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Rave-party : et si c'était chez vous ?

Quatre jours durant, la famille Grot, installée à Louargat (22), a subi le "boum boum" incessant d'une free-party. Mais, si les nuissances sonores agacent, elles ne sont presque rien en comparaison des dégâts occasionnés dans les prairies avoisinantes et du stress suscité par la présence de 5 000 fêtards autour de l'exploitation. Témoignage.

La famille Grot, dont la maison d'habitation est située à 100 m de la rave-party.
La famille Grot, dont la maison d'habitation est située à 100 m de la rave-party.
© Terra

Samedi soir, Louargat. Héloïse Grot est seule au domicile qui jouxte l'exploitation familliale quand des voitures et camions arrivent en nombre et commencent à tourner autour de la ferme. Un va-et-vient qui s'amplifie et qui inquiète la jeune fille de 14 ans. Aux alentours de minuit, ses parents, Véronique et Jean-François sont appelés par Madame la maire qui les prévient : "vous allez avoir des difficultés à rentrer chez vous : des raveurs s'y sont installés".

À leur arrivée sur place, ils ne peuvent que constater. Plus de 5 000 personnes (chiffres gendarmerie) se sont amassées dans un bois voisin et squattent les prairies, qui servent de parking. Les éleveurs de limousines venaient tout juste de les semer. Si la police s'affère à organiser la circulation des véhicules, aucune aide n'est apportée aux exploitants. Véronique Grot s'indigne : "nous étions seuls avec nos deux filles pour faire face à des individus très nombreux qui souhaitaient accéder à la ferme. Tout de suite, nous avons sécurisé nos animaux en leur donnant des bottes de foin au milieu du champ et avons déplacé la remorque d'ensilage et des roundballers pour empêcher l'accès à l'exploitation. Nous sommes restés dehors toute la nuit pour les empêcher d'entrer sur notre site d'exploitation, sans aucune instruction ou intervention des forces de l'ordre". Un regret vécu aussi comme une souffrance par les exploitants qui se sont retrouvés seuls pour gérer une situation ingérable. Yann Renard, commandant de la compagnie de gendarmerie de Guingamp, mesure les difficultés du voisinage de ce rassemblement. Mais, il reconnait aussi que "lorsque 5 000 raveurs sont déjà en place, il ne s'agit plus de les déloger, nous n'en avons pas les moyens. Nous gérons les flux pour éviter les incidents. Les individus sont majoritairement sous l'emprise de l'alcool ou de stupéfiants. Nous devons aussi le prendre en compte pour gérer la sécurité. C'est notre priorité, et on ne peut pas mettre un gendarme devant chaque maison s'il n'y a pas d'altercations physiques".

Mieux vaut prévenir...

Véronique Grot souhaite mettre en garde ses collègues agriculteurs : "ça n'arrive pas qu'ailleurs, il faut que nous ayons collectivement des procédures pour savoir quand et comment réagir". Le commandant de gendarmerie estime que "s'il faut retenir une chose, c'est d'essayer d'identifier le repérage. Si, quelques semaines ou quelques jours avant les raves, les exploitants aperçoivent des mouvements inhabituels, ils doivent avertir les forces de l'ordre et, si possible, donner le numéro d'une plaque d'immatriculation. Par ailleurs, si dans la journée, les agriculteurs voient des gens installer du matériel de sonorisation dans un de leur champs, il faut aussi nous prévenir. À ce moment-là, nous pouvons encore empêcher la rave". Et, dans le cas où les fêtards sont déjà installés sur les parcelles, là aussi le message est clair : "ne pas aller à l'affront et rester calme". Une recommandation que les éleveurs ont le plus grand mal à accepter mais qui s'impose pourtant afin ne pas provoquer plus de dégats.

Indemnisation ?

Sur place, le dimanche également, les gendarmes ont pu localiser les organisateurs et saisir le matériel de sonorisation. Véronique Grot, quant à elle, a dû attendre un rendez-vous le mardi suivant pour déposer plainte et faire une estimation des dégâts. "Outre les bouteilles de verre et les déchets organiques dissiminés aux abords des champs et de la rivière - ce qui serait sévèrement sanctionné au niveau agricole -, notre nouvelle prairie juste semée de 4 ha est devastée. Elle représente 10 % de la SAU, c'est loin d'être anodin pour nous", explique l'éleveuse. Les exploitants souhaitent a minima être indemnisés pour "ressemer" la parcelle, même si ce ne sera pas cette année, ils voudraient aussi que les déchets et ordures soient ramassés aux frais de la collectivité. Des demandes qui, une semaine après les faits, sont toujours en attente de réponse. Le ramassage par la municipalité, sous pression de la préfecture, devrait être entrepris dans la semaine. "Je souhaite qu'une procédure soit mise en place à l'intitative du syndicalisme, en lien avec la préfecture, pour que les exploitants se sentent moins isolés et démunis face à une telle situation", espère Véronique. Un appel en signe de mains tendues...

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