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Face aux restructurations
Prévenir la souffrance du personnel des IAA

Les importantes restructurations dans les industries agro-alimentaires bretonnes ont été particulièrement propices au développement des risques psycho-sociaux (RPS) chez le personnel ces dix dernières années, et le sont encore.

Une journée de prévention a été organisée par la chambre d'agriculture de Bretagne, la MSA des Portes de Bretagne, et la MSA d'Armorique, début mars, à Mûr-de-Bretagne, à l'intention des élus du personnel, membres des CHSCT. L'objectif : prévenir un mal qui touche le personnel d'autant plus fort dans un climat d'incertitudes, de rachats, et de fusions.

"Chaque personne les manifestera différemment. Mais l'origine des risques psycho-sociaux n'est pas au niveau de l'individu", selon Nathalie Jeffray, médecin du travail. Ce sont bien les conditions professionnelles telles qu'une charge de travail importante sur le long terme, des stress répétés, une organisation dégradée, ou la perte de collectif, qui engendre ces risques. "On peut faire face à un pic de travail temporaire mais on ne battra pas des records tous les jours", souligne le médecin.

 

Souffrances physiques et mentales

Délicats à gérer car difficilement mesurables, et encore tabous, "les RPS affectent les personnes au plus profond de leur être", observe Catherine Bellut-Robinet, également médecin du travail. Les conséquences sont d'ordre physique (troubles du sommeil, migraines, maladies cardio-vasculaires, TMS…) et psychique (fatigue, nervosité, dépression…), avec parfois des effets extrêmes jusqu'au suicide ou au burn-out. Dans certains cas, les RPS affectent aussi les comportements (agressivité ou hausse des dépendances) pouvant mettre en défaut l'individu dans le cadre professionnel.

Ce mal touche autant les licenciés - qui sont clairement plus atteints par les maladies cardio-vasculaires et les suicides entre autre - que le personnel "rescapé" des restructurations. En plus de nourrir des sentiments de culpabilité et d'insécurité, souvent le rescapé devra faire face à une intensification du travail, intégrer de nouvelles tâches, et s'adapter à une autre équipe. Selon Nathalie Jeffray, "une restructuration qui n'intègre pas les RPS qu'elle peut engendrer, et leurs effets possibles sur la santé, risque de ne pas aboutir aux gains de productivité escomptés".

 

Valoriser le travail

Vient la question du comment gérer ces risques ? "Il n'y a pas de baguette magique", estime Damien Mérit, de MMC consultants, spécialiste des relations Homme-travail. Les formations sur la gestion du temps, ou des conflits sont utiles mais insuffisantes. "Il faut traiter les difficultés à la source, du côté des conditions de travail". Donner du sens, travailler en confiance, dans une approche collective et participative, et améliorer les marges de manœuvre et d'autonomie, vont par exemple dans le sens d'une valorisation du travail qu'un dirigeant peut approcher par la qualité de son management.

Quelques entreprises, conscientes que tout le monde a à gagner d'une lutte contre les RPS, ont désormais engagé de véritables plans d'action. Les CHSCT sont aussi de mieux en mieux alertés sur ces risques, notamment grâce à de telles journées d'informations qui leur sont dédiées. Les MSA des Portes de Bretagne et d'Armorique démultiplient quant à elles les sessions de formations initiées l'an dernier pour les dirigeants et leurs membres du CHSCT, à laquelle vingt entreprises ont déjà participé.

 

Audrey Dibet

Des emplois supprimés ou précarisés

"L'agro-alimentaire tire l'emploi en Bretagne mais à quelles conditions de travail et de rémunération ?" interroge Jo Pennors, élu de la chambre d'agriculture de Bretagne. En dix ans, l'agro-alimentaire a perdu au total 5,6% de son personnel permanent qui représentait 69 000 emplois fin 2010. L'emploi s'est précarisé avec une forte hausse de +38% du travail intérimaire depuis 2001, portant à 9 000, ces emplois en équivalent temps plein.

  • La filière volaille, abattage et transformation, est la plus touchée par les suppressions de postes : 4 sur 10 en dix ans en Bretagne, avec de très nombreux mouvements d'entreprises (dépôts de bilan, fermetures de site, transfert d'activités…). Elle compte aujourd'hui 6 500 emplois permanents.
  • La filière laitière a quant elle connu beaucoup de mouvements de capitaux mais peu de fermetures de sites. 5 800 emplois permanents, c'est une baisse de -10% entre 2001 et 2011, essentiellement sur des emplois administratifs.
  • Le nombre d'emplois a par contre progressé (+14% entre 2001 et 2011) dans l'abattage et la première transformation de viande de boucherie où 12 500 emplois permanents sont concentrés à 80% chez 5 acteurs.

 

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