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Stéphane Le Foll veut booster les investissements bretons

Visite d'une unité de méthanisation sur une exploitation, rencontre avec les responsables de l'entreprise Salaison Clermont, déjeuner dans une cantine scolaire... Lundi matin, Stéphane Le Foll a enchaîné les rendez-vous à Liffré (35), avant de se rendre à Pontivy (56) pour rencontrer les responsables professionnels.

Le Gaec du Champ Fleury à Liffré compte cinq associés, un troupeau de 180 vaches et 260 hectares... et une unité de méthanisation qui devrait entrer en fonctionnement cet été. L'occasion pour le ministre de l'agriculture et de l'agroalimentaire de faire le point sur le sujet de la méthanisation. Avec environ 200 unités à ce jour en France, on est encore loin de l'objectif des 1 500 unités souhaitées notamment par Ségolène Royal. "C'est sûr qu'à ce rythme là on ne va pas y arriver", concède Stéphane Le Foll, bien conscient de la nécessité de régler à la fois la question du tarif de rachat, et de l'homologation des digestats. "La question du tarif de rachat va être évoquée dans le cadre de la loi de finances, mais il est évident qu'il faut donner plus de lisibilité aux partenaires car le montage financier de tels projets est si important, qu'il peut mettre en péril le reste de l'exploitation. Quant au digestat, la procédure d'homologation se fera en juillet et d'ici là il faut régler la question de l'azote total". Au Gaec du Champ Fleury, le projet a nécessité quatre années avant de voir le jour. L'investissement est de 2,5 millions d'euros, dont 500 000 euros d'aides de l'Ademe et de la Région. Le biogaz sera injecté directement dans le réseau et pourrait, à terme, fournir 30% de la consommation en gaz de la ville de Liffré.

 

Favoriser l'investissement

Le ministre a par ailleurs évoqué à plusieurs reprises, la nécessité de booster l'investissement. Pour cela, il compte sur une des mesures annoncées le 8 avril dernier par le Premier ministre, Manuel Valls, à savoir l'instauration pendant 12 mois d'un système permettant d'amortir l'investissement à 140 %. Cette aide exceptionnelle permettra aux entreprises, en plus de l'amortissement traditionnel pratiqué sur ses biens, de procéder à un amortissement supplémentaire de 40 % de la valeur du bien. Cet amortissement supplémentaire sera réparti sur la durée d'amortissement des biens concernés. Ainsi, pour une immobilisation amortie sur quatre ans, l'amortissement supplémentaire sera égal à 10 % par an, soit un gain fiscal de 3,4 % du prix de l'investissement par an. Une mesure qu'a saluée un peu plus tard Michel Bouler, président du groupe Jean Floc'h, dont l'entreprise Clermont Salaison est une filiale. "Nous avons besoin de votre appui pour maintenir une production porcine forte et nous saluons les mesures telles que le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi ou encore l'amortissement à 140 %, mais nous estimons qu'il serait utile de pérenniser ces mesures", a notamment déclaré le PDG du groupe Floc'h.

"La filière porcine connaît encore des difficultés, en particulier à la production, avec des prix trop bas", a concédé Stéphane Le Foll. Et d'ajouter: "je vais avoir des décisions à prendre cette semaine sur l'avenir de l'organisation de la commercialisation du porc, mais il est évident qu'il faut évoluer vers plus de qualité et plus de valeur ajoutée. Notre pays a besoin de retrouver un peu de confiance car nous avons des potentialités énormes".

Ils ont dit

Thierry Coué, président de la FRSEA  / "En porc, 20 centimes qui manquent au kilo, ça se vit très mal. Pour que demain, les producteurs soient encore là, il faut leur redonner espoir, se mobiliser sur le manger français mais aussi en intervenant sur le droit de la concurrence. Il n'est plus possible que les gens qui font du commerce avec la grande distribution soient des animaux qu'on mène à l'abattoir. Ce n'est plus de la négociation, c'est de l'abattage".

Olivier Allain, président de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor / "Il y a urgence à légiférer pour mettre au pas la distribution".

Philippe Dagorne / président de la section bovine de l'UGPVB / "Notre malheur, c'est la guerre féroce, mortelle que se livrent entre eux les distributeurs. Elle pèse sur l'ensemble du monde agricole".

Georges Galardon, président de Triskalia et co-président de Coop de France Ouest / "Au ministre de tenir ses promesses. Il y a urgence à desserrer  l'étau réglementaire environnemental, notamment sur les bassins en contentieux qui sont aujourd'hui dans les clous."

Jean-Paul Riault, président de JA Bretagne / "On sent un désarroi chez les jeunes. On ne se retrouve pas dans la politique de notre ministre qui doit être fier de son agriculture pour assurer le renouvellement des générations".


Crise porcine : "le ministre ne peut pas décider du prix"

L'actualité de la crise porcine, gravissime, a dicté l'ordre du jour de la rencontre avec les représentants de la profession agricole, lundi après-midi, à Pontivy, focalisant les débats.

Durant les deux heures de cette une réunion qualifiée de "longue et approfondie", l'actualité de toutes les filières aura été abordée au cours d’échanges "directs", selon Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne qui, à l'issue de cette rencontre, disait "attendre désormais des actes". Et c'est bien la situation préoccupante de la filière porcine qui aura cristallisé les discussions avec en toile de fond, le risque imminent, évoqué par la profession, de voir 30 à 40 % des producteurs en cessation de paiement. "La filière est dans une situation extrêmement préoccupante. Il nous faut traiter le problème conjoncturel, on a des situations d'urgence à régler", a noté Stéphane Le Foll en soulignant sa "volonté d'apporter des réponses et de dégager des perspectives. Nous avons des décisions à prendre en matière de traçabilité, de promotion, de qualité ". Mais aucune annonce concrète n'aura été faite par le ministre de l'agriculture dans l'attente de la réunion entre l'interprofession et la grande distribution, qui devait se tenir mercredi à Paris. "Le ministre ne pas peut décider du prix, ce n'est pas à lui de dire qu'il faut 30 centimes de plus, mais il peut faire en sorte que les conditions favorables soient réunies" a-t-il précisé à l'issue de la réunion. Quant à la possibilité de surseoir à la date du 9 juin  pour les déclarations PAC ? "Tout a été mis en oeuvre pour être dans les délais car l'enjeu, derrière, c'est que tout le monde soit payé avant la fin de l'année. Il y a des changements, c'est perturbant mais des comités d'appuis sont en place dans chaque département avec un soutien technique de l'Etat, des centres de gestion et des chambres d'agriculture", a répondu le ministre.

Claire Le Clève


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