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Philippe Jubin, l’agri-formateur maître d’apprentissage

"Le premier apprenti est arrivé en 2003, ma mère venait juste de prendre sa retraite". Depuis lors, Philippe Jubin, installé depuis 1992 à Elven, sur 80 ha avec 60 vaches laitières pour 500 000 l de lait, accueille avec son épouse, Christine, apprentis et stagiaires pour composer deux UTH. Implication, bienveillance et pédagogie composent son rôle d’agri-formateur récompensé du mérite agricole.

Le mérite agricole, un bel hommage et une reconnaissance pour Philippe Jubin, maître d’apprentissage, agri-formateur dans l’âme et les pratiques.

"Tout le monde cherche des salariés compétents mais plus personne ne veut les former", constate avec regret Philippe Jubin, dont l'enthousiasme pour l’apprentissage ne s’est jamais démenti, imprégné par l’accueil réservé déjà par ses parents aux apprentis. Il le partage désormais avec son épouse Christine, qui peaufine l’accueil. "Les jeunes qui ne viennent pas du milieu agricole représentent la moitié au moins des mes apprentis et stagiaires. Ici, ce n’est pas un critère de recrutement, s’il a envie et qu’il est déterminé…", enchaîne-t-il, investi dans leur formation. C’est le cas de Bastien Jounier, arrivé à 15 ans et demi pour un CAP à l’Issat de Redon, toujours apprenti mais en BPREA (brevet professionnel responsable d'exploitation agricole) lait qu’il achève à Crédin. "Il va avoir 20 ans, c’est un super salarié, hyper autonome, que je ne pourrais pas garder financièrement. On a beau faire du volume, ça ne nous laisse pas assez pour payer un salarié", déplore-t-il du contexte laitier.

 

Bienveillants, attentifs

Mais à n’en pas douter, des liens forts se sont créés sur cette exploitation et Philippe Jubin n’a oublié aucun de celles et ceux qui l’ont accompagné un temps, égrainant avec bienveillance les prénoms de ces apprenants qui ont fait leurs classes sur sa ferme, appréciant les échanges établis. "Être avec des jeunes aide à rester jeune", pointe avec malice ce tout juste cinquantenaire à qui tous ses anciens stagiaires ont concocté pour son mariage, voilà deux ans, une belle surprise sous forme de vidéos. Un maître de stage attentif, "il faut s’intéresser à eux, à leur vie, sans être intrusif", imprimant un rythme structurant, "du lundi matin 9 h au vendredi après le déjeuner du midi, ils déjeunent avec nous tous les midis", encourageant l’apprentissage, aussi, de l’autonomie. "Ils sont logés à côté, dans un mobile-home". Ni Noël, ni les anniversaires ne sont oubliés, et le week-end en remplacement encouragé comme une marque de confiance. Une attention et des liens tissés, "aussi avec leur familles : on est invité à chaque instant".

Les techniciens síimpliquent avec moi dans la formation.

Formateur avant tout

Un rôle de formateur qu’il prend très à cœur. Alors, il s’agace de certaines pratiques. "Les stagiaires ou apprentis sont parfois pris pour de la main d’œuvre à bon marché, des larbins, et pas dans l’esprit de les former. On s’en aperçoit lors des jurys d’examen", dit-il, impliqué là aussi en tant que membre. Il est inadmissible encore pour lui "que ces jeunes n’aient pas accès aux documents techniques et comptables". Un fondamental pour Philippe Jubin, titulaire d'un BTS et d'un CS de comptabilité et fiscalité, chez qui il en va autrement. "Pour l’apprenti, la formation est essentielle. Je passe énormément de temps à cela". Ainsi, les rendez-vous avec les techniciens ou conseillers, "sont programmés dans la mesure du possible quand ils sont là pour qu’ils en aient le bénéfice. Le comptable, le contrôleur laitier et le technicien culture, le vétérinaire ou l’inséminateur jouent le jeu. Ils s’impliquent avec moi dans la formation", apprécie-t-il, attaché à présenter dans sa globalité la ferme et tous les postes. "Nous, on fait tout ensemble. Je souhaite qu’ils voient aussi les factures qui arrivent et la paie de lait, ce qu’on en fait. Je travaille à l’ancienne, avec mon cahier de recettes et de dépenses, ce qui reste derrière la paie", formateur jusqu’au bout de sa démarche.

 

Chevalier de l'ordre du mérite agricole

Une implication pour laquelle il vient de recevoir l’ordre du mérite agricole, promu au grade de chevalier. "Cette reconnaissance m'a fait énormément plaisir car elle m'est remise pour mon travail pour l'accueil et la formation de nombreux jeunes stagiaires et apprentis". Un bel hommage et une reconnaissance pour cet homme, agri-formateur dans l’âme et les pratiques, qui ne court pourtant pas derrière les lauriers. "Avoir des honneurs est une chose. Le mérite lui s’acquiert sur le terrain", estime-t-il, n’omettant pas d’exercer sa liberté d’expression sur son "regret doublé d’incompréhension de voir fermer les centres de formation des chambres d’agriculture". Car apprendre en faisant, c’est apprendre et devenir compétent, une méthode éprouvée et reprise aujourd’hui.

 

Repères

- Plus de 14 200 apprentis tous secteurs confondus en Bretagne,
- 2 754 dans le secteur agricole dont 1 750 en enseignement agricole (+ 8,2 %), 558 dans l'éducation nationale (+16,7 %) et 446 pour l'enseignement supérieur (+19 %) dans les CFA agricoles,
- Un apprentissage en progression constante notamment dans les Côtes d’Armor (+10 %), l’Ille et Vilaine (+11,3 %) et le Finistère (14 %), tiré par la production agricole.

Source Draaf Bretagne 2020

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