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"Penser constamment biosécurité"

Le 5 février dernier, la détection de trois cas d’Influenza aviaire faiblement pathogène, H5N3, était révélée dans le Morbihan, premier département avicole de France. S’en suivaient l’euthanasie des 25 000 canards puis la désinfection programmée des trois exploitations touchées. Outre les mesures de protection réglementaire ordonnées, restent celles de prévention, détaillées dans le plan de biosécurité auprès de chaque aviculteur qui s’y est formé et que tout intervenant se doit de respecter. Un point de vigilance pour Pierrick Le Labourier, éleveur de dindes à Plumelec (56), président de la section avicole du GDS Bretagne. En jeu, les conséquences sur la commercialisation des produits avicoles bretons à l’export qui dépendent des exigences sanitaires des pays clients.

Pierrick Le Labourier, président de la section avicole du GDS Bretagne.
Pierrick Le Labourier, président de la section avicole du GDS Bretagne.
© Terra

Quelle est votre réaction sur les trois cas d’Influenza aviaire (IA) faiblement pathogène détectés dans le Morbihan ?

Pierrick Le Labourier. Cela fait 18 ans que l’Europe est régulièrement confrontée à ce problème. Il faut rappeler que la mise en évidence de ces trois cas n’est pas étonnante. Après des épisodes de IA hautement pathogène dans le Sud Ouest, un plan de surveillance s’est mis en place pour la filière palmipèdes gras et plein air. Cela comporte une obligation de contrôle de tous les animaux prêts à gaver dix jours avant transfert vers les ateliers de gavages. Cet hiver, la France n’a pas déclaré de cas hautement pathogènes mais détecté des cas faiblement pathogènes (FP). Avec ce plan de contrôle, il n’est pas étonnant d’en trouver car on les cherche ! Nous ne sommes pas surpris même si c’est la première fois qu’Influenza aviaire FP est mise en évidence en Bretagne. Ce qui justifie les mesures mises en œuvre et l’euthanasie puis la destruction en équarrissage des 25 000 canards. Il y a 130 éleveurs en Bretagne dans cette filière. Qu’il y ait trois éleveurs touchés en même temps pose questions. Une enquête épidémiologique est en cour, il y a des enregistrements, des preuves qui devront être apportées…


Quelles préconisations sont à rappeler en matière de prévention ?

P. L. L. Tous les détenteurs de volailles à titre commercial doivent avoir suivi une formation à la biosécurité depuis 2016. Les éleveurs sont appelés à mettre en œuvre ce plan de biosécurité connu. L’idée, c’est de se protéger de ce qui arrive sur l’exploitation par roues, par bottes et par pattes, qu’elles soient deux ou quatre ! Ce sont des barrières, un plan de circulation dans l’élevage, la désinfection des véhicules qui rentrent, y compris ceux de l’éleveur, son tracteur ou son télescopique. C’est l’application scrupuleuse du sas sanitaire : on limite les visiteurs, on ne fréquente pas les zones humides, on porte une attention scrupuleuse au stockage de la litière, on la rentre ou on la bâche, on met à l’abri les systèmes d’alimentation. Nous avons ce virus en Bretagne, soyons vigilants, appliquons ! J’attire aussi l’attention sur les prestataires. Ils peuvent être des vecteurs du virus. Attention aux interventions en cours de lots ! Il faut changer ses habitudes, penser constamment biosécurité. En matière sanitaire, si l'un n’applique pas, c’est tout le monde qui trinque.


Quelles conséquences peut-on craindre sur les marchés ?

P. L. L. C’est un dossier sanitaire de catégorie un. Il a un impact sur les qualifications sanitaires et nous fait perdre, durant un mois, la mention sanitaire indemne de toute forme d’Influenza aviaire acquise depuis octobre 2017. Nous exportons 50 % de notre foie gras. Le Japon, gros importateur (56 % de la valeur exportée) a déjà fermé ses frontières au foie gras breton. Il faut rappeler qu’entre 2015 et 2017, la France a perdu plus du tiers de sa production, passant de 36 millions de canards gras à 23 millions l’an passé. Cela impacte donc la filière foie gras et ses 120 éleveurs bretons mais aussi les autres productions avicoles. Car des pays nous ont mis sous embargo, bloquant des produits non-cuits, les volailles crues congelées, les poules de réformes, les œufs à couver… D’autres acceptent la régionalisation des mesures sanitaires et vont continuer à acheter en France. N’oublions pas qu'entre la génétique, la production de foie gras, celle de volaille congelée, les œufs, etc., le chiffre d’affaires de la filière avicole française atteignait dix millions d’euros par semaine avant les épisodes d'Influenza aviaire. Nous subissons un manque à gagner très important supporté par toute la filière.

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