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Pour un vaste mouvement paysan vers le collectif

Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère
Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère
© Terra

Le 11 octobre, le Président de la République a souligné que les conclusions des États généraux de l’alimentation (EGA) ne seraient rien si elles n’étaient pas accompagnées d’un esprit de responsabilité collectif. La consigne n’est pas parvenue aux oreilles de Nicolas Hulot, qui a ostensiblement boudé la séance de clôture des EGA. Il était sans doute très occupé à s’expliquer dans les médias sur ses huit véhicules à moteur thermique. Pour un peu, personne ne serait surpris qu’il utilise du glyphosate pour entretenir les allées de ses propriétés !

Les interprofessions ont mené au pas de charge l’élaboration des plans de filière, en y "associant" les distributeurs, pour assurer la "montée en gamme" imposée par le Président. La carotte de cette belle entente ? Un plan d’investissement de 5 milliards d’euros, qui concerne l’ensemble des filières, de l’amont à l’aval.

Dans la foulée, le gouvernement entend légiférer pour relever le seuil de revente à perte, encadrer les promotions, inverser la construction du prix en partant des coûts de production. Ces EGA ont été faits pour les agriculteurs et les consommateurs, qui affichent leur scepticisme !

Les consommateurs s’inquiètent d’une flambée des prix des produits alimentaires. Les agriculteurs craignent toujours pour leurs revenus.

La loi ne changera pas le rapport de force de la grande distribution à l’égard de ses fournisseurs. Il y aura toujours quatre centrales d’achats. Les mesures envisagées pourraient avoir l’effet pervers de gonfler les marges des distributeurs ! Les EGA font le pari que le consommateur est prêt à payer pour une "montée en gamme". Mais quelle garantie avons-nous que la production française ne sera pas siphonnée au profit d’importations à plus bas prix ? La prise en compte des coûts de production risque de détourner définitivement les organisations économiques de leur rôle dans le commerce, celles-ci se contentant de faire du placement de produits. Elle est belle l’idée des coûts de production ! Et le marché ? Et la valeur de nos productions ? Et notre marge ?

Les évolutions législatives annoncées et le renforcement prévisible des interprofessions ne sauraient détourner les paysans de l’impérieuse nécessité de se regrouper, et de construire une organisation économique forte, seul gage de la place et du pouvoir du paysan dans les filières. Les dernières semaines de l’année 2017 auront été mouvementées, avec de nombreuses évolutions au sein de groupes coopératifs bretons, et particulièrement finistériens. Le monde économique semble agité, sinon fébrile. Interrogeons-nous sur l’intérêt que peut en retirer le paysan, et sur la place de tout un chacun dans l’organisation économique.

Pour 2018, gageons que les tempêtes de ce début d’année ne soient pas de mauvais augure, mais puissent-elles être annonciatrices d’un vaste mouvement des paysans en faveur du collectif. Montrons que les paysans ne sont pas résignés, et que nous sommes déterminés à ne pas subir !

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