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Revenu agricole : des pics et des creux

Présentés le 3 juillet, les indicateurs de revenu des exploitations de 2012 réflètent une bonne tenue du revenu agricole moyen par exploitation. Il atteint même un niveau historique à 38 300 euros par actif non salarié dans lequel ne se reconnaîtront pourtant pas une grande partie des agriculteurs. D'une production à l'autre, d'une exploitation à l'autre selon qu'elle est spécialisée ou pas, d'une région à l'autre du nord au sud de la France, la situation de l'agriculture française est de plus en plus variée et variable.

Quand les grandes cultures tirent le revenu agricole vers le haut, les autres productions ne bénéfi cient pas toutes du mouvement mondial de hausses de cours des matières premières. Et souvent, elles vont même jusqu'à les subir. C'est le cas des productions animales qui, malgré des prix élevés (en porc par exemple), voient le revenu pro- gresser moins vite... quand il ne diminue pas, comme c'est le cas en lait. A ce compte là, la Bretagne enregistre une faible progression du revenu en 2012.


Lait : mieux qu'en 2009 mais moins bien qu'en 2011
Première précaution à la lecture des indicateurs de revenu des exploitations 2012 présentés la semaine passée, ils sont établis à partir des seuls résultats écono- miques annuels des exploitations dites "moyennes et grandes", c'est à dire dont la production brute standard moyenne dépasse 25 000 euros. Deuxième précaution, ils ne présentent que des moyennes par actif agricole et ne sont donc pas le refl et de la réalité de chaque actif. Moyennant quoi, ces indica- teurs révèlent tout de même une évolution conjoncturelle qui infl ue sur le revenu des agriculteurs. Et, en 2012, cette évolution aura donc été une nouvelle fois très favorable aux grandes cultures (céréales et oléagineux-protéagineux), donc plus favorable aux régions les plus céréalières. Si le résultat courant avant impôts (RCAI) moyen natio- nal par actif non salarié a atteint 38 300 euros l'an dernier et une moyenne annuelle de 35 000 euros sur les trois dernières années, celui des céréaliers explose les compteurs à 76 500 euros en 2012 et une moyenne annuelle de 59 500 euros les trois dernières années. Par contre, le résultat courant des éleveurs laitiers s'est rétracté en 2012 à 24 700 euros, soit à peine moins qu'en 2010 et en n'oubliant ni la très noire année 2009 ni la bonne année 2011 quand ce RCAI laitier avait avoisiné les 30 000 euros. L'évidence est bien que le revenu laitier à son tour tend à jouer au yo-yo, même si au fi nal, il progresse de 9 % par an en moyenne sur les cinq dernières années. Côté bovin viande, c'est la stabilité à 17 100 euros par actif en 2011, mais avec un revenu moyen qui accuse une baisse légère mais régulière depuis bientôt dix ans et surtout avec un niveau de revenu inférieur de moitié au revenu moyen national. En ovin-caprin, la réalité du revenu est encore plus mau- vaise et, après un rebond en 2010 le résultat courant replonge pour retrouver son niveau d'avant crise de 2007-2008, soit 16 500 euros en 2012.

Porcs, retour à l'avant crise
Côté élevage hors-sol, la situation s'est très nettement améliorée en 2012... même s'il faut là encore relativiser le constat. En porcs, après une année 2011 aux cours élevés, la valeur de la production a encore augmenté en 2012, de 7,8 %. Mais les charges aussi sont restées à un niveau élevé, le seul coût ali- mentaire a augmenté de 6 % en 2011. Ce faisant, le résultat courant porcin a atteint 52 900 euros l'an dernier et revient dans des niveaux d'avant crise de 2007-2008. En volaille, les mouvements auront été moins marqués qu'en porcs, le résultat courant avant impôt est resté dans une tendance haussière. Mais le constat mériterait une ana- lyse plus fine, en ne mélangeant pas les résultats chair et oeufs. Si le prix des oeufs a bondi de 48,4 % en 2001, celui de la volaille de chair n'a progressé lui que de...1,8 %, et c'était avant les baisses de contrats sur fond de baisse des restitutions à l'export, particulièrement détermi- nantes dans l'Ouest.


Paul Jégat

Des disparités intenables


Sollicité par Terra après la publication des chiffres du revenu agricole, Didier Lucas constate d'abord des écarts grandissants entre productions végétales et animales qui selon lui risquent de devenir intenables. Mais il dénonce aussi une réévaluation "artificielle" du revenu des éleveurs de porcs.

 

Quelle est votre réaction à la publication des chiffres du revenu agricole ?
Didier Lucas. Tout d'abord, les chiffres bretons se situent dans la moyenne des évolutions nationales. Si je ne devais retenir qu'un élément de cette évolution des revenus, ce serait leur très grande disparité. Cette dernière devient particulièrement énorme entre productions végétales et produc- tions animales. Si cette tendance se poursuit et qu'il apparaît que l'on a de plus en plus intérêt à faire des céréales par rapport à l'élevage, on aura un risque accru de plus en plus important de végétalisation des terres. Dans les exploitations bretonnes, aujourd'hui, si on ne prend en compte que l'élevage, la rentabilité de l'exploitation n'est pas assurée. Il n'est pas normal qu'une partie de l'exploitation doive faire vivre les autres. Dans le cadre de la réforme de la PAC, cet élément milite largement pour un rééquilibrage. Que l’on trouve des solutions de soutien à l’élevage.

Les éleveurs ne vont pas abandonner leurs animaux du jour au lendemain. 
D.L. Certes, mais je crains qu'à l'occasion de moments importants de la vie de l'exploitation, une mise aux normes à faire, un renouvellement d'investissement, la transmission de l'exploitation, l'arrivée d'un jeune avec une augmentation de superfi cie, un départ en retraite, etc, que ce moment soit l'occasion d'une bascule qui deviendra irréversible et dra- matique pour la production et l'emploi sur un plan régional.

Vous avez dénoncé le chiffre de l'évolution du revenu des producteurs de porc. 
D.L. En effet, les stocks animaux ont été considérablement réévalués pour une raison simple à comprendre. Les animaux sont estimés sur la base du prix des céréales consommées, pas sur la base du prix de vente estimé, c'est une méthode et une règle comptable. Conséquence, pour un éleveur de 200 truies qui produit 3 000 charcutiers, 20 euros de réévalua- tion, ce sont 60 000 euros de revenu "artifi ciellement" créés pour l'atelier. Dans cet élevage si la moyenne de revenu a été calculée à 54 000 euros, nous estimons que 60 000 euros sont en fait liés à la réévaluation du stock. La différence entre les deux donne une idée plus juste de la situa- tion des élevages de porc en terme de revenu disponible et de trésorerie. Nous avons dénoncé l'utilisation faussée des chiffres de revenu des pro- ducteurs de porcs.


Propos recueillis par Jean Dubé

 


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