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Stress, dépressions, agressions... quand le travail est en cause

La MSA d’Armorique organisait vendredi dernier un colloque à Saint-Brieuc en présence d’un large public d’employeurs et de représentants du personnel. Pour mieux comprendre les risques psycho-sociaux et bien les prendre en compte dans les entreprises agricoles et agroalimentaires.

Au cœur du colloque, des témoignages de dirigeants et de médecins. Avec l’éclairage de  l’économiste Christian Dutertre (à gauche sur la photo).
Au cœur du colloque, des témoignages de dirigeants et de médecins. Avec l’éclairage de l’économiste Christian Dutertre (à gauche sur la photo).
© terra

"On avait du mal à entraîner une partie des salariés et la performance dans les magasins ne suivait plus", témoigne Marc Morelle, dirigeant de magasins Biocoop dans les Côtes d’Armor, qui après avoir révisé le document unique de l’entreprise, s’est penché sur la question des RPS, les risques psycho-sociaux. "En réalité, les RPS ne sont pas un risque puisqu’on ne peut pas les éviter, affirme Christian Dutertre, professeur en économie à l’Université de Paris 7. On va suer au travail, avoir peur, on va rêver, on va s’engager... On surmonte des difficultés et cela nous satisfait. Si la souffrance n’est plus capable de se transformer en plaisir, alors elle va se retourner contre soi-même, conduire à la dépression, le burn-out, ou pire au suicide. Ou bien la personne va se créer des systèmes de défense en reportant la faute sur les autres". Jusqu’à aller vers des menaces, harcèlements, agressions... Les conséquences des RPS sont variées, et les managers doivent être très à l’écoute pour repérer ces signes de faiblesse.

 

L'agriculture particulièrement concernée

Mener de front différentes tâches, travailler dans l’urgence, avec des ordres ou des indications contradictoires, sans les moyens ou l’autonomie nécessaires... Autant de déclencheurs de RPS qui touchent particulièrement le domaine agricole : plus de la moitié des salariés de l’agroalimentaire considèrent leur travail comme stressant, et plus des deux tiers des salariés d’organismes professionnels agricoles, contre en moyenne 37 % des salariés français. "Ce n’est pas un problème de charge de travail, insiste Christian Dutertre, mais de reconnaissance de l’engagement (par les collègues, la hiérarchie, les clients)". Les victimes ? "Ce sont souvent les gens les plus engagés dans leur travail, parfois des gens très costauds qui sont d’un coup fragilisés", observe-t-il. Et les chefs d’entreprises ne sont pas épargnés.

"Il y a toujours un écart entre l’écrit et le travail réel, poursuit Thierry Debuc, consultant. De nouvelles questions se posent sans cesse et on développe des ressources pour faire face à ces imprévus. Mais certaines personnes vivent plus mal cet écart. Tout l’enjeu est de savoir comment le gérer". "Au sein de nos magasins, témoigne Marc Morelle, la première piste d’amélioration a été de favoriser la coopération. C’est un chemin long, mais possible avec des outils et une autre organisation. On a par exemple formé des groupes de pairs entre magasins qui se rencontrent désormais 2 heures tous les 15 jours. Au lieu d’être en compétition comme auparavant, ils achètent maintenant en commun et négocient les prix, se mettent d’accord sur les promotions. Et on a repensé l’évaluation des salariés en intégrant cette notion de collectif". Avec de bons impacts sur les performances, y compris financières selon ce dirigeant. Car si le management ne peut rien face   à des RPS inhérents au travail, il peut en revanche créer les conditions pour que les salariés dépassent les difficultés, sans tomber dans des processus de violence contre eux-mêmes ou contre les autres.

 

En parler en groupe


Une bonne gestion des RPS, ce sont moins d’accidents du travail, moins d’absences des salariés. D’autres indicateurs, plus difficiles à évaluer, sont également très positifs pour l’entreprise : "la libération des énergies et la créativité des collaborateurs", souligne par exemple Christian Dutertre. Même s’ils en prennent conscience, les dirigeants se sentent parfois démunis pour faire face à ces risques psycho-sociaux. "Il faut d’abord sortir de l’isolement. Rencontrer des managers dans le même secteur ou d’autres secteurs, ça ouvre l’esprit", conseille alors Marc Morelle. "Il faut absolument commencer par expérimenter des actions modestes qui donneront peu à peu confiance", ajoute Christian Dutertre. Consciente également de ces difficultés, la MSA d’Armorique travaille à la conception d’outils de sensibilisation aux RPS. "Une BD verra le jour au printemps prochain", a annoncé sa présidente Marie-Louise Hellequin, en conclusion du colloque.

 

Audrey Dibet

 

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