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Stockage de fumiers au champ : pas n'importe lesquels et avec précaution

À l’heure où s’accélère la négociation du 6e programme d’actions régional, et avec l’entrée en vigueur de nouvelles règles, il est apparu nécessaire de revenir sur le stockage des effluents et plus particulièrement celui des fumiers au champ.

© Terra

Lorsque début de l’année 2012 la Commission européenne assignait la France devant la Cour de justice, plusieurs points faisaient l’objet de contestation, dont celui du stockage. Après de nombreux échanges, la négociation a finalement abouti à l’adoption fin 2016 d’un nouveau programme d’actions national (PAN) qui a mis fin au contentieux, reconnaissant ainsi les progrès réalisés.
En matière de stockage, les reproches portaient sur plusieurs points : modalités de prise en compte de la pluviométrie, références de calcul, et modalités de stockage au champ. Sur ce dernier point, le PAN précise dans le détail les modalités à respecter afin de préserver cette pratique, essentielle pour nombre d’exploitations .

Fumiers stockables au champ : pratiques et précautions

La préservation de l’acquis du stockage au champ suppose que certaines pratiques évoluent et que des précautions soient prises afin de garantir l’innocuité vis-à-vis de l’environnement et de la ressource en eau.
Première condition à respecter, les fumiers stockables au champ doivent être "compacts et non susceptibles d’écoulement". Concrètement cela signifie que les fumiers mous à très mous ont vocation à être stockés en fumière étanche, avec si nécessaire récupération des jus, et ne peuvent être stockés au champ en l’état (2).
Les fumiers stockables au champ doivent être issus, pour les herbivores, de bâtiments en litière accumulée (d’une durée de deux mois), de fumiers de raclages ou de pente paillée après deux mois sur fumière, ou encore de systèmes intermédiaires avec une étape d’égouttage. En ce qui concerne les productions de granivores et particulièrement les volailles, la plupart des litières (ainsi que les fientes de plus de 65 % de MS) seront considérées sans risque d’écoulement, quelle que soit la durée du lot produit. À souligner, particulièrement dans ces productions, que les effluents normés ne sont pas concernés par ces règles, considérant qu’ils répondent aux exigences de la norme dont ils relèvent (3).
À noter également que "dépôt avant épandage" ne veut pas dire "stockage" dans la mesure où celui-là ne dure qu’une très courte durée même s'il ne doit pas pour autant être négligé.

Risques de fuite : les règles à respecter

La réglementation s’est par ailleurs attachée à définir les règles à respecter sur la durée et surtout sur la maîtrise des risques de fuite par ruissellement ou infiltration. Voici en résumé les règles générales :

  • Localisation : sur parcelles épandables, respectant les distances par rapport au cours d’eau (35 m), tiers (100 m) et zone conchylicole (500 m, sauf dérogation individuelle).
  • Durée : maximum 9 mois.
  • Délai de retour sur le même emplacement : 3 ans.
  • Volume : adapté aux surfaces des parcelles réceptrices.
  • Traçabilité : enregistrement des parcelles de dépôt et dates de mise en tas et de reprise.
  • Réalisation en cordon continu (andain) de hauteur maximum de 2,5 m.

Concernant les déjections avicoles, les litières doivent être couvertes ; différentes techniques sont possibles : bâche, couverture naturelle (paille sur 30 cm, etc.). Quant aux fientes non normées, leur stockage de longue durée sur les parcelles avant épandage ne peut se faire que pour des taux de matière sèche supérieur à 65 % avec couverture obligatoire par bâche "perspirante"* (4).

Pour les autres fumiers, le tas est à réaliser sur prairie, sur culture intermédiaire piège à nitrates (CIPAN) ou culture bien développé (à condition de couvrir le tas entre le 15 novembre et le 15 janvier), ou sur un lit de de 10 cm de matériau absorbant(5).

Ces nouvelles prescriptions dorénavant en vigueur ne manqueront probablement pas d’être contrôlées par l’administration, y compris au regard de la conditionnalité des aides. Doit être soulignée par ailleurs l’importance du choix de son système (fumier ou lisier), en croisant bâtiment-agronomie-travail, tout en veillant à éviter les solutions "entre deux" souvent plus difficiles à gérer. Pour les situations existantes avec fumiers mous, diverses solutions peuvent s’envisager : augmenter le paillage, installer un dispositif d’égouttage, saisir l’opportunité de participer à des projets de méthanisation permettant de récupérer des digestats plus faciles à gérer… Les enjeux, de taille, sont tant techniques, économiques qu’environnementaux. Le maintien de la possibilité de stockage au champ mérite la plus grande attention.

(*) La bâche perspirante est une bâche étanche à l’eau et perméable à l’air. Elle permet l’évacuation de la vapeur et évite les condensations. Obligatoire en fientes sèches, elle peut être recommandée en litières.

 

L'info en plus

Un guide technique a été édité les chambres d’agriculture de Bretagne pour les fumiers d’herbivores et elles ont contribué auprès de l’Itavi à la réalisation d’une plaquette pour la volaille. L’équipe de conseiller.e.s "bâtiment-Icpe" est à votre disposition pour vous accompagner.

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