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Rester performant dans un contexte climatique changeant

Entre 1959 et 2016, la température moyenne annuelle à Pleurtuit (35) a augmenté de + 0,26°C tous les 10 ans. Le phénomène s’accélère depuis1980 (1). Le changement climatique commence à se manifester de façon sensible. Les épisodes de canicule, tels que celui de juin dernier, vont se répéter avec une augmentation probable des températures record, comme de la durée des événements. L’agriculture est au cœur des challenges de demain, pour fournir des énergies renouvelables issues de la biomasse, des biomatériaux, stocker du carbone et continuer à assurer la sécurité alimentaire...

Le changement climatique commence à se manifester de façon sensible. Les épisodes de canicule, connu en juin dernier, vont se répéter avec une augmentation probable des températures record.
© Claire Le Clève

Énergie, matériaux, carbone, alimentation... autant d’attentes de la société qui remettent l’agriculture et les surfaces agricoles au cœur des enjeux actuels. Réussir ces challenges dans un contexte de changement climatique relève de la gageure ! L’adaptation au changement climatique semble être une priorité absolue. Qu’en est-il de la capacité de notre capital sol, capital arbres, capital animal, capital bâtiments à rester adaptés et productifs en cas de sécheresse, de canicule, ou autre aléas climatique ? Il est urgent de mettre en place les dispositifs d’adaptation et de sécurisation nécessaires. Chacun intègre dès à présent cette évolution dans la stratégie de son exploitation. Un nouveau bâtiment, un agrandissement de l’exploitation, une diversification de production sont autant d’étapes où il y a lieu d’intégrer ces changements climatiques à venir. Le Space, et notamment, l’Espace pour Demain, sera l’occasion de faire le point sur la faisabilité de ces adaptations et les témoignages de ce dossier en sont la preuve.

Des bâtiments et équipements performants
L’adaptation climatique exigera, en premier lieu, de poursuivre les économies d’énergie par du matériel économe en chauffage ou en ventilation, dans les bâtiments d’élevage, en poursuivant les travaux d’isolation, déjà engagés, pour se prémunir des températures froides en hiver, mais aussi des températures plus chaudes en été. La gestion de la ventilation en hors sol, la mise en place de brumisation, l’installation de matelas rafraîchissant pour les vaches sont autant d’innovations qui paraîtront courantes dans quelques années.

Des systèmes fourragers et des cultures sécuriser
L’adaptation des exploitations se fera, aussi, sur les modalités de système fourrager et de cultures. Il s’agira de modifier le système fourrager pour mieux passer le cap de sécheresse d’été en réalisant plus de stock fourrager, avec des cultures moins exigeantes en eau, mais tout aussi productives. Le recours aux échanges parcellaires deviendra, de façon plus forte, une aide à l’optimisation de son assolement et de ses rotations. Un nouvel équilibre sera à trouver entre pâturage et stock fourrager. De même en cultures, les variétés retenues devront être en capacité à se développer dans ces nouvelles conditions climatiques.

L’adaptation au changement climatique semble être une priorité absolue. Qu’en est-il de la capacité de notre capital sol, arbres, animal, bâtiments à rester adaptés et productifs en cas de sécheresse, de canicule, ou autre aléas climatique ?

Des opportunités pour produire de l’énergie
Le second niveau de réflexion est d’étudier l’opportunité d’un investissement en production d’énergie renouvelable. Dois-je m'équiper pour réduire ma facture énergétique (ex : autoconsommation) ou pour diversifier mon revenu ? Dans le dernier cas, l’orientation vers du photovoltaïque reste d’actualité, notamment avec l’achat groupé piloté par l’Apepha (association d’agriculteurs producteurs photovoltaïques). L’autre piste concerne la méthanisation, sous toutes ses formes : auto consommation, cogénération ou injection de biométhane. Dans tous les cas, le projet doit s’appuyer sur la cohé- rence de ce projet dans l’exploitation et à l’échelle de son territoire sur les aspects techniques, économies, environnementaux, travail... Il faut prendre le temps de le réfléchir pour sa mise en route, son exploitation en régime de croisière, sa transmission, sur la fin de contrat, même si parfois, cela reste à une échéance lointaine (15 -20 ans).

méthanisation

Des marges de progrès en conduite d’élevage
L’agriculture subit le changement climatique et doit s’y adapter. Mais, elle est aussi, contributrice à la pro- duction de gaz à effet de serre. En Bretagne, elle participe à 45 % des émissions de gaz à effet de serre régionales, essentiellement par l’élevage bovin. Le troisième volet de l’adaptation des exploitations passe par la réduction des émissions de l’agriculture, pour respecter la stratégie nationale bas carbone. Pour cela, il faut commencer par connaître l’empreinte carbone de son exploitation et évaluer les pistes de réduction de ses émissions. Cela peut se faire par des diagnostics, notamment pour les éleveurs de bovins. À ce sujet, un travail de synthèse de BCLOuest montre que les éleveurs qui ont optimisé la conduite alimentaire, l’élevage des génisses et la fertilisation ont augmenté leur résultat économique, mais aussi, diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Il y a une cohérence d’action entre les deux volets.

Le stockage du carbone, pourquoi pas le rémunérer ?
L’agriculture est l’un des seuls secteurs où il est possible de stocker du carbone. C’est le quatrième pilier de la stratégie des exploitations à l’adaptation climatique. L’objectif "4 pour mille" permettrait, selon l’Inra, de compenser 7 % des émissions de gaz à effet de serre en France. Cette fixation de carbone se fait par les haies, les prairies, les couverts végétaux... Cette perspective peut donner un coup de projecteur sur des pratiques agricoles, surtout si elles étaient rémunérées. Le changement climatique va toucher beaucoup de secteur de l’exploitation : types de bâtiment et de conduite d’élevage, équipements d’ambiance spécifique, gestion de l’assolement, voir de nouvelles cultures, amplification du stockage de carbone. Les exploitants ont montré, depuis le début des années 2010, leur capacité à adapter leur parc bâtiment aux économies d’énergie, à se lancer dans la production d’énergie renouvelable, grâce au soutien financier des pouvoirs publics. Ce fut la première étape de la transition climatique. Celle-ci va s’amplifier et obliger les exploitants à aborder la stratégie d’équipement et de conduite de leurs bâtiments d’élevage et de leurs cultures avec un autre climat.

*Source ORACLE : observatoire du changement climatique pour l’agriculture bretonne – Chambre d’Agriculture/Météo France.

Appel à témoins

Vous avez mis en place des solutions d’adaptation en élevage ou dans vos cultures pour mieux résister aux vagues de chaleur et au changement climatique, vous pouvez partager votre expérience.
Contact : laurence.ligneau@bretagne.chambagri.fr

Capitalisons dès à présent ces expériences, et jetons un œil sur la réalité des agricultures plus au sud, jusqu’en Espagne, ce sera notre réalité climatique bretonne avant le milieu de ce siècle !

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