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Profiter de l'accalmie pour "muscler" l'élevage porcin

Si la situation des éleveurs de porcs est plus confortable depuis peu, la FNP (fédération nationale porcine) a demandé au ministre de l'Agriculture Didier Guillaume lors de son assemblée générale d'aller plus loin dans l'application de la loi Agriculture et Alimentation pour consolider les élevages français et dans les sanctions contre les intrusions en élevage. "Comment recréer du lien avec la société ?" était le thème choisi lors de ce rendez-vous.

Avec un prix du porc au MPB de 1,52 €/kg, les producteurs de porcs connaissent une accalmie bienvenue. Les éleveurs de la fédération nationale porcine, réunis en assemblée générale à Saint-Quay-Portrieux en Côtes d'Armor le 14 juin, savent que par temps calme, il faut se préparer. "Après le beau temps, la pluie. Il faut se préparer, se muscler pendant les périodes favorables. La modernisation est au cœur de l'action à venir", rappelle Guillaume Roué, président de l'interprofession Inaporc. D'autant plus que le renouvellement des générations et les attentes de la société sur le bien-être et l'environnement nécessitent des investissements. Les revendications syndicales ont été adressées directement au ministre de l'Agriculture lors d'une halte de 2h30 à Saint-Quay-Portrieux. Bien accueillis par les syndicalistes, Didier Guillaume a été gratifié pour son action contre la FPA dans l'Est. "Un seul mot : merci pour vos décisions. La seule pour combattre le fléau", a salué Paul Auffray, président de la FNP. Pour autant la situation de la filière reste tendue. L'écart de prix de 15 ct/kg avec les principaux concurrents européens, le bilan négatif des États généraux de l'alimentation (EGA) sur les négociations avec l'aval, le climat délétère de l'agribashing sont les principaux messages exprimés au ministre. "Nous éleveurs, nous sommes payés 15 ct de moins que nos voisins européens : au premier accroc, les éleveurs français seront les premiers à mettre genoux à terre", alerte Paul Auffray. Sans oublier un contexte sanitaire sur le fil du rasoir, à moins de 1 000 km de la Bretagne. "La hausse du prix de 35 ct en à peine deux mois est du jamais vu, mais cela reste fragile avec pour épée de Damoclès, la FPA".

EGA : le compte n'y est pas

Le plan de filière défini par les EGA inscrit le partage de la valeur et la montée en gamme. Sur l'encadrement des promotions, le syndicat a décrit deux groupes de distributeurs : ceux plus nombreux qui ont respecté les règles et ceux qui ne les ont pas suivies. "Nous serons vigilants sur la suite, confiants mais vigilants", a prévenu Mickäel Guilloux, secrétaire général. Mais l'élément le plus sensible demeure toujours le partage de la valeur. Un indicateur existe "fixé à 1,52 € payé éleveur avec une évolution tous les mois. Nous voulions un indicateur dès janvier. Certaines familles ont mis des freins, sorti début février, il n'a pas été pris en compte dans les négociations commerciales avec la grande distribution. Le prix aujourd'hui n'est pas lié à l'indicateur, ce n'est pas les EGA qui nous tirent. Il faut que l'indicateur soit pris en compte dans les prochaines négociations, avec une application plus stricte et plus rapide dans les prochains mois", prévient le secrétaire général. Le troisième axe de travail est celui du re-toilettage de la marque Le Porc français, "plus visible au consommateur avec du contenu et la présentation des efforts faits".

FPA : gagner la guerre

À l'heure où plus de 700 sangliers positifs ont été détectés en Belgique, "un seul sanglier positif en France, ce serait la tuile avec un marché chinois qui se fermerait", s'alarme la FNP. Remercié pour avoir mis en place une zone de protection le long de la frontière belge (100 km de clôture/zone blanche), le ministre s'est montré combatif. "On doit gagner la guerre contre la FPA. Il reste un million d'euros à dépenser pour les derniers kilomètres de clôture", a-t-il indiqué sans donner d'échéance, ni de détails. À cette occasion il s'est fait le messager d'une "bonne nouvelle" : "on pense obtenir la régionalisation de la Chine. Il va falloir exporter !", conseille fortement le ministre. Autrement dit, la Chine "régionaliserait" ses importations de porc français, si un foyer de FPA venait à se déclarer dans l'hexagone.

En matière sanitaire, la FNP demande le déblocage d'enveloppes budgétaires. L'une pour construire un dernier tronçon de 25 km de clôture jusqu'à la partie haute des Ardennes ; l'autre pour accompagner les investissements des éleveurs en matière de biosécurité (obligatoire au 1er janvier 2021). Dernière attente, la mise en place d'une mesure fiscale de sur-armortissement qui aiderait les éleveurs à investir et remettre à niveau leurs bâtiments. Dans la filière, "le déficit d'investissement dans les bâtiments s'élève à trois milliards d'euros", chiffre Jeff Trébaol, en charge du dossier sanitaire.

Retrouver du lien

Choquée par les actes antispecistes et les visites d'élevages la nuit, perpétrées y compris par un député, la FNP reproche le vide juridique autour de la propriété privée de l'élevage en cas d'intrusion sans effraction. "Il va falloir changer la loi pour aboutir à des sanctions pénales. Cela nous mine tous les jours ! On devient parano", s'inquiètent des éleveurs présents. Le thème de l'assemblée générale s'est intéressé à la façon de renouer le lien avec la société. "La satiété et l'abondance alimentaire vont de soi. On oublie qu'on dépend de façon vitale des agriculteurs", analyse le sociologue, Eric Birlouez. "L'agriculture est devenue une entité froide, abstraite et désincarnée. Selon moi, il est important d'humaniser les choses, de parler les yeux dans les yeux". C'est se rendre dans les écoles pour Sylvie Thévenon, spécialiste de la communication pédagogique, c'est investir les réseaux sociaux pour Adrien Montefusco, éleveur de porcs dans le Finistère et créateur de la page Facebook "Luna de Keréonnec" où l'on suit le parcours d'une cochette. C'est développer le numérique en élevage vers une traçabilité fine qui "réhumanise le produit" pour Michel Marcon de l'Ifip, avec puces et reconnaissance faciale du porc... C'est parvenir à créer des alliances avec les associations et les médias, se former au média-training, communiquer sur le positif et revoir certaines pratiques... "Ce n'est pas facile, nous considérons que nous sommes dans le creux, mais cela commence à remonter", conclut Étienne Gangneron, vice-président de la FNSEA.

 

 

Il a dit

Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture / Le ministre de l'Agriculture a reconnu que sur le volet des EGA, "le compte n'y est pas, mais c'est un début". Quant aux négociations avec la grande distribution, le ministre a dit vouloir avancer sur le sujet et s'aider de la commission d'enquête sur les pratiques de la grande distribution. "Est-ce que oui ou non, la répartition de la valeur est faite de la meilleure façon qui soit ? On va regarder tout cela pour que dès septembre, nous soyons prêts à mettre les choses en place".
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