles et porcs, fragilisés par la moindre compétitivité de leurs filières. Jean Michel Serres et Michel Prugue se mettent à l'unisson pour ne pas être les oubliés des plans de modernisation de l'élevage.

Pourquoi lancer un appel commun FNP-CFA ?

Jean-Michel Serres et Michel Prugue. Confrontées à une situation de crise profonde et qui dure, nos filières ont perdu de leur dynamisme. Notre compétitivité est remise en question face à des concurrents très agressifs et l’emploi est menacé. En outre, nos élevages souffrent d’un important retard d’investissement, dont le besoin a été chiffré pour le porc à 2,5 milliards d’euros et pour la volaille à près de 2 milliards d’euros, et ce, uniquement pour ramener les exploitations à un niveau équilibré. La situation conjoncturelle de ces dernières années et la lourdeur réglementaire française n’ont pas permis de réinjecter des moyens, avec des mises aux normes souvent a minima, aggravant ce constat. Or, sans élevages, plus de filières ! Nous considérons donc que la réponse à la crise actuelle viendra d’abord d’une modernisation de la production. Les différentes missions et rapports ministériels réalisés sur l’avenir des viandes blanches ont bien souligné que si une partie de l’objectif de reconquête tient dans des assouplissements réglementaires (ICPE), une autre part importante tient à la modernisation des bâtiments. Notre appel commun le rappelle une nouvelle fois aux pouvoirs publics !

Comment utiliser le second pilier et qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?

J-M.S. et M.P. Nos productions sont très peu aidées, alors que ce sont les plus impactées par la flambée des matières premières agricoles depuis 2007. Le porc et la volaille ont très souvent été oubliés dans les plans bâtiments alors que les besoins sont réels : les régions ne financent que très marginalement la modernisation des élevages dits "hors-sol" au travers des PMBE régionaux. Nous en profitons pour rappeler d’ailleurs que jusqu’à présent les viandes blanches ont été exclues du PMBE national. C’est pourquoi, nous sommes très attachés à un cadrage national de l’enveloppe qui sera consacrée à la modernisation des élevages, faute de quoi, si la main est laissée aux régions, nos secteurs passeront à nouveau probablement à côté d’un soutien pourtant indispensable. Par ailleurs, nos productions ne reçoivent pas de soutien direct de la PAC. C’est pourquoi nous affirmons notre volonté que le fonds annoncé aille en priorité aux viandes blanches, pour qu’elles puissent regagner en compétitivité et trouver une vraie place dans la nouvelle agriculture qui se dessine. Nous avons largement contribué depuis plusieurs années à proposer des stratégies de filières dans le cadre des multiples groupes de travail initiés par les pouvoirs publics. Nous avons des actions à proposer pour regagner en compétitivité, charge aux pouvoirs publics désormais de définir la mécanique appropriée pour utiliser les fonds disponibles.

Où se situent les problèmes de compétitivité ?

J-M.S. et M.P. Inaporc a commandé une étude à l’Ifip afin de comprendre l’origine des écarts de compétitivité entre filières porcines européennes. Cette étude a été rendue publique début juin 2013. Elle a mis en évidence que la plupart des maillons se retrouvait en queue de peloton sur la scène européenne, même si certains, comme l’élevage tiraient encore leur épingle du jeu. Cela s’explique par le fait que la filière porcine française pâtit d’un environnement macroéconomique défavorable lié principalement au faible soutien de la part des pouvoirs publics. Si les élevages porcins restent compétitifs grâce aux bonnes performances techniques des éleveurs, ils montrent une fragilité face à leurs concurrents, en raison d’un important retard d’investissement. C’est donc une compétitivité de l’élevage relative car elle ne sera pas durable face à certains concurrents à ce jour en retrait en raison de lourds investissements mais qui repasseront demain en tête avec des outils modernisés. Dans le secteur de la volaille, l’absence d’investissements dans la production a nui à la compétitivité de nos produits même si les performances techniques sont bonnes et que nos éleveurs n’ont pas à rougir face à nos concurrents européens. Par exemple, des bâtiments avicoles modernes permettent d’économiser la consommation d’énergie, voire d’être producteurs d’énergie positive. La situation difficile du commerce extérieur n’est pas non plus un élément qui nous permet de regagner en compétitivité et s’explique par de mauvaises performances et un manque de restructuration majeur des maillons industriels, mais aussi par des distorsions de concurrence intracommunautaires notamment sur la main d’œuvre et par les mauvaises relations avec la grande distribution, ce qui pénalise la compétitivité de l’ensemble de la filière française.

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