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"Passer de l’idée aux actes"

La FNPL s’apprête à tenir son congrès à Vannes, en terre bretonne, les 14 et 15 mars prochains, autour du thème "les valeurs de l’amont, la nouvelle valeur des marchés. Bâtir l’indispensable retour aux producteurs". Le sujet est bouillant, alors que viennent de s’achever les négociations commerciales sur fond d'États généraux de l’alimentation et de plan de filière. Restent à définir les pistes et les moyens d'y parvenir. Autant de préoccupations auxquelles répond la nouvelle présidente de la section lait de la FRSEA Ouest Marie-Andrée Luherne, agricultrice en Gaec laitier à Sulniac (56) avec son mari et deux de ses quatre enfants.

Marie-Andrée Luherne, nouvelle présidente de la FRSEA Ouest lait.
Marie-Andrée Luherne, nouvelle présidente de la FRSEA Ouest lait.
© Terra

Les négociations qui s’achèvent semblent avoir été moins mauvaises en lait. Pour autant,
quelles sont les pistes pour bâtir ce retour de la valeur vers les producteurs ?

Marie-Andrée Luherne. Les négociations ont effectivement été passées à la hausse. Ce n’était pas gagné à l’avance. La mobilisation des "mercredis des négos" et l’épisode "beurre" de l'automne dernier ont joué sur le fait que les enseignes soient plus réceptives. Maintenant, le supplément de valeur ne doit pas rester chez les transformateurs. Il doit revenir au premier maillon, aux agriculteurs qui en ont grandement besoin. On compte sur le plan de filière présenté par l’interprofession en décembre dernier, où la grande distribution doit bientôt siéger. Avec tout le monde autour de la table, on espère arriver à construire dans la durée, en partant du prix du producteur. Le rapport de force n’a qu’un temps. C’est ainsi que se bâtira la reconnaissance de tout le travail des producteurs, en inversant un processus qui fait que le producteur n’a que ce qui reste, s’il y a un reste, les miettes. L’enjeu du plan de filière est là, ce partage de la valeur qu’on a mis en avant dans la charte des valeurs. Nous étions déjà dans cet esprit, mais cette nouvelle façon de penser doit maintenant se décliner dans la vraie vie, passer de l’idée aux actes.

 

La loi née des États généraux de l'alimentation vous semble-t-elle suffisante
et avec quel coût de production ?

M.A L. Au vu de ce qui s’est passé lors des négociations, on voit bien que la loi est nécessaire. La charte d'engagements, signée par toutes les enseignes en décembre, n’a pas suffi. Les négociations se sont passées le plus souvent dans les mêmes conditions qu'avant. Le discours d’Emmanuel Macron à Rungis était plein d’espoir mais difficile à appliquer, la bonne volonté n’est pas suffisante et ne permet pas aux agriculteurs de vivre dignement et d’obtenir un prix juste. Dans ce projet de loi, on parle de coût de production et c’est une notion compliquée face à la diversité des régions et des systèmes de production. Il va falloir trouver un dénominateur commun, un indicateur qui différencie les systèmes, plaine et montagne par exemple, et peut-être une régionalisation. Tout ne pourra être décidé au plan national. Ce coût doit permettre de rémunérer l’éleveur avec tout l’enjeu de transmettre, d’installer et de maintenir les agriculteurs en place. On a des éléments tels que la marge Ipampa (indicateur qui mesure l’évolution du panier des charges typiques de l’exploitation laitière spécialisée, ndlr), les coûts de production technico-économiques. C'est un dossier que nous avons déjà travaillé à la FNPL, il va falloir le faire reconnaître et le faire partager par les autres familles du plan de filière.

 

L’Ouest laitier porte-t-il une voix singulière au sein de la FNPL et quelles sont ses préoccupations pour demain ?

M.A L. Dans l’Ouest, nous sommes organisés avec les pays de la Loire au sein de la FRSEA Ouest à neuf départements, un territoire dans lequel est produit le tiers du lait français. Cette année sera une année élective lors du congrès de Vannes, avec un nouveau conseil d’administration à désigner. Nous avons bien l’intention de peser et de porter nos revendications, notre vision de la filière laitière demain. Car nous sommes une région avec un certain nombre d'atouts... climatique, industriel avec des infrastructures, un maillage du territoire avec des organismes techniques. Nous sommes bien épaulés, le foncier reste malgré tout abordable. Et surtout avec des hommes et des femmes, professionnels, capables de relever le défi. Tous ces atouts pour faire du lait demain sont là mais on ne les voit pas. Nous avons porté un travail au niveau régional sur le lait de pâturage. Nous le faisons naturellement dans nos fermes sans le valoriser ! Nous avons créé une marque "lait de pâturage", déposée à l’Inpi (institut national de la propriété industrielle), propriété des producteurs et à dispositions de tous ceux qui le souhaitent. C’est un exemple, nous voulons être force de propositions à la FNPL, apporter nos idées sur la fiscalité, les nouvelles attentes sociétales, le bien-être... et toujours pour une meilleure rémunération des producteurs.

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