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"Phytosanitaires, rien à cacher, vous voulez en parler ?"

A contrario de collègues, "je n’ai jamais été agressé dans mes champs, moi c’est l’agribashing ambiant qui m’indispose", justifie Didier Peraud, cultivateur à Plescop, aux portes de Vannes. Membre de la FDSEA, il a suivi une formation pour mieux communiquer. L’intitulé ? "Protection phytosanitaire, nous n’avons rien à cacher, vous voulez en parler ?". Rencontre.

Didier Peraud, cultivateur à Plescop, après s’être formé à la vie des abeilles, a suivi une formation dédiée à la communication.
Didier Peraud, cultivateur à Plescop, après s’être formé à la vie des abeilles, a suivi une formation dédiée à la communication.
© Claire le Cleve

 

 

"Là c’est un mélange mellifère implanté en semis direct. Patrice Charron, l’apiculteur avec qui je travaille a 400 ruches. Il aime bien ce secteur pour sa diversité d’espèces et d’époques de floraison, beaucoup de ronciers. C’est bon pour l’abeille", décrit, calme et souriant, Didier Peraud près des sept ruches posées sous les grands arbres qui bordent sa parcelle. Sept hectares de jachère leur sont destinées cette année sur ses 115 ha dévolus désormais à des cultures de légumes de conserve, de céréales et de pommes de terre quand, auparavant, un troupeau de laitières y trouvait fourrages. "J’adore mon métier", décrit l’homme, à la carrure de sportif, entraîneur à ses heures, qui en 2020, installera sur ses terres un jeune, tout aussi passionné que lui.

Démonstration par la preuve

"J’ai beaucoup évolué au niveau de mes pratiques", explique l’exploitant, droit dans ses bottes, utilisateur d’outils d’aides à la décision pour intervenir au plus juste, Scanbean, Farmstar, sondes Sentek.... "L’intérêt du métier, c’est de répondre aux besoins de la plante", s’enthousiasme-t-il, poursuivant, "une plante qui manque de rien ne se fera pas agressée". Alors "en légumes, nous sommes des utilisateurs de pesticides. Avec ma coop, d’aucy, en 2018, nous nous sommes formés avec un apiculteur pour prouver que nos produits n’étaient pas nocifs pour les abeilles. On en avait marre de se faire attaquer", raconte ce membre de la commission grande culture de la FDSEA. Pas toxique pour l’abeille donc ? "Ce n’est pas nocif pour l’humain. Les ruches étaient au milieu de 18 ha de mes légumes, il n’y a pas eu de mortalité, ça a très bien fonctionné", poursuit-il, découvrant l’univers fascinant de l’apiculture. Et souvent beaucoup d’incompréhension, "liée à une méconnaissance des deux côtés, en se parlant on apprend des choses mutuellement, on évolue".

S’adapter

Pas d’incompatibilité donc selon lui, "il faut juste s’adapter. Avant, je traitais très tôt le matin jusqu’au point de rosée. Maintenant, au printemps, et quand il fait chaud, je traite le soir. Parce que l’abeille, son premier travail au réveil, c’est de boire et de ramener de l’eau à la ruche, si on a traité juste avant... ". Et d’apprendre une foultitude d’informations car "l’apiculteur est aussi un éleveur, on fait le même métier et on ne se connaît pas. Il utilise aussi des produits phytosanitaires contre le Varoa par exemple", rappelle-t-il, vivant d’autant plus mal ce climat de dénigrement de l’agriculture que sa motivation profonde pour son métier est grande. "Je me sens agressé par l’agribasching. On a un collègue avec des chemins piétonniers qui a mis des panneaux pour expliquer ses pratiques, ça a été lacéré, c’est de la bêtise humaine", déplore-t-il, "On parle sans arrêt de l’agriculture, à charge mais quand je vois la qualité des produits qui partent vers nos usines", pointe-t-il, vivant ces critiques avec un sentiment d’injustice.

Se former

Alors "pour savoir répondre sans agressivité", Didier Peraud a choisi d’aller se former avec trois autres collègues morbihannais à Loudeéac lors d’une session organisée par la FRSEA. "En deux séquences, on a fait des jeux de rôles, nous étions filmés. On a analysé et décortiqué tout ça. Intéressant", apprécie-t-il revenant sur ce qu’il a appris : "garder son calme, éviter de discuter avec les ultras car le conflit dessert, être compréhensible pour tous. Il faut bannir les mots compliqués, les sigles. Ne parler que de ce que l’on connaît bien, admettre qu’on ne sait pas tout", résume Didier Peraud, convaincu du bien fondé de telles formations. Et s’il n’avait qu’un conseil, "allez vous former, c’est très utile pour dialoguer avec les gens, communiquer" . Car pour lui il y a urgence à convaincre : "pour nourrir l’humanité, il reste aujourd’hui 1 900 m² par individu, en 2050, 1 100 m². Il y aura de moins en moins de terres agricoles pour y parvenir".

Claire Le clève

 

 

 

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