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Revenu agricole 2017 : du mieux après la catastrophe de 2016

La Commission des comptes de l’agriculture de la Nation a présenté les résultats quasiment consolidés des revenus agricoles 2016 et les résultats provisoires des revenus 2017. L’Insee prévoit une année 2017 bien meilleure que 2016. Pour autant, la profession agricole est loin de se réjouir : les agriculteurs n’arrivent toujours pas à tirer un revenu digne de leur métier et souffrent de l’instabilité des revenus.

Si en 2017 la filière laitière connait un bond de 14 % (en valeur), c'est que l'année 2016 avait été bien moins fructueuse.
Si en 2017 la filière laitière connait un bond de 14 % (en valeur), c'est que l'année 2016 avait été bien moins fructueuse.
© Costie Pruilh

Le revenu des exploitations agricoles repart à la hausse en 2017. C’est ce qu’indiquent les statistiques prévisionnelles de l’Insee présentées le 14 décembre à la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation. Après une année 2016 catastrophique, le revenu net de la branche agricole par actif non salarié* serait en hausse de 22,2 %. Il devrait atteindre 14,2 milliards d’euros alors qu’il frôlait péniblement les 11,8 milliards en 2016. Il reste tout de même inférieur à celui de 2015 (15,5 Mrd €)."Les charges des agriculteurs se réduisent pour la quatrième année consécutive", précise l’Insee. À noter par exemple le recul des taux d’intérêt (- 2,42 %) ou des charges locatives nettes (- 3 %).

Une production nationale à la hausse (en valeur)

Dans son ensemble, la production nationale agricole atteindrait 71,1 milliards d’euros, en hausse de 2,4 %, après une baisse de 6,6 % en 2016. Depuis quelques années, le ministère se refuse à publier des chiffres par orientation technico-économique des exploitations. Une décision qui avait fait suite au vif débat suscité par des écarts de statistiques énormes entre les chiffres prévisionnels et les résultats consolidés.

Grandes cultures : les volumes compenseraient la baisse des prix

Après une année 2016 catastrophique, "la valeur de la production de céréales se redresse fortement", indique l’Insee. Elle enregistre une hausse de 25 % après un recul de 31,3 % en 2016. Ce redressement est imputable à la hausse des volumes (+ 26,4 %), les prix étant de leur côté en recul de 1,1 %.

"La progression est également très marquée pour les oléagineux avec une récolte historique pour le colza et le tournesol", affirme l’Insee. Ainsi, malgré un recul des prix, la valeur totale de la production d’oléagineux affiche une hausse de 15,6 % et celle des protéagineux augmente de 13,7 %.

Production animale : des prix en hausse

La filière laitière a profité de "la hausse exceptionnelle du prix du beurre en 2017", commente l’assemblée permanente des chambres d’agriculture. Et, en effet, malgré une production stable en volume, la filière lait et produits laitiers enregistre une hausse de 14 % de la valeur de sa production.

Le même phénomène, à moindre échelle, s’observe pour le bétail : la production recule légèrement en volume (- 2,2 %) mais profite de la hausse des prix (+ 3,4 %). La production porcine tire son épingle du jeu : la hausse des prix (+ 6 %) entraîne une augmentation de la production, en valeur, de 2,8 %.

Quant à Ia filière bovine, elle profite du mieux dans le secteur laitier : la concurrence avec les vaches laitières réformées s’apaise et permet une remontée des prix de la viande bovine. Enfin, en volaille, le constat est le même : les volumes en recul (- 1,3 %) sont largement compensés par la hausse des prix (+ 5,1 %).

Légumes, pommes de terre et vin : une valeur en recul

2017 devrait ressembler à 2016 pour la filière fruits, avec une hausse des volumes de 2 % qui compense parfaitement le recul des prix. Mais cela n’est pas le cas pour les légumes. Les prix, en recul de 7 %, handicapent une production pourtant restée stable en volume. Quant aux pommes de terre, les volumes repartent à la hausse (+ 20 %) après deux années de recul. Mais ce rebond des volumes ne compensera pas l’effondrement des prix (- 40 %).

L’agriculture française semble se redresser quelque peu en 2017. Mais ce rebond ne compensera pas une année 2016 catastrophique. En prenant un peu de recul, on s’aperçoit que les filières qui rebondissent en 2017 sont simplement celles qui avaient touché le fond en 2016. On comprend mieux pourquoi les syndicats agricoles ont bien du mal à se réjouir.

Ils ont dit

FNSEA / Ce résultat est "une fausse bonne nouvelle". La France, qui se remet à peine des crises qu’elle a affrontées ces deux dernières années, n’est toujours pas en mesure de renouer avec les investissements qui risquent de reculer pour la 5e année consécutive.

François Lucas, président d’honneur de la Coordination rurale / Nous, les agriculteurs, qui sommes de plus en plus endettés, sommes très loin de nous y retrouver ! Penser que l’agriculture française se porte mieux serait une erreur.

AGPB / Depuis 20 ans, nous n’avons jamais constaté une situation financière aussi inquiétante dans nos exploitations céréalières françaises : 55 % perdent de l’argent suite à une récolte nationale 2016 catastrophique.

Confédération paysanne (CP) / "L'urgence d’une loi pour le revenu des paysans". La CP appuie ses revendications : contrôler les prix agricoles, stopper les négociations sur des accords de libre-échange, réorienter les aides de manière "plus équitable" entre les productions et par actif. La CP souligne "la dangerosité de la suppression du financement national des aides au maintien de l’agriculture bio par Stéphane Travert".

Fédération nationale porcine / Faisant référence à un article du Monde qui qualifiait les éleveurs de porcs de "grands gagnants", elle s’insurge : "grands gagnants de quoi ? Du droit de vivre enfin de leur métier, après 10 ans de crise et une perte de 10 % de la production ? L’amélioration de la conjoncture a essentiellement permis de renflouer les pertes des années précédentes, et cela n’a pas suffi pour tous".


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