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S'investir sur les réseaux sociaux pour contrer l'agribashing

Lassés, comme tous les agriculteurs, d'être la cible de critiques permanentes, les Jeunes Agriculteurs du Finistère ont décidé de prendre le taureau par les cornes et d'agir. Pour mieux cerner le problème et savoir que faire, ils ont invité politologue, chef d'entreprise, journaliste et agriculteurs adeptes des réseaux sociaux à venir échanger, le 30 avril dernier, à Saint Ségal.

"L'agribashing ? La profession agricole a commencé à en parler en 2015, la presse nationale en 2018", se souvient Eddy Fougier, politologue, spécialiste des mouvements protestataires. Si le monde agricole français vit très mal ce dénigrement de ses modes de production, l'agribashing se développe aussi chez nos voisins, en Belgique, en Suisse, en Allemagne... Et il n'est pas le seul secteur d'activité à devoir y faire face. "Depuis 4-5 ans, l'agro-alimentaire est confronté au foodbashing. Et les compagnies pétrolières, les banques, les entreprises de l'armement... sont également décriées".

Une bonne image auprès des Français

"Tout n'est pas si noir, tient à rappeler François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef d'Ouest France aux jeunes agriculteurs, nombreux à s'être déplacés. Voilà quinze ans que nous réalisons des sondages au moment du Salon de l'agriculture, à Paris. Et votre image reste bonne auprès des Français ! Ils sont 74 % à estimer que vous êtes dignes de confiance, 71 % à estimer que vous êtes soucieux du bien-être animal...". Des chiffres qui ne se dégradent pas, depuis quinze ans que ce baromètre existe. "Les réseaux sociaux ne reflètent pas la réalité".

Être présent sur les réseaux sociaux

C'est pour tenter d'y renverser la vapeur qu'Etienne Fourmont, agriculteur dans la Sarthe, a fait le choix d'être présent à la fois sur Twitter et sur YouTube, où il poste une vidéo tous les dimanches soir. "Une vidéo toute simple, pour expliquer ce que je fais". Car le "youtubeurre", comme il se qualifie lui-même, le constate tous les jours, "les gens ne savent plus du tout de quoi est fait notre quotidien". Et d'inciter agriculteurs et agricultrices à ouvrir des comptes sur les réseaux sociaux, qu'il s'agisse de Twitter, Facebook... "Sinon, d'autres parleront à notre place". "Plus on sera nombreux, plus on parlera fort d'agriculture", renchérit Sophie Jézéquel, élue à la chambre d'agriculture, en conseillant de communiquer positivement "seule solution pour contrebalancer l'agribashing".

Et pour mettre le pied à l'étrier, rien de plus simple. "Il y a maintenant plein de formations proposées par les uns ou les autres sur les réseaux sociaux, insiste David Morvan, producteur de lait dans le Finistère et membre de l'association Franceagritwittos, en évoquant aussi le compte @agribretagne, où agriculteur ou salarié échangent durant une semaine sur le quotidien de son exploitation. Il faut que nous soyons présents, chacun à notre niveau. Ceux qui sont moins à l'aise peuvent simplement relayer les messages ou vidéos des autres". En prenant soin d'adapter le vocabulaire utilisé. "Des gens m'ont demandé ce qu'était du fourrage", indique Etienne Fourmont. "Et dire qu'on sème des couverts ne parle pas à grand monde au-delà du monde agricole", fait remarquer David Morvan.

Privilégier un contact direct

Au-delà des réseaux sociaux, rien ne vaut le contact direct avec le consommateur d'aujourd'hui ou de demain. "Il ne faut pas hésiter à ouvrir son exploitation, explique David Morvan. Au public familial, lors des journées Tous à la ferme organisées par Agriculteurs de Bretagne. mais aussi aux écoles ou centres aérés situés juste à côté de chez vous. Les retours sont toujours très positifs".

"Il y a un vrai besoin d'expliquer, renchérit Loïc Hénaff, président du groupe Jean Hénaff et de l'association Produit en Bretagne. Nos usines et vos exploitations ne sont plus accessibles aux visiteurs. Il faut créer des occasions de faire découvrir au consommateur comment sont fabriqués nos produits, comment sont élevés vos animaux". C'est ce que s'apprête à faire la seconde édition de Breiz agri food : du 22 mai au 21 juin, ces rencontres "du champ à l'assiette" permettront aux Bretons de découvrir des exploitations agricoles via Tous à la ferme, des usines de l'agroalimentaire ou de nutrition animale et les différents acteurs de la filière viande.

Conscients du travail à effectuer au quotidien pour reconquérir l'opinion, les JA du Finistère vont maintenant lancer un groupe de travail. "Et face à la montée de la violence de groupes tels que DXE, nous allons défendre collectivement notre métier", rajoute Jean-Alain Divanac'h, le président de la FDSEA du Finistère, bien décidé "à ne pas laisser passer les intrusions".

 

 

 

Comment en est-on arrivé là ?

"L'agribashing ou dénigrement de l'agriculture, n'est pas nouveau, affirme Eddy Fougier, politologue et spécialiste des mouvements protestataires. Dans les années 70, déjà, on critiquait le veau aux hormones, puis les OGM dans les années 90". Depuis, la critique des modes de production s'est élargie, basculant vers les phytos, l'élevage intensif, voire l'élevage tout court. Et les exigences se sont durcies, allant jusqu'à l'arrêt des pesticides pour le mouvement des coquelicots, l'abolition de l'élevage pour L214. "Des revendications très anxiogènes pour le consommateur, qui a du mal à comprendre la notion de dose, de seuil de toxicité en ce qui concerne les phytos". Un climat de peur entretenu par des émissions comme Cash investigation. "En 2016, lors d'un reportage de plus de 2 heures sur le glyphosate, un terme anxiogène a été utilisé toutes les 16 secondes. Un vrai bombardement !" Et aux insultes et menaces sur les réseaux sociaux sont venus se rajouter des intrusions en élevage, très mal vécues par les agriculteurs. "Une nouvelle étape a été franchie au printemps 2018, quand le voisin d'un viticulteur a tiré en l'air pour le menacer. Ou après l'agression physique dans l'Ain d'un agriculteur qui venait d'appliquer un herbicide".


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