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Chambre régionale d'agriculture
Quelles adaptations du modèle agricole breton ?

Pour la session exceptionnelle de la chambre régionale d'agriculture réunissant l'ensemble des élus des quatre chambres départementales lundi dernier à Josselin (56), l'économiste Louis-Pascal Mahé a proposé des stratégies d'avenir pour l'agriculture bretonne. Des propositions pas toujours bien perçues par l'assemblée.

Qu'on parle de "modèle breton" ou de l'agriculture dans toute sa diversité, les participants s'accordent en tout cas à dire qu'il existe bel et bien "une dynamique bretonne". "Construite, relève Jean-Luc Fossé, élu d'Ille-et-Vilaine, sur la volonté et sur la force d'hommes et de femmes", cette dynamique serait-elle aujourd'hui en perte de vitesse ? "L'agriculture bretonne s'est développée sur des opportunités liées à la PAC dans les années 70 auxquelles la région a bien su s'adapter", constate Michel Cadot, Préfet de région. Ces bases ayant été changées depuis "avec, souligne Olivier Allain, président de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor "une PAC, l'OMC, la loi de modernisation agricole, le Grenelle de l'environnement, qui changent la donne", des propositions concrètes doivent maintenant émerger pour redynamiser cette agriculture bretonne. Professeur émérite d'Agrocampus, Louis-Pascal Mahé a dans ce cadre décliné les possibilités stratégiques de l'agriculture bretonne sur simplement deux aspects : l'économie et l'environnement.

Concurrentiel face à l'aval

Principal problème de la production agricole bretonne : son faible taux de valeur ajoutée, de 38% contre 48% en moyenne en France, avec des conséquences significatives sur le revenu des agriculteurs, un des plus faibles au plan national. Il y a quand même des "signes encourageants" selon Louis-Pascal Mahé qui constate une diminution de l'écart de valeur entre la Bretagne et la France dans la dernière décennie, surtout en ce qui concerne les industries agro-alimentaires laitières.

Selon l'économiste, "utiliser tous les moyens de rééquilibrer la concurrence des agriculteurs et des IAA face aux distributeurs" doit être la première stratégie pour gagner de la valeur sur les produits génériques. Ainsi toutes les voies juridiques doivent être explorées, et du lobbying politique organisé, pour "faire respecter la concurrence régulée". De plus, "concentrer l'offre sur des filiales ventes groupées à un stade clé (carcasses, lait en gros…)" permettrait de véritablement changer les rapports de force. "Il y a des évolutions en ce sens en Bretagne mais on est loin de la position dominante de groupes tels Danish Crown". Et Laurent Kerlir, président de la FRSEA de déplorer "le retrait au sein de la loi de modernisation agricole de l'obligation de transfert de propriété dans les OP".

Un autre moyen de gagner de la valeur pour une partie de la production est de se différencier des produits génériques, et de "jouer sur la compétitivité hors prix par de la segmentation ou des marchés de niche", précise Louis-Pascal Mahé. "Les agriculteurs devraient être obsédés de ne pas laisser échapper à l'aval l'organisation des signes de qualité", souligne-t-il aussi.

Empreinte environnementale

"La qualité des eaux montre une amélioration" selon Louis-Pascal Mahé mais "il y a encore une marge de manœuvre", même si "la pollution zéro n'est pas la solution optimale d'un point de vue économique". "Pour être durable, une production doit être en équilibre avec les possibilités du territoire", poursuit-il. Suggérant, entre autres, "une évolution des pratiques de fertilisation par des économies possibles en azote minéral", et jusqu'à une "réorientation profonde à terme vers plus d'herbe et d'extensif sur les bassins versants", soulignant l'importance d'évaluer l'impact de telle ou telle stratégie "sur le tourisme, les prix de l'immobilier, les risques sanitaires et les coûts de nettoyage", désapprouvant aussi "les aides publiques pour des investissements dans les projets de traitement ou de bioénergie", etc., l'économiste a quelque peu froissé l'assemblée. Alors qu'elle génère la moitié des emplois industriels en Bretagne, la profession agricole se sent constamment poursuivie à boulets rouges par la société. "Les producteurs hors-sol doivent-ils disparaître de la région ?", fulmine Nathalie Marchand, vice-présidente de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor. Jean-Pierre Le Bihan quant à lui en a "marre qu'on associe toujours les nitrates aux productions animales".

Bref, peu d'orientations en matière technique ou environnementale sont ressorties de ce débat lundi dernier. Pourtant pointe Olivier Allain, "nos propositions ne doivent pas se limiter à la politique agricole. Il nous faut nous positionner sur les aspects techniques. Quels systèmes voulons-nous pour le futur ?", demande-t-il aux élus. "Nous construirons ce projet breton avec les organisations professionnelles agricoles mais aussi l'ensemble de la société, note enfin Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d'agriculture. Nous garderons la main sur les propositions, mais on ne pourra pas bâtir quelque chose sans que l'ensemble de la société ne le comprenne", conclut-il.

 

La voie de la mutualisation régionale

La mutualisation d'une partie des activités (appui consulaire, recherche appliquée, formation et missions de service public) est en cours au niveau des quatre chambres départementales. Portée par l'instance nationale APCA, "la mutualisation est déjà bien avancée en Bretagne par rapport à d'autres régions, remarque Jacques Jaouen, grâce à une démarche initiée depuis plus de 15 ans". En effet, si officiellement elle mobilise 7% de l'impôt collecté par les quatre structures départementales, la Crab consacre déjà 30% de l'impôt à des actions mutualisées. Cependant, pour aller encore plus loin dans la rationalisation, la mise en commun des fonctions de prospective et des productions de références, dans le renforcement de la présence sur le terrain, et dans la réponse aux nouveaux besoins des agriculteurs, un certain nombre d'arbitrages restent encore à opérer, sur les positionnements professionnels, mais surtout semble-t-il sur les contributions financières de chacune des chambres départementales.

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