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Producteurs laitiers  fermiers, des pertes mais pas que

Des pertes. Un quart des producteurs fermiers laitiers, transformant à la ferme, auraient perdu plus de 50 % de leur chiffre d’affaires en avril dernier. C’est l’un des enseignements, avec celui du retour en force des consommateurs sur l’exploitation, de l’enquête de l’association nationale des producteurs laitiers fermiers, ANPLF. Un paysage national en demi-teinte où la Bretagne s'en tirerait un peu mieux.

Avec la crise du Covid, un quart des producteurs fermiers laitiers, transformant à la ferme, auraient perdu plus de 50 % de leur chiffre d’affaires en avril dernier.

La Bretagne n’échappe pas aux constats même elle s’en tire mieux. Rendue publique par l’ANPLF, l’enquête menée en avril dernier sur 13 régions avec retour de 340 producteurs, revient sur les conséquences économiques du Covid-19. "Même si la situation est hétérogène, 44 % de nos producteurs (40 % caprins, 40 % bovins, 10 % ovins et 10 % mixtes) annoncent des pertes conséquentes (1). Ils sont 23 % à estimer que leurs pertes dépasseront 50 % de leur chiffre d’affaires par rapport à la même période l’an passé", soulignent les rapporteurs de l’étude précisant "pour une exploitation fermière moyenne, le chiffre d’affaires tourne à près de 10 000 euros par mois". Nécessaire, pour couvrir les charges fixes, dont un à deux salariés, et les charges opérationnelles d’alimentation du troupeau, de fonctionnement de la fromagerie... Et si elle est supérieure à 20 %, l’érosion du chiffre d’affaires "revient à priver l’exploitant de revenus pour la famille", alerte l’association sur les 44 % dans cette situation.

graphique

Le client revient vers le producteur
Autre enseignement, le mode de commercialisation s’est révélé déterminant durant la période comme l’illustre aussi Karine Guérin de la ferme de Kerouin à Ploerdut, dans le Morbihan (lire en encadré). En effet, 66 % des producteurs ayant répondu à l’enquête vendent habituellement à la ferme, 55 % sur les marchés et 40 % en magasin de producteurs, "ce qui confirme la place prédominante de la vente directe dans notre secteur", insistent les rapporteurs. La fermeture des marchés a impacté les 185 producteurs qui y vendent habituellement leur production, "83 % disent avoir subi de fortes baisses sur ce circuit. En parallèle, les magasins de producteurs, les AMAP et les tournées à domicile se sont très fortement développés", pointe la synthèse. Idem en Bretagne pour 40 des 170 adhérents à l’association ayant répondu à l’enquête nationale (sur environ 300 producteurs laitiers fermiers, transformateurs en Bretagne). "Les Bretons se sont montrés plus résilients. Les magasins de producteurs ont joué le jeu et soutenu les ventes. Et les ventes au marché à la ferme s’en sortent mieux", note Sophie de Verdelhan, animatrice de l’association des producteurs laitiers fermiers de Bretagne. Plus globalement en France, les ventes à la ferme ont été dopées, "suivant le positionnement des exploitations à proximité ou non des bourgs et centres urbains", pointe le rapport. "On assiste à une véritable dynamique de retour vers les producteurs". Un regain également ressenti sur les marchés maintenus.

On assiste à une véritable dynamique de retour vers les producteurs

Arrêt de la restauration collective, un gros impact
S’ils étaient 40 % au niveau national à mentionner la vente en crémeries et chez des détaillants, et 30 % en GMS, la baisse des ventes sur ces circuits atteint près de la moitié des producteurs concernés, conséquence entre autres de la fermeture des rayons "à la coupe". Les grandes surfaces ne se sont pas révélées une alternative efficace pour tous. Pour les agriculteurs déjà implantés en libre-service, "les petites surfaces ont joué le jeu". Les plus en difficultés ? "En Bretagne ce sont les producteurs fournissant principalement la restauration collective ou commerciale. Ils sont peu nombreux mais quand on fait 5 000 yaourts par semaine pour des cantines et qu’on est équipé pour, difficile de trouver du jour au lendemain d’autres débouchés", relève Sophie de Verdelhan. Même analyse pour le territoire national. Pour faire face, 13 % des producteurs ont dû jeter du lait et limiter leurs volumes de production pour 23 % d’entre-eux.

La Bretagne moins touchée
Annulations de charges, prêts de trésorerie à taux zéro et accompagnements spécifiques par les Régions ont été réclamés pour accompagner ces producteurs touchés. Reste que les chiffres d’affaires perdus ne se rattraperont plus. Et si la Bretagne semble plus résiliente dans ce paysage laitier fermier, attention : "80 % de nos adhérents ont déclaré en avril des pertes inférieures ou comprises entre 10 et 20 % de leur chiffre d’affaires", synthétise Sophie de Verdelhan qui, si elle constate que "cela été moins dur en Bretagne", s’interroge pour autant sur un éventuel biais résultant du mode déclaratif de l’enquête. "Ce serait les agriculteurs les plus résilients qui auraient répondu ? Ce n'est toutefois pas mon impression". Des données à préciser.

 

 

La ferme de Kerourin à Ploërdut : "dans ce petit tiers des gens heureux"

ferme de Kerourin

Des fermes qui n’ont pas connu ou peu de pertes : "Nous sommes dans ce petit tiers des gens heureux", situe Karine Guérin en référence aux résultats de l’enquête qui montre que 36 % des producteurs fermiers laitiers français et transformateurs, sont épargnés. Elle est de ceux là.
Karine s’est installée en 2011, à Ploërdut (56), sur 20 hectares, après dix années passées en Ille-et-Vilaine avec Bruno, son mari, conjoint collaborateur, et une salariée à mi-temps. À la ferme de Kérouin avec six bretonnes Pie Noir et 70 chèvres des fossés, 30 000 litres de lait sont transformés tous les ans en "produits lactiques frais, surtout des fromages. Jusqu’à 1 400 pièces par semaine en pic de lactation printanier". Ce que la ferme a connu en plein début de confinement, "le meilleur printemps en terme de quantité ! J’étais en phase de prospection de nouveaux débouchés. J’ai tout arrêté pour me mettre à la production", relate Karine Guérin qui assoie la commercialisation principalement sur trois marchés hebdomadaires, Ploërdut, Gourin et Ploemeur "et nos intermédiaires de proximité, épiceries, réseau Biocoop, magasins de producteurs et la vente de paniers sur Internet". Bienheureuse de ses marchés "qui en fin de semaine ont toujours été maintenus". C’est celui du mercredi, auparavant hebdomadaire à Ploemeur où la productrice n’a pu se rendre que tous les quinze jours. "Avec le surplus de volume, on a fait un peu de stock reporté, c’est très raisonnable. Mais nous avons surtout compensé avec le report de nos ventes sur les paniers commandés par internet par le biais du "Comptoir d’ici" que gère Mathilde Jamier". Une formule de commandes puis livraisons de paniers en points relais sur la région de Lorient, qui a séduit. "L’augmentation de ce volume a complètement compensé la perte de nos marchés du mercredi".
Reste qu’il a fallu s’adapter. "Sur les marchés, je n’étiquette pas quand j’emballe", raconte l’exploitante sur "la frayeur" qui l’a saisie à la nécessité d’étiqueter plus de produits. "Heureusement j’ai été livrée à temps en étiquettes". Autre difficulté à gérer, "le départ de mon salarié. Je suis restée à partir de mars sans salarié, un mois et demi, c’était chaud". Un nouveau recrutement a pu se faire, "avec là aussi des adaptations, en sur-respectant les règles d’hygiène déjà là, les règles de distance, être seule en salle de traite... On a dû repenser toute l’organisation du travail et de la semaine. On s’est gratté la tête mais on y est arrivé", note-t-elle, satisfaite. "Ce qui assure notre pérennité et notre résilience, c’est de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier. La diversité par rapport à la variété de nos débouchés, je n’en suis pas mécontente. Et on a des clients accros, et de nouveaux clients sont arrivés. On espère qu’ils vont rester dans cette dynamique".

 

 

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