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À quel prix céder son élevage ?

En lait comme en porc, une moindre rentabilité des élevages entraîne un décrochage entre valeur patrimoniale et valeur économique, obligeant les cédants à revoir leur prix de vente à la baisse au moment de la reprise de leur outil. Le point avec CER France Finistère.

Michel Mingam, directeur du CER France Finistère, et Cédric Maguer, responsable du service études.
Michel Mingam, directeur du CER France Finistère, et Cédric Maguer, responsable du service études.
© Terra

"Ces quinze dernières années, le troupeau laitier moyen finistérien a connu une progression constante et est passé de 45 à 63 vaches laitières", détaille Cédric Maguer, responsable du service études à CER France Finistère. Malgré cette augmentation de cheptel, le capital d'exploitation, qui comprend bâtiments, matériel, cheptel, stock..., est resté relativement stable jusqu'en 2007, aux alentours de 200 000 €. "Les éleveurs ont saturé leurs outils, mais ça ne pouvait durer qu'un temps". Et il leur a fallu investir pour loger leurs animaux supplémentaires, robotiser la traite, renouveler leur matériel...

Plus de capital
Mais si, depuis 2008, le capital n'a fait que croître, pour se situer désormais à 350-370 000 €, la rentabilité, elle, a suivi le chemin inverse, notamment en 2011 et 2012. Et l'on constate aujourd'hui un décrochage entre la valeur patrimoniale de l'exploitation, espérée par le vendeur au moment de la cession de son outil, et sa valeur économique, aux alentours de 300 000 €, qui permettrait au repreneur de tirer un revenu de son travail. "Et l'écart ne cesse de se creuser", constate Michel Mingam, le directeur de CER France Finistère.

Et moins de rentabilité
En production porcine, la situation est similaire. "En une quinzaine d'années, le capital moyen d'exploitation est passé de 600 000 à un million d'euros". Contrairement à l'atelier lait, le nombre de truies n'a que peu évolué. Mais les mises aux normes bien-être des gestantes sont passées par là, tout comme la mise en cohérence de l'engraissement, nécessitant la construction de nouveaux bâtiments. Et la rentabilité n'est plus au rendez-vous.

"Il n'y a pas si longtemps, les cycles du porc permettaient, sur cinq à sept ans, de compenser les mauvaises années par les bonnes. Mais, depuis 2008, il n'y a pas eu de bonne année. Les repères ont disparu". L'évolution est encore plus brutale qu'en lait et les écarts entre valeur patrimoniale et valeur économique plus importants, ne manquant pas d'inquiéter bon nombre d'éleveurs qui approchent de l'âge de la retraite et songent à céder leur outil.

À chaque situation son analyse
Si l'étude est finistérienne, l'analyse vaut, dans ses grandes lignes, pour les autres départements bretons. "Mais chaque situation est un cas à part, tient à souligner Cédric Maguer, qui se refuse à indiquer des normes de reprise. Le foncier, l'état des bâtiments, les performances techniques sont autant d'éléments à prendre en compte". D'autant que s'y rajoute un troisième critère. "Le marché va aussi jouer, avec des écarts importants en fonction du secteur géographique, de la pression foncière...". Cinq à six repreneurs potentiels vont faire monter les prix là où un candidat unique aura plus de chances de pouvoir négocier. "Et, contrairement à ce qu'on pourrait penser, il n'y a pas d'écart sur la valeur de rachat d'une exploitation, selon que la reprise se fasse ou non dans un cadre familial".

L'augmentation de la taille des élevages induit des montants de rachat toujours plus élevés et obligera sans doute, demain, à ne plus se contenter du seul financement bancaire. "Le partage de risques financiers deviendra progressivement la règle".

Apprendre à travailler à plusieurs
"Mais il faut désormais tenir compte d'une autre donnée au moment de l'installation, rajoute Michel Mingam. Les exploitations étant désormais plus grandes, le repreneur devra travailler soit avec un associé soit avec des salariés. Et sa capacité à travailler en commun ou à être employeur sera au moins aussi déterminante que ses résultats techniques".

Chantal Pape
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