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"Nous voulons être reconnus dans le paysage agricole français"

Élu le 10 mars dernier à la présidence de l’association des salariés agricoles de France, Éric Passetemps est investi depuis de nombreuses années au sein de l’association des salariés de l'agriculture du Morbihan. Il est responsable d’une maternité collective de près de 600 truies à Neulliac dans le Morbihan. Depuis 2017, Il préside l’association régionale des salariés de Bretagne. Pour lui, la reconnaissance des salariés agricoles est un enjeu de taille, indispensable au paysage agricole de demain. Pour y parvenir ? La mise à disposition de moyens d’animation aujourd’hui menacés pour cette association qui, apolitique et asyndicale, revendique son rôle d’information et de représentation.

Éric Passetemps, président de l’association des salariés agricoles de France.
Éric Passetemps, président de l’association des salariés agricoles de France.
© Terra

Vous venez de succéder à Michel Marcoul qui a tenu les rênes de l’association nationale durant neuf ans, quelles vont être vos priorités ?

Éric Passetemps. Les priorités de l’association pour les années à venir vont être de continuer à œuvrer pour la reconnaissance des salariés dans le paysage agricole français et donc, de maintenir, voire développer les moyens d’animation qui nous sont alloués. Aujourd’hui, le salariat est devenu une nécessité pour l’agriculture. La production a été maintenue mais avec une baisse du nombre d’exploitants. Ceux qui restent ont recours à une main-d’œuvre autre que familiale et de plus en plus spécialisée, formée. Qui d’autres est plus légitime pour parler du salariat agricole que les salariés agricoles ? C’est pourquoi les besoins en animation sont essentiels, c’est l’autre priorité. Si les Asavpa(1) se sont développées les années passées, nous avons entériné il y a deux ans, au congrès national d’Albert, de changer d’identité et de nous appeler association des salariés agricoles. Le but était de retrouver une certaine légitimité et une visibilité qui s’était estompée au fil du temps. Nous devons aujourd’hui valoriser cette nouvelle identité, obtenir une reconnaissance de nos partenaires que sont les chambres d’agriculture, la MSA, le ministère de l’agriculture. Car suite à la mise en œuvre du paritarisme, les associations ont perdu beaucoup de leurs rôles, de leur représentativité et des moyens qui leur étaient dévolus, redistribués au profit de ce qui est paritaire. Nous sommes tous des bénévoles, pour monter des projets, nous avons besoin de ces moyens d’animation, c’est indispensable.

 

Quels rôles l’association entend-elle tenir demain et pour quels enjeux ?

E.P. J’aime à rappeler que nous sommes une association apolitique et asyndicale. C’est important, notre but est d’accompagner les salariés agricoles, de les informer, notamment pour éviter l’isolement. Sans les associations de salariés agricoles, il n’existerait souvent aucune structure pour renseigner, soutenir et accompagner les salariés dans leur vie professionnelle. Nous sommes souvent les seuls. Demain, ce qui serait intéressant c’est que nous, association des salariés agricoles de France, soyons des consultants sur l’avenir du salariat agricole en France. Nous avons une réelle expertise sur tous les métiers de l’agriculture. Je regrette qu’aujourd’hui, ce ne soit pas le cas. Il y a des départements où nous n’existons même pas… Il nous faut être reconnus dans le paysage agricole français car nous sommes indispensables à l’agriculture d’aujourd’hui et plus encore celle de demain. Et pour ce faire, nous avons sans doute à renforcer nos partenariats.

 

En avez-vous les moyens ?

E.P. Nous n’avons plus de moyens dans beaucoup de territoires du fait de la régionalisation. L’association départementale qui existait encore dans un département avec des moyens mis à disposition par la chambre départementale d’agriculture, passe à la trappe lors du regroupement. C’est le cas en Normandie, dans les Hauts-de-France, ou sur la grande région de Nouvelle-Aquitaine. Nous devons retrouver des moyens.

 

En quoi le salariat agricole est-il primordial dans le paysage agricole de demain ?

E.P. L’agriculture connaît une profonde mutation. Le nombre d’exploitations ne cessant de diminuer, le recours à la main-d’œuvre qualifiée augmente. En élevage, en grandes cultures, en viticulture, en maraîchage, les salariés sont des professionnels de l’agriculture, compétents avec des savoir-faire. La technicité a permis d’alléger la pénibilité et on a besoin aujourd’hui de salariés formés qui sachent réfléchir avec du carburant dans la tête. Or, nos métiers sont ignorés, notamment par le corps enseignant. Que dire aussi des injonctions paradoxales renvoyées par les crises et les agriculteurs eux-mêmes sur leur métier ! Il faut changer l’image, valoriser ces métiers des salariés agricoles qu’on considère encore à tort comme des variables d’ajustement dans bon nombre d’exploitations. Demain, l’agriculture aura besoin de salariés. Si on veut garder l’agriculture, cela passera par du salariat, sinon, les outils de productions ne vaudront plus rien.

 

(1) Asavpa : association des salariés de l'agriculture pour la vulgarisation du progrès agricole.

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