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Réforme de la PAC : remettre du sens politique et de l’ambition

"Quelle PAC après 2020 pour les agriculteurs de l’Ouest ?" Tel était le thème d’une table ronde organisée par les FRSEA et JA de Bretagne, Pays de la Loire et Normandie le 14 septembre dernier au Space à Rennes. Quelques éléments de réponse. 

Jacques Carles (Momagri), Yves Madre (Farm Europe) et 
Jean Cordier (Agrocampus Ouest), invités de la table ronde sur l'avenir de la PAC animée par Jean Paul Goutines (FRSEA Pays de la Loire).
Jacques Carles (Momagri), Yves Madre (Farm Europe) et
Jean Cordier (Agrocampus Ouest), invités de la table ronde sur l'avenir de la PAC animée par Jean Paul Goutines (FRSEA Pays de la Loire).
© Terra

En régional de l’étape, c’est à Thierry Coué qu’est revenue la lourde mission de synthétiser deux heures de débat sur la future PAC initié par le syndicalisme majoritaire jeune et aîné. "Il faut remettre du sens politique et de l’ambition", a insisté le président de la FRSEA Bretagne et Ouest. "Elle doit être humaine, soutenable pour tout le monde et générer des vocations. Avec ce triptyque, la PAC aura un sens". Mais au préalable, "il faut faire passer le discours de la nécessité d’une agriculture forte en Europe. C’est le moment de faire passer des idées".

D'abord les enjeux

Des propos coroborrés par Henri Brichart. "Il faut d’abord travailler sur les enjeux, les faire partager pour ensuite entrer dans les outils fins", plaide le vice-président de la FNSEA. "Le calendrier très court obligera la Commission à faire des communications en 2017 dans un contexte d’Europe qui se pose beaucoup de questions".

Entre autres questions, le Brexit qui s’est invité dans le débat induisant 5 % de budget à retrouver "car il n’y a pas de politique forte sans budget, prévient Matthieu Herguais. Qu’attend un jeune agriculteur de la PAC de demain ?", s’est interrogé le président des JA Pays de la Loire avant d’apporter sa réponse : "nous sommes en attente d’un schéma prédéfini pour mener les agriculteurs dans une dynamique". Une dynamique qu’appelle de ses vœux Jean-Marc Lézé (président de la FRSEA Pays de la Loire) car "la PAC n’est qu’un outil mais sommes-nous sur la compétition internationale ? Quelle ambition pour l’agriculture ?".

Ce sera aux élus d’y répondre en partie sachant que les élections à venir, en France comme en Allemagne, risquent de faire bouger les lignes majoritaires.  En attendant, le top départ des présidentielles en France est donné. En témoigne le passage à Rennes de nombreux candidats proclamés ou pas encore aux diverses primaires. FRSEA et JA sont donc dans le bon tempo mais un seul élu s’est exprimé sur le sujet au cours de ce débat. "Quelle place pour la régulation ? Je n’ai pas entendu ce mot dans vos débats", s’est étonné Paul Molac, député du Morbihan.

"Le mot a été tronqué car il est inaudible dans les autres pays européens. On parle de résilience", a répondu Yves Madre (Farm Europe) et Jacques Carles (Momagri) d’enchainer : "la régulation en soi n’a pas de sens. Il faut savoir ce que l’on met dedans".

"Un terme interprété différemment selon les pays", reconnait Henri Brichart qui préfère parler de "nouvelle régulation comme l’aide alimentaire ou les biocarburants".

Assurance et interprofession

Mais quels que soient les chemins de traverse empruntés dans la réflexion et les décisions prises, on promet à l’assurance une place de choix. Un dossier développé par Jean Cordier (professeur Agrocampus Ouest). Pas un copié-collé du Farm Bill outre-Atlantique (il protège les agriculteurs américains contre la chute des cours) mais quelque chose qui y ressemble. "Il faut aboutir à 90 % des surfaces assurées en Europe", préconise Yves Madre. Mais "la mayonnaise assurantielle ne prend pas. L’Etat français est frileux. Le critère des 30 % plombe le dispositif", déplore Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA. La mariée devra se faire plus belle pour être plus attractive.

Autre inconnue : le devenir des interprofessions. "Ça marchait bien mais ça ne marche plus. Qui pour répondre à Cash Investigation ?", interroge Arnold Puech d’Alissac. Sujet d’actualité puisque, la veille au soir, l’émission produite par Elise Lucet avait lancé une attaque en règle contre l’agroalimentaire. Pour autant, la messe n’est peut-être pas totalement dite. "Les CVO (ndrl : cotisation volontaire obligatoire qui assure le fonctionnement des interprofessions) ont été reconnues par l’Europe", fait-on remarquer du côté de Farm Europe et Momagri. Pas suffisant sans doute pour qu’elles retrouvent un pouvoir d’influence sur les prix. "En France, quand on s’entend à deux, on est malhonnête. Quelle transposition française de la PAC ?", a poursuivi le président de la FRSEA Normandie.

Fini le doigt mouillé

Mais avant d’écrire une nouvelle page, il faut solder la précédente et en tirer les enseignements. "La volatilité s’est installée mais la PAC n’a pas évolué. L’enjeu crucial de demain est de faire face à cette volatilité", a donné en guise d’explication à la crise actuelle Mary Henry (service économique de la chambre régionale d’agriculture de Bretagne). Brut de décoffrage, Jean Cordier n’a pas mâché ses mots. "La PAC 2014-2020 s’est faite au doigt mouillé. Il faut ramener cette situation insoutenable à un niveau acceptable". "Il faut dépenser moins mais dépenser mieux, a poursuivi Jacques Carles. Il faut développer l’aide alimentaire à l’instar de ce que font les USA. Pourquoi le système actuel coûte aussi cher pour une efficacité aussi faible ?". En résumé, "la PAC devra continuer sur l’environnement et l’installation", est convaincu Yves Madre mais la grande question est autre. "Veut-on encore être dans le top 10 des influences économiques mondiales ?", s’interroge la Ferme Grand Ouest. Si la réponse politique est "oui" ; alors, "sur la question budgétaire, il faudra se donner les moyens de ses ambitions" martèle Henri Brichart. "Dans le cadre d’un budget pluriannuel rigide mais fluctuant selon l’année", phosphore-t-on dans certains think tank*.

* Laboratoire d'idées à l’instar de Momagri ou Farm Europe.

 

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