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Quand la ville lorgne sur les champs

Réserve pour l’urbanisation en périphérie des villes, le foncier agricole fond comme peau de chagrin. En dix ans, 2 400 ha de SAU ont été urbanisés sur le pays de Lorient. 27 ha sont de nouveau prêts à basculer en zone industrielle. L’agriculture n’en veut pas. Trois exploitations seront touchées, deux jeunes installés.

"On ne veut pas ce ce projet d’implantation d’un nouveau parc", agriculteurs et associations de défense de l’environnement se sont rejoints. En 2006, le plan local d'urbanisation de Quéven valide l’emprise foncière déjà entérinée dans les années 80. "C’était avant la mise en place de notre charte de l’agriculture et l’urbanisme", déplore Laurent Kerlir, président de la chambre d’agriculture du Morbihan. L’histoire de la zone de la croix du Mourillon que l’ancien cadastre nomme "les terres fécondes", est tristement banale. Ce sont 27 ha de terres agricoles menacés de basculer en parc d’activité. À la clé, des implantations industrielles et artisanales avec emplois (500 nouveaux ou existants, déplacés), pour justifier de son bien fondé. Une zone de plus "quand d’autres sont désertées ou partent en friches", rétorquent les exploitants agricoles pointant des dents creuses à combler (25 ha ont été inventoriés à moins de 2 km), avant d’entamer ce capital foncier. "Car on ne voit jamais de zone redevenir des champs". Et de souligner les emplois générés par leur activité, sept par exploitant.

Pas de compensation foncière

L'appétit parfois boulimique de l'urbanisation vaut à la Bretagne d’avoir subi une cure d’amaigrissement de 3,7 % de sa SAU entre 2000 et 2010. En pays de Lorient, c’est 6,3 %. ""Par ailleurs, on réalise un travail important en concertation avec les élus autour de la charte de l’agriculture et du territoire qui définit des bonnes pratiques pour préserver ce foncier, un Scot, un projet alimentaire territorial…", constate Laurent Kerlir, "cette zone serait une solution de facilité pour eux". Un territoire qu’il connaît bien, où à deux pas de Lorient, à Ploemeur, il est éleveur laitier. "Une compensation foncière n’est pas possible, la Safer ne trouve pas de terre, cela fait dix ans qu’elle cherche. Une compensation financière telle que prévue ne répond pas aux conséquences technico-économiques que vont subir ces éleveurs. Il en va de la pérennité de leur outil", assure-t-il alors que l’enquête publique vient d’être close et que le préfet devrait autoriser, ou non, ce projet dans les mois à venir.

 

Christophe de Vitton, 31 ans, jeune installé

Pour parvenir à la ferme de Kerouannec où Christophe de Vitton, 31 ans, vient de s’installer en janvier dernier, il faut successivement : se faufiler dans la zone commerciale de Quéven qui a amputé l’exploitation de 10 ha non compensés ; traverser la voie rapide Lorient Quimper qui a coupé en deux la ferme et contient l’urbanisation au nord ; enjamber la voie ferrée que le troupeau de 60 laitières regarde distraitement. Il dit ne pas être le plus mal loti dans cette affaire où quatre hectares, qu’il exploite sur la zone concernée, pourraient être amputés sur les sept où pâturent ses vaches. "Ma jeune collègue installée en porc, est plus impactée, 12 ha, c’est déterminant pour l’alimentation de ses porcs". "C’est un plateau de très bonnes terres contrairement aux terres autour de mon siège très humides et c’est une zone sécurisée, il n’y a pas de voisinage". Après une licence pro agricole et des années de salariat, "armé et en toute connaissance de cause", Christophe a repris, en la confortant, la ferme familiale répartie sur quatre sites. Aux contraintes de déplacement s’ajoutent celle des zones habitées, "avec des promeneurs, des chiens, le stress, les problèmes sanitaires, des plastiques qui arrivent dans mes bottes d’enrubannage… Il y a des terres où je ne mettrai pas d’animaux, il y a trop de risques. Ma crainte, c’est de voir une nouvelle zone se créer sur des champs où les animaux pouvaient vivre sans les contraintes que je subis sur 12 autres hectares". Il ne croit pas plus à la compensation foncière, que financière, "qui ne donnera pas à manger tous les ans à mes vaches". Pourtant il croit à l’agriculture périurbaine et ses bienfaits pour tous, ses coulées vertes, ses opportunités.

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