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Hervé Vasseur, président de l'Afab(1)
"Nous devons nous attendre à des prix plus variables et plus élevés"

Alors que l'Afab se réunissait mercredi en assemblée générale, son président, Hervé Vasseur, répond aux questions de Terra, dans un contexte de tension sur le prix des matières premières végétales. Ceci fragilise les filières d'élevage, dans l'Ouest notamment, qui représentent 41% du marché de l'alimentation animale dans l'Hexagone.

Les éleveurs bretons s'inquiètent de la tendance au renchérissement du prix de l'aliment. Comment expliquez vous le phénomène, et surtout les prix sont-ils amenés à augmenter encore ?
Hervé Vasseur. "Effectivement la tendance des prix des aliments est haussière. Nous avons connu les plus bas prix depuis plus de 20 ans sur les campagnes 2004 et 2005. Tout était alors "parfait" à la production de céréales et d'oléagineux. Les fabricants ont répercuté très vite toutes ces baisses. Mais depuis, les besoins mondiaux ont fortement augmenté avec le développement des élevages en Asie et en Amérique du sud (volailles et porc) et la fabrication industrielle de bio-carburants dans le monde. Malheureusement, la production 2006 de céréales, en particulier, n'a pas suivi, avec de mauvaises récoltes de blé en Europe, en Australie... En plus, les cotations de ces matières premières "stratégiques" se font en bourse, avec une part croissante de spéculateurs non agricoles qui misent sur un vrai potentiel de hausse pour les raisons évoquées. Nous devons donc nous attendre à des prix plus variables et... plus élevés. Les pays céréaliers retrouvent donc le sourire, la Bretagne moins. A noter que cette tendance est mondiale, donc notre position relative n'est pas érodée".

La forte dépendance de la Bretagne en matières premières végétales n'est-elle pas à terme un frein à la spécialisation de la région dans les productions animales ?
H.V. "C'est une question importante. L'aliment représente en moyenne 50 à 60% des coûts de production en élevage. Maîtriser son approvisionnement est vital en termes de régularité, de qualité et de prix. La Bretagne consomme trois fois plus de matières premières qu'elle n'en produit et la situation ne s'inversera pas. Nous travaillons donc au sein du groupe "Feed-Sim", qui réunit les partenaires importateurs-triturateurs, transporteurs (SNCF), les ports (Lorient, Brest,...), les organisations professionnelles agricoles, la chambre d'agriculture et le conseil régional, sur ce sujet stratégique pour notre région. De cette relative faiblesse, il nous faut faire une force.
Des opportunités existent avec les nouveaux co-produits énergétiques, les ports, les stockages, les moyens de transport à mieux organiser encore pour gagner cette bataille de l'approvisionnement pour les éleveurs. Ce n'est donc pas un frein, car les compétences régionales doivent permettre de maîtriser ce dossier".

Depuis plusieurs années, les volumes d'aliments livrés par les fabricants bretons sont en baisse. Cette évolution est-elle une explication aux mouvements de rachats ou de fusions constatés ces derniers mois dans l'Ouest ?
H.V. "Effectivement la production d'aliments en Bretagne a reculé d'environ 12% depuis 1997, l'année record ! Cela représente une perte de 1,2 millions de tonnes en 9 ans, essentiellement en volailles. Les usines ont besoin de volume pour amortir leurs charges. Chacun se bat donc pour garder ses clients par le service, mais aussi par le prix. Les offres d'aliments sont excellentes en qualité et en prix du fait de cette forte concurrence qui profite aux éleveurs. Et les hausses de prix des matières premières (15 à 40%) n'ont été qu'en partie répercutées. Ces deux éléments cumulés fragilisent notre secteur, et forcément certains passent la main. Des réorganisations ont commencées. Jusqu'où iront-elles ? L'avenir nous le dira. Une certitude : pour les producteurs, nous devons maintenir une activité nutrition animale dynamique et compétitive".

(1) L'Afab, Association des fabricants d'aliments du bétail, que préside Hervé Vasseur (par ailleurs directeur de Cecaliment), regroupe la quasi-totalité des opérateurs tant coopératifs que privés du secteur de l'alimentation animale dans l'Ouest. Les entreprises adhérentes à l'Afab ont livré 8,7 millions de tonnes d'aliments en élevage en 2006, sur les 10,8 consommés dans l'Ouest.
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