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Space 2019 : l'agriculture est déjà "climato-active"

Le 10 septembre, le Space ouvrira ses portes. Pour cette 33e édition, les organisateurs du salon veulent mettre l'accent sur le climat et pas seulement sur les conséquences négatives pour l'agriculture du réchauffement climatique. Le message se veut plus positif. L'agriculture peut être source de solutions, d'innovations, et un acteur efficace face au réchauffement climatique. Pour l'illustrer, la conférence du presse du Space se déroulait cette année au siège de la SCEA du Champ Fleury à Liffré, une exploitation laitière qui valorise l'ensemble des déjections pour produire du gaz injecté dans le réseau, et qui réduit drastiquement l'utilisation des amendements chimiques sur ses parcelles, tout en améliorant le taux de matière organique de ses sols, grâce à la valorisation du digestat issu de la méthanisation

Une fois encore, le Space va faire le plein d'exposants et d'innovations cette année. 1 390 exposants sont attendus dont 491 internationaux. Le Space se renouvelle puisque 199 entreprises participeront pour la première fois en 2019. À noter que 26 de ces nouvelles entreprises viennent de Chine, alors qu'elles étaient au nombre de 7 en 2018. Le Space 2019 garde donc un lien très fort à l'international, qu'il s'agisse des exposants comme des visiteurs.

Le climat au coeur

André Sergent, le président de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne ressitue le contexte particulier dans lequel se déroule le space 2019. Les experts du Giec ont rendu leur rapport, dont les conclusions ont quelquefois été interprétées et ont créé la controverse. la Cop 21 est maintenant derrière nous mais, à l'échelle de la Bretagne, la décision a été prise d'en décliner les axes majeurs dans un projet à l'intérieur dont l'agriculture sera actrice, la Breiz Ccop. Plus récemment, qu'il s'agisse des conclusions du G7 ou tout simplement du simple constat de l'élévation de la température estivale, le changement du climat n'est plus une spéculation, c'est une réalité quotidienne.

Ainsi, en 20 ans, le nombre de jours où l'on a enregistré des gelées à Rennes a baissé de 10 jours et, en 20 ans, le maïs a bénéficié de 16 jours de développement supplémentaire. La question climatique devient centrale parce qu'elle provoque des changements au quotidien.

Pour illustrer ce point, les associés de la SCEA du Champ Fleury expliquent qu'ils envisagent à court terme, d'investir dans un système de brumisateur et de ventilateur dans leur élevage, constatant presque chaque année des pics de chaleur préjudiciables à la production laitière, et provoquant des problèmes de fécondité, voire des mortalités.

Contrer le réchauffement climatique

Mais pour le pésident de la chambre régionale d'agriculture, la lutte contre le réchauffement climatique devient aussi une priorité, voire un axe d'action pour l'agriculture. "L'élevage et l'agronomie sont des sources de solution, il serait totalement contreproductif d'entrer dans une logique de suppression de l'élevage comme on l'entend trop souvent. La question qui se pose aujourd'hui est d'identifier les actions à mener et de mettre en œuvre des projets concrets avec l'appui des régions et des collectivités locales, les EPCI par exemple dans les projets de territoire, les PCAET".

Le projet de la SCEA du Champ Fleury vient parfaitement illustrer cette stratégie. D'une part, il a été conduit avec l'appui et l'accompagnement des collectivités locales. D'autre part, il s'inscrit dans une logique de territoire, avec l'approvisionnement de l'équivalent de la consommation annuelle de 700 foyers sur les 7 500 habitants de la commune de Liffré.

Le gaz méthane des déjections, produit par les 140 vaches de l'exploitations et leur suite, est récupéré quasi intégralement et valorisé sous forme d'énergie verte, "dans une sorte d'économie circulaire", souligne Jean Christophe l'associé de la SCEA, au lieu de se volatiliser dans l'air.

Mais le projet de méthanisation comporte d'autres atouts dans la mesure où les digestats viennent à hauteur d'un tiers environ remplacer les engrais minéraux utilisés jusqu'à présent. La baisse de consommation de ces minéraux ayant un effet plus induit : l'amélioration du pH des sols et surtout l'amélioration du taux d'humus donc de la proportion de carbone stockée dans le sol du fait des apports du digestat.

 

 

 

 

 

 

Bénéfice sociétal

Pour les associés de la SCEA, le bénéfice de ce projet est sociétal au sens large du terme. L'élevage n'est plus perçu comme polluant, générateur d'odeurs ou de nuisances. Au contraire, il participe à part entière au projet de territoire local, produit une alimentation BBC (Bleu Blanc cœur), fournit de l'énergie et facilite l'intégration locale, dans une région où le mitage et la pression foncière sont à leur comble.

Pour André Sergent, ce projet n'est évidemment pas transposable sur chaque exploitation betonne, même s'il présente un intérêt évident. Mais il illustre l'un des axes de développement de l'agriculture que l'on retrouvera sur le Space au travers des produits innovants présentés, mais aussi lors des plus de 100 conférences qui se tiendront. L'agriculture est un acteur de la lutte contre le réchauffement climatique et elle peut même en tirer une justification nouvelle voire des revenus nouveaux.

Les Innov' Space mettront particulièrement l'accent sur ces différents thèmes, qu'il s'agisse des économies d'énergie, des questions de bien être animal, ou de développement durable. Le fait que 135 candidats postulent à la reconnaissance du label Innov'Space montre bien qu'il se passe quelque chose. Que l'agriculture investit dans de la matière grise, innove, ne baisse pas les bras face aux enjeux à venir, et qu'elle est déjà climato-active !

 

Pratique : Des cars pour le space

Nouveauté cette année, le space tente à la fois d'améliorer les conditions d'accès au parc expo et de développer le covoiturage en proposant des accès par bus depuis Quimper/lorient/Ploërmel, et Brest /Morlaix/Guinguamps

Renseignements et inscriptions obligatoires sur le site space.fr


 

La méthanisation représente 1/3 de notre chiffre d'affaires

À l'origine, l'exploitation du Champ Fleury était une exploitation laitière comme beaucoup d'autres en Ille-et-Vilaine, tournée vers le pâturage. Mais progressivement, le développement des communes et de la circulation a compliqué puis rendu quasi impossible le maintien d'un système de paturâge. "Nous avons été contraints de fermer les portes de la stabulation et de maintenir les animaux en bâtiments", explique Jean-Christophe Gilbert. Il a donc fallu créer des capacités de stockage, mettre aux normes les bâtiments pour cette nouvelle configuration alors que la capacité de production augmentait et que la société comptait trois associés.

Le projet de méthanisation a émergé au cours de la crise laitère de 2009. Il fallait "trouver de nouvelles sources de valorisation et de revenu. La méthanisation apportait cette sécurité sur l'exploitation", indique Arnaud. "Le contrat de reprise et d'injection porte sur 15 ans, une durée qui n'existe pas en agriculture". Aujourd'hui, la SCEA injecte  directement dans le réseau 80 m3 de biométhane chaque heure. Ce biométhane a été préalablement épuré.

Au total, pour les associés de la SCEA, l'investissement est conséquent, près de 2,5 M€. Mais à l'échelle de l'exploitation, il représente un atelier à part entière qui a permis l'embauche d'un salarié supplémentaire. Au total, entre l'alimentation du digesteur, le suivi des Cive (les cultures à vocation énergétique), les épandages de digestat, l'atelier méthanisation représente pratiquement l'équivalent d'un temps plein. Mais il représente également l'équivalent d'un tiers du chiffre d'affaires de la société et confère à cette dernière une certaine pérennité, en diversifiant ses sources de revenu.

Pour les associés, le développement de cet atelier a aussi permis d'être au cœur d'un projet de territoire qui les a mis en relation directe avec des élus, des riverains, des industriels, et qui a changé foncièrement et positivement leur façon de voir leur territoire et leur rôle d'agriculteur.


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