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"Passer du prix à la notion de valeur"

Le ruissellement de la valeur ajoutée, tant espéré, est en panne. Quelles stratégies mobiliser pour fixer la valeur ajoutée ? État des lieux et trajectoires gagnantes ont été abordés lors de la matinée professionnelle réunissant agriculture et agroalimentaire bretons, le 3 juillet dernier à Locminé.

Les chiffres sont têtus. "En agriculture, la valeur ajoutée a chuté de 30 % en cinquante ans. Les IAA ont perdu 14,5 % en dix ans", introduira Pascale Gélin, directrice de la chambre régionale d’agriculture. Deux secteurs, mariés pour le meilleur et pour le pire, exposés tous deux au goulot d’étranglement de la grande distribution dont le modèle, lui aussi mis à mal, pressure les prix à la production. Si les États généraux de l’alimentation et la loi Egalim dont elle est issue "ont fait naître des espoirs, les négociations commerciales suivantes ont vite fait déchanter". "77 % des entreprises se sont vu demander des baisses tarifaires, 49 % ont dû les accepter", fait état l’observatoire des négociations commerciales de l’Ania. "La théorie du ruissellement ne fonctionne pas", s’accordent les participants de la table ronde pour qui - si malgré tout, quelques dispositions de la loi méritent d’être saisies - de nouveaux leviers de croissances sont à construire ailleurs.

Faire avec le consommateur

"À bâtir avec le consommateur", affiche le spot publicitaire TV de la coopérative d’aucy qui, depuis quelques jours, l’explique avec l’aide de Kévin Thomazo, interprétant son propre rôle. "On intègre le consommateur à la démarche d’une nouvelle gamme pour accompagner l’agriculteur à ce changement", plaide ce jeune éleveur, également président de JA 56. Installé en poule pondeuse bio, après l’arrêt du lait, il choisit le légume pour lequel il est en pleine conversion bio. "Cette démarche qui dure trois ans a un prix. On demande au consommateur s’il est prêt à suivre et à s’engager lui aussi. Cela nous permet de réexpliquer l’agriculture, sur la durée, et ce qu’est une coopérative, ses valeurs", pointe-t-il. Différenciation, segmentation et montée en gamme seraient-elles les solutions ? "Qualité du produit et respect du consommateur. On est allé le chercher... Ceux qui ne l’ont pas fait sont morts", explique, au travers une vidéo Jean-Guy Le Floch, PDG de l’emblématique Armor-Lux.

De nouvelles responsabilités

"Passer du prix à la notion de valeur avec la responsabilité sociale et environnementale. Sachons profiter de la demande de la société, la digérer et se confronter à la grande distribution", encourage Joël Tingaud, président de la commission économie de l’association bretonne des entreprises agroalimentaires (ABEA). "Construisons des relations contractuelles ensemble sur chaque filière avec des réponses collectives, on a la capacité à le faire", estime Laurent Kerlir, président de la chambre d’agriculture du Morbihan. Il y a urgence à donner des perspectives, estime André Sergent, président de la chambre régionale d’agriculture, "face à l’enjeu de la transmission. Dans les dix ans, 50 % des exploitations vont changer de mains", cadre-t-il. "La Bretagne est redoutable quand elle joue collectif. Se lamenter ne suffit plus, allons chercher les moteurs de croissance", conclura pour sa part Annie Saulnier, présidente de l’ABEA, avant de mettre à l’honneur les lauréats de l’excellence bretonne (lire encadré).

 

 

Concours général agricole, 138 médailles bretonnes

Elles sont au nombre de 138, les médailles d’or, d’argent ou de bronze qui distinguent les produits bretons, et 74 trophées de championnes, de champions et de prix pour les animaux sur les podiums. La chambre régionale a donc choisi de "mettre à l’honneur ces savoir-faire", à la faveur de cette rencontre.

- "Cela fait grimper nos ventes de 25 % pour les produits primés", apprécie la cidrerie Prié (22).

- "C’est une fierté et une dynamique tous les jours pour l’entreprise, cela nous tire vers le haut", affirme pour sa part le responsable de production des salaisons Tallec (29).

- "C’est un gage de qualité pour l’export où nous réalisons 20 % du chiffre d’affaires", pour l’entreprise ostréicole Henry (56).

- "Cela nous conforte sur notre typicité", estime la laiterie Triballat (35).

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