Aller au contenu principal
E-mailPrintFont SizeFacebookTwitter

Rencontre transmanche des systèmes herbagers innovants

Les voyages forment la jeunesse, ils permettent surtout d’ouvrir le champ des possibles et de sortir des sentiers battus. Les éleveurs normands ont proposé à leurs hôtes anglais et finistériens des années précédentes de venir à leur tour en visite dans leurs fermes pour témoigner du chemin parcouru. En route vers des systèmes biologiques économes !

Chaque année, depuis huit ans, la chambre d’agriculture de Normandie propose d’aller à la découverte de fermes bretonnes, anglaises et irlandaises afin de comprendre leur organisation innovante inspirée des conduites néo-zélandaises. Les éleveurs normands ont voulu remercier leurs hôtes et les ont invité trois jours en Normandie pour découvrir les changements mis en œuvre sur la ferme depuis ces voyages d’étude.


Simplification du travail autour de trois ateliers
Une cinquantaine de producteurs de lait biologique se sont retrouvés lors d’un séminaire pour échanger sur les facteurs de réussite de la production de lait biologique calée sur la pousse de l’herbe et aussi les écueils à visiter.
Les Néo-Zélandais sont parmi les plus grands utilisateurs de vaches croisées dans le monde avec près de la moitié du troupeau "kiwi". Lors d’un premier atelier, les participants se sont penchés sur l’intérêt du croisement de races laitières. En premier lieu, ils soulignent à quel point c’est une démarche de longue haleine. Il faut compter dix ans avant d’être en croisière. Il est capital d’avoir bien défini ses objectifs - vêlages groupés, monotraite, taux ou volume, contrainte AOP, format des animaux, alimentation du troupeau… - et surtout de s’y tenir sur la durée. Ils soulignent l’intérêt de travailler avec de bonnes origines, de respecter un schéma de croisement en faisant parfois preuve de souplesse pour corriger les défauts d’une vache.
Un second atelier a porté sur l’élevage des veaux à l’extérieur au plus près de la naissance, il est préférable d’avoir des bandes homogènes. Les premiers jours obligent à un peu de vigilance afin de vérifier les quantités de lait consommées, que le lait soit distribué au milk-bar ou que les veaux soient adoptés par des nourrices. Les éleveurs soulignent tous la rapidité avec laquelle les veaux commencent à pâturer.
Pour terminer ce temps d’échange, un atelier a fait le point sur l’aménagement de la plateforme laitière, c’est-à-dire cette zone accessible par les vaches laitières à mettre en valeur par le maximum de pâturage. Du fait de la taille des troupeaux, et des surfaces d’herbe à proposer aux animaux (plus de 50 ares pâturés par vache), il est nécessaire d’aller loin, souvent au-delà du kilomètre avec le troupeau. Il est impératif d’avoir des chemins de qualité afin d’avoir du pâturage plus de 8-10 mois sur 12. Sur la conception générale, tout le monde est d’accord : privilégier des chemins en hauteur, bombés avec une pente qui favorise l’évacuation de l’eau. Sur la réalisation concrète, presque autant de solutions que de participants avec pour conclusion de minimiser les coûts en privilégiant les matériaux "opportunistes" présents sur les fermes (par exemple carrière de cailloux, copeaux de bois) et de réserver le béton pour les zones à proximité de la salle de traite.


Objectif valeur ajoutée
Cinq élevages normands ont témoigné sur les changements de conduite rapides qu’ils ont opérés les dernières années. Le plus visible est au niveau du troupeau : quatre ont débuté le croisement de races laitières, un a changé de race et est passé en race Jersiaise suite à un incendie. Pourtant, c’est le système alimentaire qui a le plus changé avec un fort recul de la surface en maïs et un recours accru au pâturage (3 à 8 mois en plat unique), à la recherche d’autonomie alimentaire. Ils ont tous retenu de leurs voyages l’importance de devenir des cost killers et de conserver le maximum de valeur ajoutée au sein de leur exploitation.

Gaec des Noës Lefoyer (61)
Pour celui qui engage la conversion à l’agriculture biologique, au Gaec des Noës Lefoyer, l’enjeu est de favoriser l’autonomie et de diminuer les coûts alimentaires en développant le pâturage et réduisant le maïs avec pour enjeu une diminution plus rapide des charges que des produits. En trois ans, l’EBE de 80 k€ en système conventionnel est passé à 125 k€ pendant la conversion et devrait atteindre 160 k€ pour la première année en bio.

Gaec de la Vallée verte (50) et Damien Olivier (14)
Lors de deux autres visites au Gaec de la Vallée verte et chez Damien Olivier, cette stratégie est également mise en avant : dépenser le moins possible en mettant en place des techniques économes en temps de travail comme des vêlages groupés, la monotraite sur une partie de l’année, l’élevage des veaux avec des nourrices ou par leur mère jusqu’au sevrage. L’EBE atteint ou dépasse alors la moitié du produit.

Gaec du Courteil (61)
Au Gaec du Courteil, le couple a fait le choix d’utiliser le temps de travail libéré sur l’atelier lait pour transformer les céréales - petit et grand épeautre, maïs grain, sarrasin, seigle… - produites en farine à destination humaine. Pour cette diversification, les éleveurs ont investi dans quatre cellules de stockage pour 130 tonnes de céréales, un trieur et un moulin.

EARL de la Clémendière (50)
Mais le changement le plus radical est probablement celui de l’EARL de la Clémendière. En 2016, un incendie ravage la ferme détruisant les deux robots et l’atelier de transformation. La traite n’est plus possible, les vaches doivent partir. Arrivés au bout de leur système, les exploitants réfléchissaient déjà à le faire évoluer et pensaient à la conversion au bio. Quinze jours plus tard, la décision est prise. La conversion est lancée et la ferme est certifiée bio en 2018. Sur les 93 hectares de la ferme, les exploitants sont passés de 65 hectares de maïs ensilage à 8 hectares de maïs épi. Le nombre de vaches est stable autour de 140 vaches au départ des Holstein à 9 000 litres et maintenant des Jersiaises achetées au Danemark et monotraites produisant 2 500 litres (61,8 g TB et 42,2 g TP). La production est passée de 1 200 000 litres de lait et 600 000 litres de crème vendue en direct à 360 000 litres de lait intégralement transformés en crème, beurre, yaourts, fromage blanc et tomme. Vu cette activité importante, les éleveurs ont dû adapter leur organisation du travail. En souriant, les éleveurs témoignent : "Avec les vêlages groupés, le matin, pour le suivi de l’élevage, il y a trois choses à penser. Sinon, c’est dix ! Alors pour répondre aux besoins de nos clients - des grossistes de Rungis et des moyennes surfaces normandes - nous avons choisi deux périodes de vêlage pour étaler la production. La monotraite améliore les taux et fait diminuer le temps de travail dans la nouvelle salle de traite 2x12".

Restons curieux ! Ces témoignages montrent à quel point garder un œil attentif sur les innovations permet de trouver des solutions qui nous plaisent pour faire face aux nombreux challenges à relever en agriculture.

Une cantine bio étonnante
L’association locale RPI de St Jean Le Blanc (14) est née il y a huit ans de la volonté de parents d’élèves et des producteurs bio locaux de substituer les repas de restauration collective en liaison froide par des repas "faits maison" préparés à partir de produits locaux et appréciés des enfants. Cela se concrétise dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Chaque enfant peut se servir dans des plats collectifs et ainsi ajuster sa consommation. Chaque jour, comme un défi, chaque classe pèse les aliments jetés et les niveaux sont bien en dessous des normes habituelles. À St Jean Le Blanc, l’agriculture biologique est dynamique. 9 exploitations sur les 13 que compte la commune sont certifiées bio. La cantinière, seule salariée de l’association, peut ainsi cuisiner des produits de saison et locaux : 80 % des produits sont biologiques et 90 % locaux. Le reste de la main d’œuvre est bénévole et est recrutée parmi les habitants de la commune qui donnent un peu de leur temps pour faire vivre ce projet. Face au succès et à l’impulsion de son président Stéphane Bourlier, producteur de viande bio sur la commune, la petite commune s’est également dotée d’un magasin bio qui permet sur commande chaque vendredi soir d’écouler auprès de la population, les surplus de la cantine et les produits bio et locaux de ce secteur rural.

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terra
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Terra
Consultez les revues Terra au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière Terra
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terra.

Les plus lus

Sarah Le Quer, installée à 24 ans
En octobre 2017, à 24 ans, Sarah Le Quer rejoint l’exploitation laitière familiale et s’associe avec son père. Un choix pesé,…
L’exosquelette entre en salle de traite
À la ferme expérimentale de La Blanche-Maison à Pont-Hébert dans la Manche, on teste depuis le 25 octobre l’exosquelette, un…
"Nous allons passer ce cap difficile, développer notre stratégie, accompagner l'agriculture"
Quelques jours après une grève des salariés qui a marqué les esprits, et à quelques jours des sessions chambre départementales,…
Vignette
Le P'tit gallo sur le chemin de l'autonomie énergétique
À Montreuil-le-Gast, la ferme du P'tit Gallo a fait son trou dans le paysage local. Après des débuts "un peu galère", quand il s'…
Vignette
Maïs grain, semis de céréales : la pluie retarde les chantiers
Si la pluviométrie record du mois d'octobre n'a pas trop affecté les chantiers d'ensilage de maïs, la récolte du maïs grain et…
"Notre métier, c’est de cultiver le sol, un sol biologiquement plus actif"
Régénérer le sol pour doper sa fertilité est la clé de l’agriculture dite de conservation. Toute une semaine lui était consacrée…
Publicité