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Phytos : expliquer ses pratiques pour désamorcer les conflits

Agacé par l'agribashing incessant qu'ont à subir éleveurs et agriculteurs, Yves-Marie Jouan a décidé de suivre une formation, pour apprendre à désamorcer les conflits et répondre à ses détracteurs. L'occasion aussi pour ce producteur de légumes d'expliquer comment ses pratiques évoluent peu à peu, prenant sans cesse plus en compte la préservation de l'environnement et de la biodiversité.

Dans le cadre d'un nouveau cahier des charges testé par D'aucy, Yves-Marie Jouan, producteur de légumes et de céréales à Riec sur Belon, travaille désormais de concert avec un apiculteur.
Dans le cadre d'un nouveau cahier des charges testé par D'aucy, Yves-Marie Jouan, producteur de légumes et de céréales à Riec sur Belon, travaille désormais de concert avec un apiculteur.
© Chantal Pape

"Quand on ouvre le journal, pas un jour où on ne parle de pesticides". Producteur de céréales et de légumes à Riec sur Belon avec son épouse, Yves-Marie Jouan subit aussi ces remises en question de son métier sur les réseaux sociaux ou dans la vie de tous les jours, au gré d'une conversation avec des voisins, des parents d'élèves... "Beaucoup de choses fausses sont dites", constate l'agriculteur. Et c'est parce qu'il ne sait pas comment répondre à ces attaques qu'il s'inscrit à une formation.

Parler simplement

Proposée courant mars par la FRSEA Bretagne, la formation fait le plein, avec une quinzaine de participants. Et propose aux uns et aux autres des outils simples. "En agriculture on a trop souvent tendance à parler technique, alors que les gens n'y connaissent rien, relate Yves-Marie Jouan, membre du Bureau de la FDSEA. Au contraire, il faut expliquer simplement ce que l'on fait et pourquoi on le fait". Et l'agriculteur de conseiller de profiter d'opérations fermes ouvertes pour faire visiter son exploitation et désamorcer les conflits de voisinage, par exemple. "Et il ne faut pas hésiter à rétablir certaines vérités ! Dans les analyses, on trouve uniquement ce que l'on cherche. Ainsi, l'eau contient aussi des substances médicamenteuses mais on ne les cherche jamais ! Il est facile, pour nos détracteurs, de se focaliser sur un problème, d'accuser une corporation plutôt que de remettre en cause ses propres pratiques".

Echanger et tester

"Il y a un travail de Titan à accomplir pour rétablir la vérité". Bien décidé à assumer sa part du boulot, Yves-Marie Jouan a désormais les clés pour expliquer concrètement les changements qu'il opère au quotidien dans la conduite de ses cultures, qu'il s'agisse de ses 40 ha de céréales ou de ses 50 ha de légumes, petits pois, haricot, carotte, céleri rave, chou-fleur, brocoli, navet, potimarron et ciboulette à destination de la transformation.

"En légumes comme en céréales, je dispose d'outils d'aide à la décision pour gérer les phytos". Et si il y a peu, il appliquait systématiquement trois fongicides en légumes, il fait désormais l'impasse sur certains traitements. "Je suis en moyenne à deux applications. Et peut-être pourra-t-on aller encore plus loin, en descendant à un seul passage". Membre d'un groupe Déphy cultures à cheval sur les départements du Finistère et du Morbihan, c'est en échangeant avec d'autres producteurs qu'il trouve puis teste de nouvelles façons de faire, comme la biofumigation, ces couverts végétaux spécifiques implantés d'avril à juin. "On verra bien si ça a une incidence sur les maladies du haricot".

Favoriser la biodiversité

Au sein de sa coopérative D'aucy, Yves-Marie Jouan s'est aussi porté volontaire pour tester une nouvelle charte. "Pour favoriser la biodiversité, nous avons implanté des nids à rapaces et des nichoirs à insectes". Un partenariat a aussi été noué avec des apiculteurs, qui viennent déposer des ruches dans leurs parcelles. "J'ai donc changé mes façons de faire, en traitant le soir, une fois les abeilles rentrées à la ruche. Et j'ai semé des couverts mellifères, mêlant du sainfoin, du mélilot, de la phacélie et plusieurs espèces de trèfle : violet, incarnat, de Perse". Si le coût des semences est élevé, la culture reste en place pendant deux à trois ans. "Cette année, j'en ai semé 2 000 m² le long de la départementale". Car l'idée est d'en profiter pour communiquer avec le consommateur. "Demain, pour vendre du légume, il va falloir raconter une histoire qui va avec". Et si la coopérative attend les premiers retours des consommateurs avant de s'engager plus en avant, elle espère, d'ici trois ans, y impliquer la moitié de ses 600 adhérents. Avec, à la clé, une plus-value. "Les gens prêts à payer un peu plus cher à condition d'avoir quelque chose de propre, de sûr".

Pour aller encore plus loin, l'OP teste aussi le désherbage mécanique, en mettant des bineuses à la disposition de ses adhérents. "Pour le moment, on manque encore un peu de recul, reconnaît l'agriculteur. Si ça marche plutôt bien sur l'inter-rang, c'est plus difficile sur le rang". Sans oublier que la récolte doit être indemne de cailloux et de corps étrangers ! "On continue à chercher des solutions, il faut nous laisser le temps", plaide Yves-Marie Jouan.

 

 

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