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"Nous avons mis en route un processus"

Les chambres d'agriculture de Bretagne ont décidé de faire un pas supplémentaire vers la régionalisation de leurs outils. Avec un projet d'entreprise intitulé "Convergence 2016", l'objectif est d'être en cohérence avec l'évolution territoriale, de faire face à une pression budgétaire plus forte, et de privilégier la production de références et de connaissances. Tout en gardant une forte proximité avec le terrain et les hommes. C'est d'ailleurs toute cette stratégie que Marcel Denieul, président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine, a défendu lors de la session du 9 juillet. Entretien.

Marcel Denieul
Marcel Denieul
© A.M

Comment est née cette volonté d'aller vers plus de convergence ?

Marcel Denieul. L'idée de régionaliser nos actions ne date pas d'aujourd'hui. Ce travail a déjà été engagé lors de précédentes mandatures, en donnant notamment une dimension régionale à la recherche appliquée, et s'est traduit par un budget dédié de la chambre régionale et une rationalisation des fermes expérimentales. Aujourd'hui, nous avons fait un bout du chemin mais nous sommes encore au milieu du gué. Nous n'avons pas encore complètement clarifié ce qui est du ressort de chaque structure, tant au niveau des collaborateurs que des élus. Il faut que nous allions plus loin et c'est ce sur quoi nous avons commencé à travailler depuis 2013 et la nouvelle mandature.

 

Quelles sont les raisons qui vous poussent à aller dans cette direction ?

M.D. La première raison, c'est que nous faisons le constat qu'il y a trop de temps passé sur la coordination au détriment de la production de connaissances, ce qui engendre un fonctionnement "lourd" et une dépense d'énergie qui ne se fait pas sur les bons curseurs. L'entrée initiale est donc une volonté d'aller vers plus d'efficacité. En parallèle, il y a une nouvelle entrée qui nous pousse dans cette direction, c'est la pression budgétaire.  Avant même les discussions actuelles sur les évolutions territoriales, les orientations venant de l’État nous avaient mis en alerte. Sur un autre plan nos interlocuteurs sont organisés au niveau régional, aussi bien pour l'Etat que pour le conseil régional. Dans le même temps, les Pays et les communautés de communes ont un rôle de plus en plus prépondérant. Ce qui finira de clarifier les compétences de chaque structure, ce sera le schéma territorial, en cours d'écriture. De la même manière, nos partenaires économiques ont désormais une dimension qui dépasse largement les frontières départementales. Tout ceci nous conforte dans nos choix, mais il faudra sans doute aller plus vite, plus fort et plus loin.

Concrètement, qu'est-ce que cela va changer, et quelle va être la méthode ?

M.D. On travaille à la construction du pôle régional sous différents aspects. Tout d'abord un pôle Ressources, chargé d'assurer la connaissance de l'économie des filières, par la création de références, de prospectives, d'études... Mais nous avons aussi l'obligation d'être en proximité avec les agriculteurs du département, en étant à l'écoute de leurs besoins pour y apporter des réponses rapides. C'est un dossier qui nécessite une approche commune des cinq chambres. Il faut que ces objectifs soient partagés, mais régionalisation ne veut pas dire non plus uniformisation. Pour ce qui est de la méthode, nous allons nous faire accompagner par un cabinet spécialisé. Il y a des chantiers que l'on a identifié, comme "plus faciles" à mettre en œuvre, que l'on souhaite boucler pour la fin d'année et ensuite progressivement jusqu'en 2016.

 

Pour les salariés, quelles seront les conséquences ?

M. D. Certains salariés qui dépendent aujourd'hui d'une chambre départementale dépendront demain de la chambre régionale. D'ailleurs certains avaient déjà évoqué un travail de coordination trop important, au détriment de la production de références. C'est à nous d'anticiper pour que cette nouvelle orientation se fasse le mieux possible, avec l'implication de tous.

A ce sujet, certaines critiques mettent en parallèle, un nombre d'agriculteurs toujours en baisse, face à un nombre de salariés qui se maintient. Que répondez-vous à cette vision ?

M.D. En effet, il y a de moins en moins d'agriculteurs. Mais le métier est de plus en plus complexe et donc les besoins en références, conseils, accompagnement, formation... sont de plus en plus importants. Par exemple, il y a 20 ou 30 ans, la dimension environnement était très faible et il y a des missions qui n'étaient pas dans le rayon d'actions de la chambre d'agriculture. A l'image de l'installation, qui est un dossier sur lequel on peut tout de même se féliciter d'avoir un taux d'échec très faible au regard d'autres secteurs économiques. De la même façon, dans 10 ou 15 ans, il y a sans doute des choses que l'on fera moins et de nouvelles compétences qui nous seront demandées. Je tiens aussi à souligner que l'impôt chambre a évolué beaucoup moins vite que l'inflation et même d'autres impôts. Pour conclure il faut bien avoir en tête que nous avons mis en route un processus. On a la direction à suivre, maintenant il faut garder de l'humilité car ce chemin n'est pas complètement tracé. On va devoir tâtonner entre proximité et création de connaissances. Une des conditions de notre réussite, c'est l'interface entre les besoins du terrain et la production de références.

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