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La bio en légumes ?
Pas si compliqué !

Voilà une dizaine d'années, déjà, que Bernard Le Saint a reconverti son exploitation légumière vers l'agriculture biologique. Portrait.

Après un BTAG au Nivot, Bernard Le Saint a rejoint ses parents sur l'exploitation familiale de Plouzévédé. "A l'époque, on produisait du chou-fleur, du brocoli, de l'échalote, de la carotte et un peu de céréales". En 1997, au moment du départ en retraite de ses parents, son épouse décide à son tour de rejoindre l'exploitation, et c'est à cette occasion que se pose la question du bio.

Lever un frein technique

"Le chou-fleur ne se vendait pas, les légumiers manifestaient sur le pont de Morlaix, on était en pleine crise de la vache folle, le bio avait le vent en poupe dans les médias, le consommateur s'interrogeait sur ce qu'il mangeait", cite, pêle-mêle, l'agriculteur pour expliquer le déclic vers la bio. Quelques producteurs entament alors une réflexion, épaulés par Agnès Le Breton, alors conseillère bio à la chambre d'agriculture de Saint Pol de Léon. Car, à ce moment-là, les préoccupations des légumiers vont principalement vers la technique, persuadés qu'ils sont que le commercial suivra.
"Et c'est l'inverse qui s'est produit", analyse, avec du recul, Bernard Le Saint. La technique ? "Nous étions convaincus qu'il y aurait des moments difficiles et, finalement, elle n'a jamais posé problème, à condition de bien respecter les rotations". Et, à cette condition expresse, il n'a jamais raté une seule culture, sauf peut-être la pomme de terre, l'an passé, à cause des fortes attaques de mildiou du printemps et de l'été.

Vendre, un autre métier

Tous adhérents à la Sica de Saint Pol de Léon, à l'UCPT (22) ou à Terres de Saint Malo (35), le petit groupe qui réfléchit au passage en bio est sûr d'une chose : il veut se cantonner à la production. "Vendre, c'est un autre métier". Ils décident donc de continuer à être adhérents à leur groupement et fondent une section bio au sein de leurs structures respectives et de Prince de Bretagne.
"Quand un nouveau arrive dans un groupe d'agriculteurs bio déjà en place, les produits bio vont tirer les produits en C2, en seconde année de conversion. Ce n'était pas notre cas : nous démarrions tous et n'avions que du C2 à vendre", se souvient Bernard Le Saint. Viendront ainsi quelques soucis de mévente, le temps de se faire connaître auprès des opérateurs bio. "Heureusement que nos structures nous ont aidé à démarrer, les premières années, pour passer ce cap délicat".

Du cuivre contre le mildiou

Au moment de passer en bio, Bernard Le Saint repense l'assolement de son exploitation, qui compte 42 hectares, et emploie un salarié permanent et des saisonniers, l'équivalent d'un temps plein supplémentaire à l'année. "J'ai arrêté la carotte et fortement diminué l'échalote : je pensais qu'elle ne trouverait pas de créneau suffisamment important en bio". Finalement, elle se vend bien, ce qui incite Bernard à lui consacrer rapidement les 6 à 7 hectares qu'elle occupait jusque-là sur l'exploitation.
Le chou-fleur et le brocoli conservent leur place, bientôt rejoints par la pomme de terre. "Germicopa cherchait du plant bio. C'est une culture sensible au mildiou : j'ai d'abord essayé sur une petite surface, avant de m'équiper et de passer à 6 ha par an". La culture est implantée après un chou-fleur, de façon à profiter des résidus de récoltes. "Je tamise avant plantation et, au moment où lèvent les premières mauvaises herbes, je passe un coup de herse étrille pour remettre les buttes à plat. Un passage de bineuse, un passage de buttoir, et c'est fini".
Pour lutter contre le mildiou, l'agriculture biologique dispose principalement de la bouille bordelaise, limitée à 6 kg de cuivre par hectare et par an. "Je privilégie les apports en début de saison, de façon à garder la culture la plus saine possible". Le défanage est thermique, ce qui limite le passage du mildiou des tiges vers les tubercules. Et les rendements peuvent atteindre, certaines années, les 30-35 tonnes à l'ha !

Des céréales sans intrants

Tous les ans, Bernard implante aussi 7 à 8 ha de céréales. "Elles viennent après un chou-fleur précoce et profitent des résidus de culture". Une culture facile à mener ! "Je sème les céréales et je ne m'en occupe plus jusqu'à la récolte". Ce qui n'empêche pas les rendements de flirter avec les 60-70 quintaux/ha, sans aucun intrant !
Après céréales, viendront les échalotes. "En bio, c'est une culture assez sensible : il ne faut pas qu'elle ait trop d'azote pour bien tenir la route". Efficace sur le mildiou de la pomme de terre, le cuivre ne peut rien contre celui de l'échalote. "Il permet juste de limiter les attaques de bactéries".

Trouver de nouvelles solutions

"La recherche avance toujours et, d'ici peu, on trouvera des solutions complémentaires", estime Marie-Laure Rousselet, animatrice de la filière bio à la Sica de Saint Pol de Léon et à l'UCPT, qui évoque, entre autres, les immuno-stimulants, capables de renforcer les défenses des plantes contre les agressions.
"Le matériel a beaucoup progressé et nous rend bien service", ajoute Bernard Le Saint, citant, notamment, les bineuses et les doigts Kress, capables d'intervenir sur le rang sans abîmer la culture, ou le désherbage thermique, testé au départ sur drageon à la station de Pleumeur Gautier (22) et maintenant utilisé en production avec de bons résultats. "En bio, il faut avoir l'œil, désherber au bon moment, et être équipé".

La bio à Prince de Bretagne

Partie de rien il y a 10 ans, la production bio a atteint les 5 300 tonnes l'an passé et devrait dépasser, cette année, les 6 000 t. Les crucifères, chou-fleur, brocoli, chou pommé, viennent largement en tête, suivis par l'artichaut, la pomme de terre, l'échalote et le poireau. "Un producteur est installé sous abri, ce qui permet de rajouter de la tomate, du concombre et de la mâche à la gamme", précise Marie-Laure Rousselet.
Une gamme qui ne cesse de s'étoffer, et compte aussi de la courgette, de l'artichaut petit violet, de la carotte du radis noir, de l'oignon, du céleri rave, du chou chinois, du chou Romanesco...
Les volumes devraient connaître une progression rapide dans les années à venir puisque la section compte un producteur en fin de conversion, 4 nouveaux arrivants en Finistère, 4 en Côtes d'Armor et un en Ille et Vilaine.

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