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Risques pour les abeilles : alerte sur les antiparasitaires et biocides en élevages

Les produits de médecine vétérinaire sont reconnus comme des contaminants émergents de l’environnement. La présence de ces molécules dans les sols, eaux de surface ou souterraines, et même les plantes, nous oblige à nous interroger sur leur possible impact sur des organismes non cibles…

Un rucher suivi dans le cadre de l’étude épidémiologique Bapesa, avec en arrière plan du fumier stocké par un agriculteur.
Un rucher suivi dans le cadre de l’étude épidémiologique Bapesa, avec en arrière plan du fumier stocké par un agriculteur.
© Pierre Le Bivic

Pendant l’hiver 2008-2009, des apiculteurs ariégeois rapportent d’inquiétantes mortalités dans leurs colonies : plus de 4 000 ruches mortes et des ruchers entiers décimés. Il est suspecté une intoxication des abeilles, mais ces apiculteurs, qui pratiquent la transhumance en haute montagne, sont éloignés de toute culture végétale : ce sont les insecticides utilisés pour l’élevage des troupeaux voisins qui éveillent les soupçons. Depuis lors, des mortalités dans des situations comparables ont été rapportées à plusieurs reprises.

 

État des lieux des produits phytopharmaceutiques utilisés dans les élevages

Plus de 300 médicaments vétérinaires, dont des antiparasitaires, et plusieurs centaines de biocides à usage vétérinaire, dont des produits insecticides, sont commercialisés en France.

Les médicaments peuvent être utilisés pour soigner les infestations parasitaires (gales, myases…) par injections, voie orale ou en application sur le dos de l’animal.

Les substances actives qu’ils contiennent appartiennent à plusieurs grandes familles de neurotoxiques qui affectent les abeilles : lactones macrocycliques, pyréthrinoïdes, organophosphorés...

Les produits biocides sont, eux, utilisés pour désinsectiser les véhicules et bâtiments d’élevage, en pulvérisation ou nébulisation, mais aussi dans l’environnement de l’élevage, par exemple sur les fumiers et lisiers afin d’éliminer toute larve d’insecte qui pourrait s’y développer.

 

Exposition à ces molécules via la contamination des eaux, sols, plantes et des excréments du bétail

Ces molécules peuvent se retrouver dans l’environnement, avec une rémanence plus ou moins importante, et des organismes non cibles, comme l’abeille domestique (notamment via la collecte d’eau, lire encadré) et les insectes coprophages, peuvent ainsi être exposés.

Ces insecticides peuvent se retrouver libérés dans l’environnement selon plusieurs voies :

- via les fèces et les urines des animaux traités qui contiennent encore des antiparasitaires vétérinaires partiellement métabolisés dans l’organisme. Ces résidus peuvent se retrouver dans les lisiers et fumiers sur lesquels l’abeille ira butiner, mais également dans les champs lorsqu’ils sont épandus.

- via les litières et eaux de lessivage des bâtiments, suite à des opérations de désinsectisation et assainissement avec des traitements biocides.

 

Améliorer les pratiques

Les antiparasitaires et biocides jouent un rôle important dans le maintien de la bonne santé des animaux d’élevage, et il est difficile d’envisager de s’en passer. Pour limiter les effets non intentionnels de ces substances, diverses actions sont à favoriser :

- améliorer la gestion de ces substances depuis leur prescription par le vétérinaire jusqu’à l’élimination des déchets associés,

- prendre en compte ces problématiques dans les règles d’autorisation de mise sur le marché de ces produits,

- orienter le choix des molécules et des animaux à traiter ainsi que les périodes d’administration, pour minimiser les possibles impacts,

- faire une utilisation raisonnée des antiparasitaires et biocides,

- compléter nos connaissances sur le transfert et l’impact des médicaments vétérinaires pour l’environnement tout en améliorant les usages.

Pour Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS, "les insecticides utilisés en élevage ne sont pas plus à négliger que ceux utilisés en traitement des cultures, puisque ce sont les mêmes. Il est urgent d’en évaluer les usages, les risques et les impacts".

 

Sources : rapport de l'Unaf sur les antiparasitaires et biocides utilisés en élevage et article sur le même sujet dans le bulletin des GTV numéro spécial 2018.

 

25 litres d'eau

Une colonie d’abeille a besoin d’environ 25 litres d’eau par an, à la fois pour l’élaboration de la nourriture donnée aux larves d’abeilles, mais également pour réguler la température de la ruche. Les ouvrières porteuses d’eau prospectent dans un rayon de plusieurs centaines de mètres, en privilégiant des sources riches en sels minéraux, comme par exemple les jus de fumiers et lisiers...

Ces excréments et eaux usées peuvent être source de contamination des sols, voire des plantes qui y poussent, et donc des pollens et du nectar issu des fleurs que les abeilles visitent.

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