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Sale temps pour le chou-fleur

Chute des prix, destruction de récolte... le climat, trop doux en Europe, pénalise la production de chou-fleur breton. Payés en dessous du prix de revient, les producteurs sont plongés dans la crise... A quand la baisse du thermomètre ?

Emmanuel Le Dantec, président de la commission chou-fleu à l'UCPT et membre du bureau chou-fleur du  Cerafel, accompagné de son père Paul.  Au 13 décembre, l'apport s'élevait à  42,4 millions de têtes : 30,7 millions en frais,  5,9 millions transformés et  5,8 millions détruites (chiffres Cérafel).
Emmanuel Le Dantec, président de la commission chou-fleu à l'UCPT et membre du bureau chou-fleur du Cerafel, accompagné de son père Paul. Au 13 décembre, l'apport s'élevait à 42,4 millions de têtes : 30,7 millions en frais, 5,9 millions transformés et 5,8 millions détruites (chiffres Cérafel).
© Terra

"Depuis le 25 octobre, nous sommes dans le jus", décrivait début décembre, Emmanuel Le Dantec, président de la commission chou-fleu à l'UCPT et membre du bureau chou-fleur au Cérafel. Une petite phrase qui en dit long sur l'état de la filière chou-fleur. Sur novembre et décembre, les producteurs seront payés 18 à 20 ct la tête. "A produire, le chou-fleur coûte 30 centimes avant d'aller le récolter. Il faudrait être payé entre 50 et 55 ct la tête pour équilibrer", campe le professionnel. 1,2 million de têtes sont livrées chaque jour.

La faute au climat

Le responsable ? Le climat de cet automne 2015 bien trop doux dans toute l'Europe. "La précocité va trop vite. A maturité, le chou-fleur continue à se développer. Il ne se stocke pas. Le facteur climatique est le grand chef d'orchestre", décrit le producteur, basé à Pleubian en Côtes d'Armor. Les récoltes arrivent avec 5 semaines d'avance : les choux-fleurs, prévus pour fin janvier-début février sont récoltés maintenant.

Tout a débuté en août. La forte pluviométrie de l'été a causé un stress aux plants de chou-fleur. Ce cocktail stress-douceur de l'automne fait que le chou développe un cycle de production plus court, plus rapide. De plus, les mois de novembre et décembre 2014, ayant été bons en terme de prix, alors qu’octobre avait été catastrophique, "beaucoup ont reculé les dates de plantation", ajoute le producteur. A la fin de cette semaine, l'avance sur le prévisonnel grimpe à 10-11 millions de têtes ! Semaine 50, 39,5 millions de têtes (en cumulé) avaient été récoltées, livrées ou détruites (contre 30,6 millions sur le prévisionnel. Pourtant, fin octobre, le retard de récolte était de 4,5 millions de têtes.

Un marché saturé

Pour Xavier Thépaut, responsable du produit chou-fleur à l'UCPT, il ne s'agit pas d'un problème de surproduction, mais bien un problème de débouchés. "Ecouler un million de têtes par jour est possible quand les marchés export fonctionnent normalement". Sauf que la douceur du climat concerne aussi l'Europe du nord. Moins consommé en période clémente, le chou-fleur est encore produit dans des pays normalement importateurs à cette époque de l'année. "L'Angleterre qui habituellement est un gros importateur, est exportateur aujourd'hui". Moins de débouchés en Allemagne, Belgique ou Pays-Bas, alors que l'Espagne et l'Italie sont en pleine production.

Chaque jour, le marché au cadran affiche les quantités vendues. Le prix de retrait, sous lequel le chou-fleur est invendu, est fixé à 25 ct la tête. Actuellement, 250 000 têtes par jour sont dirigées vers l'industrie (surgélation), négociées 25 ct/tête et 250 000 têtes sont détruites. Deux camions livrent des oeuvres caritatives. Un coup dur pour les producteurs, contraints de détruire une partie de leur récolte. "Nous avons en place une mutualisation régionale forte, qui permet la répartition des pertes entre producteurs", souligne Emmanuel Le Dantec.

Passé le 20 décembre, les marchés sont traditionnellement moins porteurs et il devient difficile pendant quelques jours de trouver des camions pour expédier les légumes. "Nous savons qu'avec l'arrivée du froid, il y aura un creux de production mais on ne sait pas quand ?", questionne Xavier Thépaut. Chou-fleur, endive, poireau..., les légumes d'hiver ne sont pas à la fête.

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