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Seremor : 20 ans de service de remplacement

Vendredi prochain à la salle polyvalente de St Allouestre, le Sérémor fêtera ses 20 ans. Sa raison d'être demeure l'assurance collective en matière d'accident, de maladie ou de décès avec pour ambition un service accessible à tous. IL compte aujourd'hui 22 000 journées d'activité. Rencontres au Gaec des Muguets à Réguiny où sur 4 associés, deux accidentés ont été remplacés. Le point également avec Michel Guenevé, à l'origine de la création du Sérémor il y a 20 ans et avec Pierre Yves Le Bozec, son actuel président.

 

 

Il est 20 h15, le 24 septembre dernier. Le travail est achevé au Gaec des Muguets à Réguiny. Annie, Claudine et Bertrand, trois des quatre associés de cette exploitation, laitière et porcine, montent dans la même voiture pour se rendre à un anniversaire. A 500 m de l'exploitation, c'est le choc, frontal.

 

Une voiture conduite par un conducteur de 21 ans, sous l'emprise de l'alcool, les percute de plein fouet. « C'est le trou noir. Je suis revenue à moi, je me posais plein de questions, je ne savais pas si j'étais morte ou pas. J'avais mal partout ». Pour Annie Le Guével comme pour sa sœur Claudine Le Moignic, la sanction est immédiate : un mois d'arrêt de travail pour contusions multiples, enfoncement de la cage thoracique. Bertrand Le Moignic aura un peu plus de chance. Restent donc deux associés, avec Monique Audo, sortant elle aussi de 10 mois d'arrêt de travail, à peu près valides, pour faire tourner l'exploitation et ses 580 000 litres, et ses 148 truies NE, « en pleine semaine IA » sur 100 ha. Et pour « les sauver », il y a l'application concrète d'un fondamental qu'Annie Le Guével n'a de cesse de rappeler : « assurer au Sérémor tous les associés du Gaec ». Une stratégie qu'ils n'ont jamais eu à regretter.

 

« Personne n'est à l’abri »

L'année de création du Gaec, en 97, deux accidents du travail viennent perturber le déroulement des tâches. Annie est chargée par une vache et Bertrand se coupe le pied avec une tronçonneuse. « Le travail est retombé sur les deux autres. L'adhésion a été immédiate au Sérémor et pour tout le monde », se rappelle Annie. Depuis, hernies, jambes et bras cassés, entorses, ruptures des ligaments croisés et du tendon d'Achille jusqu'à l'accident récent, rappellent à leur bon souvenir le bien-fondé de leur choix. « Car personne n'est à l'abri », pointe Bertrand. «Nous payons à l'année pour nous quatre 1 800 euros d'assurance, ce n'est pas exagéré par rapport à ce qu'on peut perdre sur une exploitation », enchaîne Annie Le Guével à qui incombe aussi le travail administratif et comptabilité de l'exploitation. Pour les vacances, les associés font aussi appel au Seremor. « Et depuis le temps qu'on en a, nous avons toujours été satisfaits » apprécient spontanément les associés .

 

Réactivité et disponibilité

 

Appelé le surlendemain de l'accident, le Sérémor délègue dès 14 h Marina Le Poul sur l' exploitation. «En pleine semaine IA, tu les rates, tu rates ensuite ta mise bas, c'est vite parti », enchaîne Claudine responsable de l'exploitation porcine. Pour Marina qui est déjà venue en remplacement pour les vacances sur l'atelier, l'adaptation est rapide. « Ça a été plus facile que dans certains cas où on arrive dans une situation de décès, avec cet accompagnement là, à gérer. Il faut faire le maximum », raconte cette jeune maman de 24 ans qui ambitionne une situation plus stable pour l'avenir. « Mais j'apprécie de voir des techniques différentes, j'apprends beaucoup »estime t-elle. Mickaël Le Borgne, 29 ans, arrive ce même lundi en milieu d'après midi, pour reprendre la traite au pied levé. Une habitude pour ces remplaçants, discrets, dont la fibre agricole est particulièrement sensible . « Je m'installe à la suite de mon père dans un an et demi » pointe Mickaël dont le passage au Sérémor est vécu comme un plus pour acquérir des compétences supplémentaires. Tout jeune papa de deux enfants, sa capacité d'adaptation est une qualité majeure dans son travail. « Ils font aussi preuve de beaucoup de professionnalisme » apprécient les associés, «ils donnent de la valeur au Seremor » poursuivent-ils en saluant « l'apport d'un une nouvelle technique, ou d'un truc intéressant, l'échange est positif » note Bertrand Le Moignic qui d'ici quelques jours retrouveras ses associées dans le travail au quotidien.

Claire Le Clève

 

 

Pierre Yves Le Bozec, président du Sérémor

« Assurer la continuité des exploitations »

 

 

En 20 ans, la mission du Seremor n'a pas varié, ses moyens, ont considérablement évolué. « Assurer la continuité des exploitations», pour Pierre Yves Le Bozec, nouveau président de l'association, demeure le socle de base qui fonde ses missions. Pour ce faire, un contrat d'assurance collective ancré au territoire départemental, qui n'a pas pris une ride tout en sachant s'adapter et rester accessible.

 

Avec l'évolution des exploitations et leur agrandissement, « on prévoyait la fin du service de remplacement », s'amuse Pierre Yves le Bozec. « Or les exploitations sont au taquet, il y a de la casse », constate ce jeune éleveur laitier installé à Lanester. Pour lui, « l'outil demeure indispensable, y compris pour les jeunes installés pour sécuriser le projet ou la structure ». Et ce « super contrat d'assurance collective » a su évoluer offrant, en cas de décès, 6 mois de remplacement au lieu de 3, « durée bien trop juste », ou un an en maladie en lieu et place des 6 mois précédents. Une assurance remplacement comptant 20 000 journées d'activité. Alors, pas question de brandir la croissance ou le développement comme chevaux de bataille pour l'avenir de la structure. « Nous sommes une association. L'essentiel est de répondre aux besoins des adhérents  tout en restant accessible et raisonnable », pointe Pierre Yves Le Bozec dont le parcours à la tête des JA 56 a forgé l'art et la manière. Et pour ce faire, l'attachement à un « service départemental fort a été réaffirmé. Nous avons résisté aux sirènes de la régionalisation pour garder la maîtrise d'un service de proximité, avec des salariés en suffisance pour répondre à la base de l'assurance que sont l'accident, la maladie ou les congés maternité ». Une association qui se veut pour autant entreprenante. «Il y a matière à faire sur le domaine des congés » estime t-il, L'idée ? « Des formules de 3 jours à 471 euros. Parfait  pour souffler. Ces coupures spontanées ressourcent » . L'ambition est la même vis à vis des salariés, « pour mieux les intégrer aux projets de l’association ou savoir s'engager avec des étudiants en leur garantissant un quota d'heures pour les remplacement de week end » note t-il prêt à réviser des fonctionnements et à « secouer le cocotier » .

 

Claire Le Clève

 

Légende : Pierre Yves Le Bozec

 

Sérémor, repères

2000 exploitations et 2650 adhérents

1600 missions par an pour 300 accidents, maladie ou décès

20 000 journées de remplacements

100 salariés dont 75 % en CDI

 

Michel Guernévé

« professionnaliser le remplacement »

 

De l'entraide spontanée à un remplacement professionnel, il n'y pas eu qu'un pas. Mais tout le travail qu'a mené, il y a plus de 20 ans, l' équipe à l'origine du Seremor, dont les JA ont créé la dynamique. Rencontre avec l'un de ses artisans de la première heure, Michel Guernévé.

 

Derrière l'idée née il y a plus de 20 ans, il y a des hommes et des idéaux. « On venait tous de s'installer et on se trouvait dans un nouveau contexte. Un déclin des exploitations menées en couple au profit de celles en individuel associé à la diminution des aides familiaux ». Et pour remplacer au pied levé, les association locales tentaient de répondre au mieux par l'entraide. « Mais rien de bien professionnel. Il y avait du bricolage, le boulot pouvait être fait mais en terme de compétence, ça n'y était pas. Arrivé au 20 éme siècle ça me choquait de voir qu'on n'avait même pas le droit d' être malade », se rappelle Michel Guenevé, producteur de porcs à Loqueltas depuis 1985. Ce sont le JA qui montent alors au créneau et prennent le dossier à bras le corps. Parmi ses artisans, Gilles Thomazo, Roland Luherne, Michel Guernevé, Michel Julard, Patrick Mentec, Gérard Doré.... « Entre s'inspirer du SDAEC des Côtes d'Armor ou continuer l'entraide avec les GVA, on a fait le choix de centraliser au niveau départemental. Bien nous en a pris pour la professionnalisation parce que remplacer, c'est un vrai métier » raconte Michel Guernevé. « On s'est lancé avec une base d'activité de 4500 journées pour le remplacement maternité. Aujourd'hui 20 000 journées sont réalisées pour maladie, décès maternité » évoque cet administrateur du Sérémor, pointe la professionnalisation comme une grande révolution. Elle s'est accompagnée d'une autre évolution, celle des mentalités cette fois avec la fin du mythe de « l'ir-remplaçabilité ».

 

Propos recueillis par Claire Le Clève

 

 

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