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Plan de relance : il faut réinventer les choses

Dominique Seux est intervenu à l'assemblée générale de Cerfrance 22 (par visio conférence) sur les conséquences économiques connues et à venir de la crise du Covid-19. L'éditorialiste économique du 7/9 de France Inter a livré son analyse de la situation. Une vision qui tend à être optimiste. Extraits.

Dominique Seux Journaliste économique, directeur délégué de la rédaction du journal Les Échos.

La crise du Covid-19 est une crise très particulière qui soumet l'économie à beaucoup de tensions. Quelles sont vos impressions générales sur la crise ?

Dominique Seux. D'abord, ce qui me frappe, est que cette crise est authentiquement mondiale et multi-dimensionnelle, à la fois sanitaire, économique, sociale,et à la fois individuelle. Elle nous renvoie tous à notre relation à la maladie, à la mort sans doute. Nos sociétés prennent ça de face. Ce qui me frappe aussi, c'est que l'économie n'est pas responsable, elle est une victime, à la différence de 2008-2009. Cette crise manifeste la fin de la supériorité du modèle occidental ancré dans les esprits depuis plus d'un siècle maintenant. L'Asie globalement a mieux géré cette pandémie, soit parce qu'elle est autoritaire, en Chine par exemple, soit parce qu'elle avait sans doute des précédents. C'est le monde occidental qui lui est en difficulté aujourd'hui.

 

L'équilibre entre le sanitaire et l'économique a-t-il été bon ?

D.S. Cette crise a montré quand même qu'il y avait des valeurs nouvelles dans notre société. A-t-on été trop loin dans le confinement ? C'est possible mais il me semble que la grande leçon est que la société française dans son ensemble a décidé que les 65-75 ans étaient les "nouveaux jeunes" dont il fallait défendre la vie. Cela n'a pas été sans une certaine dissimulation des pouvoirs publics des bilans. Très peu de personnes de moins de 50 ans, un peu plus de 300 (1 %), sont morts du Covid. Mais cette crise sanitaire a été un choc. Ce qui est sûr, en 10 semaines, 104 000 personnes ont été hospitalisées, c'est considérable ! C'est vrai la Bretagne, très atypique, a eu un très bon bilan.

 

Quelles conséquences sur l'économie ?

D.S. On considère que l'activité marchande au mois d'avril a tourné à un peu plus que la moitié. L'agriculture, la distribution, les banques ont fonctionné à fond. Sur le plan économique, la France s'est arrêtée plus que les autres car on a confiné plus lourdement que la plupart des autres pays. Le secteur le plus en décalage est le secteur de la construction, qui s'est beaucoup plus arrêté qu'en Allemagne notamment. La particularité est que l'Etat a assumé de prendre à sa charge la quasi totalité de l'économie et des pertes. On a eu une collectivisation des salaires quasi totale. Le revenu des ménages a baissé simplement au mois d'avril de 2,7 %. C'est une moyenne. Par contre, les indépendants ont baissé de 25 % et sont les grandes victimes !

 

Pourquoi êtes-vous relativement optimiste ?

D.S. Un, la consommation redémarre assez fortement. L'effet de rebond se poursuit, la consommation tient, et ça c'est plutôt positif. Deux, au global la trésorerie des entreprises tient, le PGE(1) a été distribué fortement. Quant aux secteurs, ils redémarrent très différemment. L'aéronautique est durablement atteint. Il y a eu une accélération du commerce en ligne, chez des enseignes de l'ameublement et de l'habillement, il y a déjà eu des faillites..., hélas les difficultés vont se prolonger. Le télétravail change la donne. Dans la restauration collective, chez Sodexo, ils sont véritablement inquiets. On va avoir des micro secteurs en difficulté un certain temps. Quant à l'industrie, elle a du mal à redémarrer, elle tourne à 85 % de sa normalité. Cela pose la question du zéro stock des pièces et des chaînes de distribution. Au final, la reprise devrait s'accélérer en juillet, à voir ? Il y aura des faillites, peut-être moins qu'on le dit mais la question sera celle des emplois.

 

Qui va payer à la fin ?

D.S. Il est clair que ces dettes sont transférées à la génération d'après. Mais est-ce aux générations suivantes de payer la note ? Cela n'est pas supportable, hélas c'est ce qui va se passer. Il serait bon que les plans de relance soient dirigés vers les plus jeunes, car ils auront du mal à assumer la dette écologique, financière et morale. Il faut réinventer quelque chose. Est-ce que le projet écologique peut-être un projet viable ? Je crois que oui.

 

Quid de l'autonomie alimentaire ?

D.S. Il faut rendre hommage à la fois à la production et à la distribution qui ont fait le job de façon incroyable. Le sujet est absolument majeur. J'ai une théorie qui est que les français vont devoir accepter de dépenser plus, voir beaucoup plus pour s'alimenter. Aujourd'hui, le budget des ménages, c'est 30 % pour se loger en métropole et 15 % à s'alimenter : ce n'est plus durable. La responsabilité n'est pas du tout celle du secteur de l'agro-alimentaire mais celle de toutes les lois qui ont encouragé la baisse des prix pour une raison très simple qu'on ne dit pas assez : pour financer les dépenses sociales supplémentaires (retraites, maladie, aides sociales...), les pouvoirs de droite et de gauche ont dit "pour payer les impôts et cotisations sociales supplémentaires, on va améliorer le pouvoir d'achat, donc baisser les prix". On voit bien que nous sommes arrivés au bout d'un système. Comment se nourrir plus localement ? Cela peut être un point central du débat public dans les 2 ans à venir.

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