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"Nous devons orienter la bataille vers les députés"

De passage dans les Côtes d'Armor à l'occasion du conseil fédéral de la FDSEA, Christiane Lambert fait le point sur les attentes de la FNSEA vis-à-vis des Etats généraux de l'alimentation et les surprises de la loi de financement de la sécurité sociale 2018 qui supprime la réduction de 7 points des cotisations sociales décidée par le gouvernement Valls en 2016.

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA
Christiane Lambert, présidente de la FNSEA
© Terra

Les États généraux de l'alimentation ont beaucoup mobilisé les équipes investies dans les ateliers. Quels sont les constats et les attentes de la FNSEA suite au discours de Rungis du président de la République ?

Chrstiane Lambert. Les États généraux de l'Alimentation (EGA) sont un des grands chantiers du mandat d'Emmanuel Macron. Nous souhaitions que ces Etats généraux puissent se tenir pour poser la question du prix des produits agricoles et du revenu des agriculteurs. La phase 1 s'est clôturé le 11 novembre avec l'annonce d'une loi qui traitera des relations commerciales. Cette loi est annoncée pour le 1er semestre 2018. Dans l'intervalle, il y a un creux, c'est pourquoi nous avons poussé pour avoir une charte d'engagement de tous les acteurs. C'est une charte, ce n'est pas une loi, elle n'a pas les mêmes effets. Nous espérons que la loi interviendra au premier trimestre, tant les échos qui nous reviennent font état de négociations compliquées aujourd'hui. Nous travaillons déjà à construire les éléments législatifs qui permettront d'avoir les outils pour tirer les prix par le haut : la contractualisation en tenant compte des coûts de production, le contrat de deuxième niveau pour intégrer les hausses de prix, l'encadrement des promotions, les sanctions pour les prix abusivement bas et le recadrage du seuil de revente à perte, qui, pour l'instant, est totalement dévoyé... Ce sont ces outils là qui nous permettront de tirer les prix de la chaîne alimentaire vers le haut .

 

Les plans de filières doivent être remis au 10 décembre. Qu'en attendez-vous ?

C. L. La FNSEA a posé un diagnostic sans concession au début des États généraux, en soulignant que depuis des années le pouvoir d'achat des consommateurs prime alors que le pouvoir d'achat des producteurs lui est en souffrance. Dans les plans de filières, nous devons définir, à moyen terme, les solutions pour tirer l'ensemble des prix, pour la production et pour les industriels. Nous devons faire comprendre aux consommateurs que pour manger français, pour avoir des produits d'origine tracés intégrant le sanitaire, l'environnement, le bien-être animal... il faut mettre le prix. Nous ne pouvons pas produire tout pour moins cher si nous voulons en même temps de la qualité et une agriculture propice au développement de son territoire. C'est un chantier considérable, mais nous ne partons pas de rien. Certaines interprofessions travaillent déjà très bien mais d'autres sont un peu en souffrance et la date butoir fixée au 10 décembre les bouscule et les oblige à réfléchir plus vite. Le dialogue interprofessionnel doit prévaloir, on ne peut pas toujours compter sur l'Etat. Ce sont les acteurs entre eux qui doivent se mettre d'accord.

 

Concernant la loi de finances, l'acquis des réductions des cotisations sociales est-il remis en cause ?

C. L. Nous avons eu une très grosse déception lors de l'annonce du projet de loi de finances (projet de loi de financement de la sécurité sociale NDLR) en découvrant que les sept points de prise en charge que nous avions obtenus en 2016 ont été supprimés. Manuel Valls, alors premier ministre, l'avait annoncée comme une mesure pérenne, et ce nouveau gouvernement, pour cause de réduction budgétaire, la supprime. Ce n'est pas normal du tout. C'est une mesure de compétitivité de l'agriculture qui avait été accordée pour nous mettre à niveau avec les pays du Nord de l'Europe et, d'un coup d'un seul, elle est rayée de la carte. Nous avons protesté au niveau du ministère de l'agriculture, à Bercy, auprès du premier ministre et du Président de la République... Les sénateurs nous ont entendus et ont déposé un amendement qui doit permettre de la réintroduire. Nous menons aujourd'hui la bataille vis-à-vis des députés. La question est budgétaire, nous le voyons, mais ce n'est pas normal que notre pays fasse le yoyo en permanence avec des décisions aussi stratégiques pour l'agriculture française.

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