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Produire du lait en confiance

L'après quotas s'ouvre. Face à ce changement de règles sur l'échiquier laitier européen, la Bretagne dispose de pièces maîtresses, dans un monde qui a soif de lait. Ce sont avant tout ses producteurs et leur modèle familial. Mais tout est affaire de stratégie est venu rappeler Philippe Jachnik aux producteurs réunis par Bretagne Conseil Elevage Ouest, mardi à Questembert. Le premier de ses 8 rendez vous de secteur programmés.

Philippe Jachnik, consultant "La France était le premier producteur laitier de l'Europe, l'Allemagne l'est devenu, cela devrait nous interroger".
Philippe Jachnik, consultant "La France était le premier producteur laitier de l'Europe, l'Allemagne l'est devenu, cela devrait nous interroger".
© claire le clève

 

 

D'où qu'il vienne, le constat est le même, répété. "Partout la consommation de produits laitiers augmente, en Europe entre 2 et 4 %, dans les pays émergents, entre 10 et 20 %". Pour y faire face, en 5 ans, "l'Europe a produit en plus 4 millions de tonnes et le reste du monde 92 millions". L’Allemagne à elle seule, en a livré 2,3 millions de plus. Une Europe autosuffisante à 105 % et une Océanie à 311%. Certes, les chiffres, Philippe Jachnik les connaît sur le bout des doigts. Et l'expert, qui fut directeur adjoint de la FNPL puis d'Atla puis du CNIEL et président de la Fédération international de laiterie, enfonce le clou. "Le bon Dieu ne nous a pas fait végétarien. On voit partout que la soit-disant intolérance au lactose est balayée dès que les gens ont les moyens de s'offrir de la protéine animale. Et ce n'est pas près de s'arrêter". Ici, c'est la fin des quotas. La demande est là, et ailleurs. Qui est en mesure d'y répondre dans un contexte "d'augmentation du prix des matières premières et de volatilité accrue"?

 

Stratégie laitière

C'est en décortiquant l'évolution de la filière laitière allemande que l'homme répond, en ne s'interdisant aucun coup d’œil dans le rétroviseur, ni sur la responsabilité "historique de la France au lendemain de la guerre à faire payer l'Allemagne, industrielle, avec l'agriculture et la politique agricole qui a fixé des prix élevés et donné envie aux Allemands de s'y mettre". Période de vaches grasses où l'argent européen coule à flot dans l'escarcelle agricole française "qui se perd dans les coop et les privés". Surproduction, stockage...baisse du prix de soutien du lait de 40 %....instauration des quotas... "La France a été le dernier pays à lutter contre l'instauration des quotas. Idem pour leur fins quand la FNSEA allemande la réclamait en 2008 mais en demandant juste le temps de faire baisser leur valeur marchande par une augmentation de la production". Ainsi l'Allemagne est-elle passée de 27,8 millions de tonnes de lait produites à plus 30,1, en 5 ans, devenant du même coup le premier producteur de lait européen, devant la France qui l'était. Cela ne s'est fait ni sans ses producteurs, ni sans ses politiques, ni sans ses industries laitières, fortes et peu nombreuses axées sur la massification. "Muller traite sur 1 site 1,7 milliards de litres de lait, c'est énorme sur 3 de capacité. DMK c'est 125 000 tonnes de pâte pressée sur une unité".

 

Allemagne versus France

Une stratégie de "dynamique d'évolution des volumes" face à un "problème de culture du changement". Allemagne versus France. Or "l'Allemagne avec la réunification a eu à gérer la complexité de l'Allemagne laitière". Sa croissance laitière, elle ne l'a pas faite là où on aurait pu l'y attendre. Ni à l'Est, qui "se croyant arrivé avec des ex-kolkoses à 6000 vaches, a vu beaucoup d'entre-eux fermer.". Ni en Bavière avec le ¼ de sa production nationale, "ça restructure". C'est au Nord de l'Allemagne que tout s'est joué avec des croissances suivant les landers allant de 10 à 19 % de la production "sur des exploitations familiales qui n'arrêtent pas de grandir et ressemblent beaucoup à l'Ouest laitier français". En Bretagne, dans cet ouest laitier français, l'augmentation de la production se chiffre à 30 % dans ses exploitations en place sur 10 ans. Allemagne vs France : une logique de l'offre, massive, écoulée à 50 % en Hard Discount face à une logique de la demande, multiple, dans ses produits, ses opérateurs. Et un prix. "En Allemagne, c'est 400 euros des 1000 litres, certains 430. Ils prennent mal ces manigances en France avec le médiateur. Cet écart important les énerve, ils le jugent déloyal".

 

Avoir confiance en l'avenir ?

Pas de doute pour Philippe Jachnik, "l'Ouest laitier a des atouts considérables". Mais il ne faut pas se bercer d’illusions. La première serait de croire "que ce sont les fonds publics qui vont être structurants pour l'avenir laitier avec 30 euros par vache". Et de un. Et de fustiger "la pauvreté de comportement des agriculteurs qui s'en prennent à leur coop. Le maillon faible, ce sont les producteurs qui n'ont pas fait ce qu'il fallait pour une coopération forte. Il faut reprendre confiance dans un dialogue avec la coopération". Et de deux. "Ce qui va structurer l'économie laitière française demain, c'est le choix que vous, Bretons, allez faire. Soit vous allez faire plus de lait si ça vaut le coup, soit il vaut mieux pousser vos outils actuels, le faire au maximum". Saturer l'outil sans saturer l'éleveur, le prix du lait payé en sera la clé.

 

Claire Le Clève

 

Accroche : "Ce qui va structurer l'économie laitière française demain, c'est le choix que vous, bretons, allez faire. Soit vous allez faire plus de lait si ça vaut le coup, soit il vaut mieux pousser vos outils actuels, le faire au maximum"

 

 

 

Réunions de secteur :

Dès 10 h jusqu'à 16 h30 , le 31 janvier à Pontivy, le 4 février à Gouesnou, le 6 février à Kergloff, le 7 février à Pédernec, le 11 février à Saint Brandan et le 13 février à Plélan Le Petit.

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