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Sandra Gay agricultrice, "un beau métier pour les femmes"

Il faut se faire une place. Sandra Gay l’a construite. Il y a 11 ans, elle s’installait en lait au coté de Thierry, à Guénin. Un choix avant tout familial pour cette jeune femme, "fille de la côte", maman par cinq fois, mamie aussi. Son engagement a la FDSEA tient à l’envie de défendre les femmes dans ce métier "noble". Elle co-préside aujourd’hui la commission agricultrices. Rencontre.

Sandra Gay s'est installée en production laitière en 2006, elle est coprésidente de la commission Agricultrices de la FDSEA du Morbihan. Tout un parcours
Sandra Gay s'est installée en production laitière en 2006, elle est coprésidente de la commission Agricultrices de la FDSEA du Morbihan. Tout un parcours
© Claire Le Clève

 

 

Trouver sa place, "ce n’est pas évident, ça s’est fait doucement". Oser aussi. "Voir ses enfants grandir chez soi, être son propre patron, je voyais des avantages". Alors, en 2004, après une carrière professionnelle ailleurs, cette fille de militaire, née sur la côte, plus près de la mer que des champs, entreprend son BPREA en neuf mois à Kérel. "Je voyais Thierry tout seul, jonglant entre la production laitière et l’atelier porcin naisseur-engraisseur, ce n’était plus possible". Elle, maman de cinq enfants, s’installera alors à ses côtés en 2006, sur l’exploitation de 70 ha et 400 000 litres de lait produit par une soixantaine de vaches et un atelier d’engraissement porcin de 1 000 places. Et c’est grâce au GVA mué en Nov’agri et dont elle est aussi devenue responsable, "que je me suis formée. J’ai rencontré d’autres personnes, je suis sortie. C’est Nicole Le Peih qui est venue me chercher. C’est partie d’elle", rend-elle hommage à ces personnalités féminines, repères pour s’identifier, comme "Marie-Andrée Luherne ou Rachel Le Dirach. Elles donnent envie de s’engager, souriantes et avec des mots justes pour défendre le métier", en balisant ses engagements, dont celui au sein de la FDSEA.

 

Le sens de l’engagement

"J’accompagnais Thierry aux AG de la FDSEA , je découvrais. Je trouvais cela complexe. Le métier l’est, terriblement, il faut être partout. Mais de là à prendre des responsabilités", témoigne celle qui, invitée par Marie-Andrée Luherne à découvrir la commission agricultrices, s’est lancée, devenant la co-présidente avec Anne-Françoise Le Bihan. "C’est une grande responsabilité, c’est bien que l’on soit deux à l’assumer", comme ce métier. Et elle s’étonne d’avoir "osé prendre la place. Pourtant, il faut y aller, il faut des femmes, j’espère que je serai à la hauteur", dit-elle, portée par une nature plutôt discrète mais nourrissant aussi l’envie d’agir pour faire progresser "ce beau métier pour les femmes". Aussi se sent-elle meurtrie "par ce mal-être humain dans la profession, c’est terrible. On aimerait pouvoir faire des choses. On a l’impression que le sujet est tabou. Rachel le Dirach en a parlé à l’assemblée générale, heureusement, sinon je l’aurais fait". Et de présenter le programme que la commission agricultrices a construit pour 2017. S’y succèdent rencontres avec des conseillères départementales pour échanger sur l’engagement, avec la MSA pour favoriser "le déclenchement du RSA. Le site est complexe, difficile à déclencher, avec des réponses tardives sans le même interlocuteur". Sans oublier une journée dédiée à la prévention, sur les premiers secours.

 

Me faire entendre

Dans la plénitude de ses 43 ans, "je souhaite aussi en tant que femme me faire entendre. Oser prendre la parole pour défendre les femmes dans ce métier car si cette agriculture familiale n’a plus sa place, ça va être un fiasco", défend-elle. "C’est un métier noble, il faut le montrer. On n’a pas assez communiqué", estime t-elle face à la vague de dénigrement constant engendré par l’association L214 ou le courant Végan. "L’agriculture, c’est un beau métier pour les femmes. Je ne me suis pas imposée, j’y ai fait ma place. Je vais apprendre à faire du tracteur. Ça me plaît", note-t-elle, amusée et en détaillant le projet qui la porte (lire encadré). Quant aux manifs ? "Je n’osais pas y aller, désormais j’irai. Il faut oser, je suis fière de m’être engagée, j’espère donner envie à d’autres femmes d’y aller".

Claire Le Clève

 

 

 

Faire face avec des projets

Les galères, Sandra Gay les a connues. Et cette maman d’un petit dernier âgé de 12 ans, ne les cache pas, racontant sa manière aujourd’hui de faire face à la crise. "C’est très dur, on s’est posé des questions. Mais malgré la conjoncture, on garde le moral parce qu’on se soutient à deux. Et puis, on a un projet de transformation", se réjouit-elle après avoir passé en 2015 son certificat de spécialisation, en 8 mois, à Pontivy. "On monte le dossier. Je commence à faire des yaourts, je les teste auprès des amis", dit la jeune quarantenaire, dans un beau sourire. "On réfléchit à une l’agriculture plus raisonnée, plus d’herbe. On s’interroge encore mais concernant la vente, il y a un contexte porteur sur Baud. Ça nous relance, ça nous donnerait plus de boulot mais il y a cette communication avec le consommateur et ça ouvre d’autres perspectives, dont celle d’avoir un jeune associé". Des projets qui portent.

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