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Journée Porcine
Quand la sociologie se joue de l'économie

Quelles sont les stratégies de sécurisation économique en élevage porcin ? Elles sont multiples, souvent techniques, comme l'aura démontrée la 12 ème journée régionale porcine organisée par les chambres d'agriculture de Bretagne à Pontivy, vendredi dernier. Mais elles sont avant tout sociologiques quand il s'agit de favoriser l'acceptabilité d'un projet.

 

 

"Combien coûte un projet qui n'aboutit pas ? C'est une fortune. Recommencer les études, faire des concessions et pendant ce temps là, le coût du bâtiment a pris 20 %, sans compter le manque à produire. Ça, c'est pour l'aspect financier. Mais quand le projet est refusé, on passe pour le dernier de sa commune. C'est très dur à vivre", raconte sobrement Yvon Gicquel devant l'amphi du Lycée du gros Chêne à Pontivy, plein et silencieux. Lui et son épouse l'ont vécu. 1er janvier 2000, Bernadette envisage de s'installer à ses côtés sur l'atelier porcin de multiplication mâle de 100 truies et 50 % d'engraissement, en souhaitant doubler la donne. Juin 2000 , le dossier est déposé à l'enquête publique. "Nous étions dans les starting-blocks". Tout s'emballe alors très vite, pétition, manifestation, réunion publique. "L'administration a pris peur. Je me suis retrouvé avec un arrêté de refus du préfet. Une vraie douche froide. J'avais trop fait confiance à l'objectivité de l'administration. Or la population de notre commune est passée de 300 à 600 habitants en 15 ans, les gens ne me connaissaient pas et ont préféré écouter l'association plutôt que mon projet", analyse à regret l'éleveur.

Comprendre les attentes des tiers

Un cas loin d'être isolé. Une autorisation d'exploiter sur 10 est contestée en Bretagne. "C'est une véritable épreuve morale pour les éleveurs et leur proches. Ils ne l'ont pas anticipé pas car souvent, il n'y a pas de problème de voisinage avéré", a pu observer Marie-Laurence Grannec, de la chambre régionale d'agriculture. Sauf que voilà ! Derrière des arguments généraux de types nitrates où algues vertes, se cachent des craintes personnelles sur les odeurs, la dévalorisation d'une maison, ou bien des rivalités personnelles. "Allez parler de la baisse des Nitrates dans les eaux alors que le problème c'est la peur des odeurs....la profession paye cache, dans ces cas là, les épandages de certains du vendredi après midi. Ça ne va rien calmer. Il faut identifier les vraies motivations pour y répondre au mieux", conseille cette spécialiste. L'objectif ? Éviter à tout prix la mobilisation initiale locale d'où va découler la création d'une association locale qui fera intervenir une association reconnue sur un plan plus large. Que faire ? "Écouter, comprendre et prendre en compte", analyse Marie-Laurence Grannec. "Expliquez vous auparavant auprès des instances et des tiers concernés plutôt que d'avoir à vous justifier, adaptez votre langage, sortez du jargon, soyez compréhensible et rassurant", recommande-t-elle car, s'il n'y a pas de recette miracle, oser communiquer et adopter la posture de l'autre permet de voir ses propositions acceptées dira le sociologue.

Oser communiquer

2001, Yvon et Bernadette Gicquel sonnés, décident pourtant de remettre le dossier sur l'ouvrage. "Nous avons fait un travail sur nous même. Nous sommes allés vers les gens, les associations. Nous leurs avons expliqué ce qu' était notre projet pour le faire partager". Le couple échaudé ne laisse rien au hasard, fait passer le dossier sous les fourches caudines d'un juriste, entreprend des études complémentaires"pour bien répondre aux normes sans donner prise à nos opposants". Puis ils prennent les devants, rencontrent les associations, organisent un réunion publique en invitant par courrier chaque habitant de Bovel (35). "Nous avons coupé l'herbe sous le pied à nos détracteurs. L l'enquête publique a démarré tranquillement. Nous avions fait un reportage sur l'exploitation en expliquant pourquoi nous voulions agrandir, parce que nous voulions travailler et couple et pérenniser l'élevage". Au final, le projet est accepté en 2006, la commune s'est rangée aux cotés des deux éleveurs. S’approprier le dossier, le prendre en main et le défendre, oser communiquer, anticiper... "Rentrer dans les associations, c'est agréable, ça permet de sortir de chez soi et ça donne une caisse de résonance au projet", estime Yvon Gicquel qui conseille d'avoir "un bon mental, être bien debout et le faire voir". Droit dans se bottes !

Claire Le Clève

Légendes :

 

 

 

 

 

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