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"Rester en cohérence avec l'agronomie"

Algues vertes, normes Corpen, évolution des ZES, … le dossier environnement revient chaque été sur le devant de la scène. Cette année, il est alimenté par les débats en cours sur la directive nitrates. Rencontre avec Jo Ménard, président de la chambre d'agriculture 35, qui a suivi de près les débats nationaux, dans la mesure ou il est en charge du dossier environnement à l'APCA*.

© terra
Jean Dubé . Expliquez nous pourquoi cette question des normes Corpen revient encore en débat ?
Jo Ménard : Il y a un contentieux en cours sur le troisième programme d'action directive nitrates. La France veut éviter une condamnation. Pour cela, elle doit apporter des réponses aux questions de Bruxelles : la durée de stockage, les plafonds d'azote par culture, les calendriers d'épandage, l'évaluation des rejets,  les normes corpen, les conditions de stockage au champ, etc.
Bruxelles conteste l'application de la directive et soulève par exemple des incohérences entre arrêtés préfectoraux, des calendriers totalement décalés d'un département à l'autre.

JD : Qui négocie.
JM : Les négociations se déroulent avec le Ministère de l'environnement et celui de l'agriculture. La position défendue a toujours été celle des organisations du CAF*, à partir de positions débattues préalablement au niveau de chaque organisation.

JD : Comment abordez vous ces négociations ?
JM : Je suis breton. Je sais que quand un contentieux va a son terme, il y a le risque financier pour l'état, mais surtout un risque réglementaire pour les paysans, puisque c'est alors Bruxelles qui décide. Certains territoires Bretons s'en souviennent. 
Nous avons toujours travaillé en se basant sur l'agronomie, qui doit rester au cœur de la démarche. C'est le sens de notre métier. De plus, les évolutions doivent être compatibles avec l'engagement économique de l'agriculteur, ne pas remettre en cause le potentiel de production et ne pas générer de charges pour les exploitants, qui ont déjà lourdement investi sur les mises aux normes.

JD : Quels sont les principaux éléments de négociation ?
JM : Citons trois éléments qui nous concernent particulièrement en zone d'élevage. Bruxelles demande une capacité de stockage de 6 mois. Nous voulons éviter d'obliger à refaire des investissements en donnant la possibilité à l'agriculteur de justifier par l'agronomie et un dexell simplifié, pourquoi il n'a pas un stockage de six mois. Il est possible de faire à moins, à nous de le prouver.
Sur le calendrier. Vu de Bruxelles la position d'un calendrier par département est difficile à tenir, mais je pense que sa justification pour des territoires cohérents peut tout à fait être argumentée.
Bruxelles remet en cause le barème forfaitaire de production azotée par vache. Pratiquement tous les autres pays ont des normes, par niveau de production, par système d'alimentation. Il ne nous semblait pas réaliste de rester sur une position bloquée, une vache à 8000 l ou une vache à 4000 l sur une même base forfaitaire. Chacun a connaissance des chiffres de l'Inra et des instituts. Il est intenable de demander une approche réelle sur l'agronomie et rester sur une approche forfaitaire sur les rejets, voilà ce qui a abouti à cette acceptation d'aller vers des rejets différenciés sur les vaches laitières, tenant compte du niveau de production.

JD : Vous réfutez l'argument selon lequel le système herbe serait pénalisé ?
J M : La vache à 10 000 l uniquement en herbe, cela n'existe pas, c'est une vache virtuelle. Une vache en système herbager a une production moyenne inférieure. Le chargement à l'hectare est moindre, la  production d'azote à l'hectare est donc nécessairement plus faible.
Nous étions un des seuls pays à cette norme forfaitaire. Notre position était intenable.
Par contre, dans nos territoires relativement chargés, il nous faut retrouver une capacité d'épandage. Voilà pourquoi je milite pour une suppression des zes. Il faut rapidement faire sauter ce dispositif anti-économique et anti-environnemental, incompréhensible.
On oblige certains à aller au traitement à la résorption voire à l'exportation alors qu'il y a des capacités d'épandage dans des cantons limitrophes, qui ont une pression azotée inférieure. La profession d'une façon générale demande la suppression des zes. L'état demande des contreparties, qui font l'objet aujourd'hui de discussions. 
La directive nitrates, correspond à une obligation de moyens. Aujourd'hui nous sommes contestés sur les moyens. N'oublions pas qu'à terme nous avons bien une obligation de résultat.

*CAF : conseil de l'agriculture Française.
*APCA : Assemblée permanente des chambres d'agriculture.
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